LA CHARGE ÉPISCOPALE
Si 50, 1 b-5+12-19; Lc 5, 1-11
St Grégoire le Grand - (3 septembre 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Chartres : des évêques
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rères et sœurs, c'est aujourd'hui la fête de saint Grégoire le Grand, évêque de Rome, issu d'une très grande famille romaine et aristocrate, homme qui a été consacré évêque un 3 septembre. Après sa consécration épiscopale il a écrit un petit ouvrage qui s'appelle : "La règle pastorale" et qui est adressé plus particulièrement aux évêques.
Dans cette œuvre, on trouve deux chapitres assez conséquents, faisant l'exégèse du chapitre vingt-huitième du livre de l'Exode dans lequel on trouve d'une manière plus longue ce que nous avons entendu dans la première lecture, une description de l'habit du grand-prêtre Aaron. Il se trouve que ce commentaire et cette description des ornements du grand-prêtre font aussi l'objet d'une bonne partie de la prière dans le rituel de l'ordination épiscopale, celui du sixième siècle et aussi dans le sacramentaire de Vérone.
Voici ce qui est dit dans cette prière au moment de la consécration de l'évêque : "Dieu qui confère tous les honneurs, Dieu qui confère toutes les dignités attachées aux ordres consacrés à ta gloire, Dieu qui dans le secret d'un entretien familier a donné à Moïse ton serviteur parmi les autres prescriptions du culte céleste celles qui concernent la confection des ornements sacerdotaux, tu lui as ordonné de revêtir Aaron, ton élu, durant les cérémonies, d'un vêtement symbolique qui permettrait à la postérité à venir tirer de ces exemples des prédécesseurs sens et signification. Ainsi, nul âge ne serait privé de la leçon de ton enseignement. Chez les anciens, la beauté même des symboles inspirerait le respect et chez nous l'expérience des réalités l'emporterait en plénitude sur les figures symboliques. Ce qu'était en effet l'habillement pour ce sacerdoce ancien, la parure du cœur l'est pour nous. A présent, ce n'est plus la dignité du vêtement qui rehausse la gloire du pontife, c'est l'éclat des âmes, car ce qui alors flattait les regards appelait mieux encore ce qu'il fallait comprendre par là. C'est pourquoi Seigneur, nous t'en supplions, accorde à tes serviteurs que voici, choisis par toi pour le ministère du sacerdoce suprême, la grâce de tout ce que ces ornements signifiaient par l'éclat de l'or, la splendeur des pierreries, la multiple variété de la broderie, resplendissent dans leur vie et leur conduite".
Autrement dit, par ce long commentaire de cette prière que je viens de lire, saint Grégoire le Grand remet au centre de la vie ecclésiale la vie de l'évêque. Il dit en substance : "Avant même de réformer les mœurs de l'Église et des chrétiens, il faut commencer par les évêques". La situation du temps de Grégoire n'est ni brillantissime mais pas non plus catastrophique. En fait, ce qui se passe, c'est la déliquescence de l'empire romain, et les évêques sont face à une tentation que l'on retrouve d'ailleurs chez certains évêques d'une partie de notre monde actuel, pas tellement en France, peut-être plus en Afrique, cette tentation qui repose en même temps sur le premier des ministères de l'évêque : nourrir son peuple. L'évêque en Afrique, mais aussi l'évêque au temps de saint Grégoire, est chargé avant tout de trouver tous les moyens pour nourrir matériellement son peuple. Bien sûr on est à ce moment-là soumis à deux tentations : garder l'argent pour soi, et deuxièmement, de chercher et de s'épuiser à trouver de l'argent pour les chrétiens, pour les pauvres, et oublier un autre type de nourriture qui est la Parole de Dieu.
A travers cette prière que je viens de lire, saint Grégoire le Grand n'aura de cesse que d'essayer de faire ressortir la beauté de l'épiscopat en partant de l'intérieur de la personne, en partant de l'âme de la personne vers l'extérieur pour nourrir on peuple. Saint Grégoire le Grand va donc à travers ce petit livre rappeler par exemple à ses frères en l'épiscopat, que l'évêque même s'il doit chercher du blé pour nourrir son peuple, ne doit pas simplement s'arrêter à cela. Il doit aussi nourrir spirituellement son peuple à travers la prédication et les commentaires de la Parole de Dieu. Mais l'évêque ne doit pas simplement aussi nourrir comme ça son peuple avec la Parole de Dieu, il doit être attentif au type de nourriture qu'il doit donner au type de chrétiens qu'il a en face de lui. En quelque sorte, l'évêque doit mettre à l'honneur ce passage que nous avons chez saint Paul, vous le connaissez, la nourriture sous forme de lait, parce que la personne est trop petite ou trop faible pour être nourrie par un autre type de nourriture qui est la nourriture solide. C'est cela l'évêque, à la fois certes nourrir son peuple, car comme le dit saint Jacques dans son épître : celui qui ne donne qu'une parole d'espérance et qui laisse son frère nu et ne le nourrit pas cela ne sert pas à grand-chose. Mais en même temps, au-delà de nourrir son peuple avec une parole spirituelle, cette parole spirituelle doit faire aussi l'objet de toute l'attention de l'évêque qui doit avant tout déterminer à qui il s'adresse pour donner le bon commentaire spirituel aux personnes qui sont en face de lui.
Frères et sœurs, que cette fête de saint Grégoire le Grand soit pour nous l'occasion de méditer sur ces différentes fonctions qui sont avant tout dévolues à l'ordre épiscopal. Mais en ce jour, dans notre siècle, ce sont aussi des exhortations qui résonnent pour chacun d'entre nous en tant que simples chrétiens baptisés, d'être prophètes et rois, à la fois savoir nourrir son frère sous ces deux formes : une nourriture concrète, mais aussi une nourriture spirituelle, et à chaque fois, savoir quoi donner de juste pour nos frères qui sont dans l'attente.
AMEN