L'AMOUREUX DE LA BEAUTÉ

Si 50, 1 b-5+12-19; Lc 5, 1-11
St Grégoire le Grand - (3 septembre 2001)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Beauté

A

 

vec saint Grégoire, nous aurions pu avoir un homme très détaché, contemplatif qu'il était, Grégoire était d'abord un moine, mais cet homme e entendu l'appel d'abord quand il a été choisi, puis élu au siège pontifical, il a choisi d'avancer en eau profonde, comme d'ailleurs l'évangile nous le fait entendre aujourd'hui. Homme de Dieu, mais homme du monde, au sens qu'il va explorer ce monde et il va tenter de dire l'évangile à ce monde, une sorte de va-et-vient entre la contemplation et la pastorale. Quatorze ans de pontificat pour un homme qui a laissé son nom à une musique, la grégorienne. Quatorze ans aussi pour cet homme qui s'est attaché à donner à la liturgie de la beauté : "On ne célèbre que sur de la beauté" disait saint Grégoire.

Le grand problème de la pastorale et de l'apostolat consiste à discerner comment le monde peut ou non recevoir l'évangile, le message du salut. La position plus facile, la position tranchante qui est souvent employée serait de dire que le monde est mauvais et ne peut pas recevoir ce message de salut. La position plus fine pour laquelle saint Grégoire va opter, c'est de discerner les faussetés, la manière dont ce monde est multiple, dans son dialogue et son discours. La vérité est une seule voie, une voie unique. Mais le monde est quand même fait pour recevoir cette voie unique, que le monde a à s'unifier dans la voie de l'évangile. Souvent l'Église a été tentée de rejeter le monde en disant qu'il y a une sorte de séparation irrattrapable entre le monde et l'Église. Saint Grégoire et beaucoup d'autres à sa suite vont penser qu'il y a une sorte de frontière possible, d'aménagement possible qui ne nie pas la qualité de la vérité de l'évangile, mais qui pousse le monde à se déployer, à le recevoir et à s'unifier pour devenir le Royaume.

Nous sommes toujours tentés de séparer les choses quand nous pensons qu'elles sont incompatibles. Mais le combat que le chrétien doit mener en ce monde est justement de tenter de détourner le monde de son néant, de son vide. Le monde de lui-même ne va nulle part, et nous-mêmes comme le monde. Il faut sans arrêt réamorcer la lampe, la lumière, l'évangile qui est la source, la paix, pour attirer le monde vers où il doit aller, sa fin, sa raison d'être, son sens. Nous sommes nous, les acteurs de ce retournement, comme les éléments du levain dans la pâte, nous devons sans arrêt reprendre. Il y a là un labeur fatigant, usant, mais qui est le nôtre avec le Christ. Nous comme les autres, nous avons sans arrêt à reprendre cette pâte pour que nous puissions tirer de cette pâte le meilleur d'elle-même. Le joyau au cœur de cette pâte, c'est l'Eucharistie qui est comme la bombe explosive, à retardement, que nos plaçons au cœur du monde, au cœur de nos vies, au cœur de nos corps, au cœur de nos appétits pour que par contagion, de levain en levain, la pâte lève et fasse fructifier ce Royaume.

Demandons à saint Grégoire que nous ne soyons pas découragés sur ce chemin de transformation, boulangers que nous sommes de ce monde, que nous avons sans arrêt à reprendre et à malaxer cette pâte qui parfois nous dégoûte, parce qu'elle est si mélangée. Au fond, tous les éléments sont là, mais ils sont simplement mal orientés, mal distribués. Ils mèneront à Dieu si l'évangile s'y insère, s'y plante et y règne.

 

AMEN