LA RECHERCHE DE DIEU

Si 50, 1 b-5+12-19; Lc 5, 1-11
St Grégoire le Grand - (3 septembre 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Avance en eau profonde !

 

L

 

orsque Jésus s'approche de ces barques qui ont touché le rivage du lac de Génésareth, Il touche des hommes qui ont terminé leur travail, qui ont peiné et qui lavent leurs filets car ils ont terminé leur journée. Et Il les invite à reprendre ces filets et à repartir en mer : "Avance en eau profonde !" A la fin de notre propre travail humain et terrestre, Jésus nous invite à reprendre nos filets pour un autre travail, à reprendre nos filets que nous avons bien rangés pour avancer en eau profonde, pour reprendre comme à la base, au cœur, tout le travail de notre vie humaine.

C'est ainsi que les saints, que les grands saints de l'Église ont compris que l'homme pouvait peiner et être comme engourdi, ensommeillé, qu'il pouvait travailler de ses mains, de son intelligence pour sa propre vie ou pour le monde mais qu'en fait le premier travail à faire était de se réveiller de l'engourdissement dans lequel il était et dont il pouvait se contenter. Saint Grégoire est un homme insatiable, insatisfait qui ne cherchait qu'une chose, à être auprès de Dieu, à être le serviteur. Il méprisait plus que tout la vie active, sachant que cette vie active avait comme danger de le disperser. Ces saints et ces grands hommes d'Église qui nous ouvrent le chemin de Dieu, qui nous ouvrent l'envie et le goût de la présence divine, nous invitent toujours à l'unité intérieure. Ils détestent avant nous, pour que nous détestions à notre tour, la dispersion que nous préférons toujours parce qu'elle est plus facile que le travail nécessaire à l'unité intérieure.

Écoutez saint Grégoire dans un commentaire du Cantique des cantiques. Ces mots paraissent peut-être simples, mais ils supposent une très grande distance avec le genre humain, d'avoir bien compris le genre humain pour pouvoir ensuite reprendre sa propre croix et sa tâche. Et non pas simplement sa tâche personnelle mais la tâche du genre humain car le chrétien est revêtu de la responsabilité de sauver non pas sa propre âme, quelle caricature, mais de sauver celle de tous les hommes, car nous portons mutuellement le salut de nos âmes si nous nous éclairons les uns les autres de cette vision dont je vous fais part dans ce commentaire du Cantique des cantiques.

"Depuis que le genre humain a été expulsé des joies du Paradis, entrant dans l'exil de la vie présente, il a le cœur aveugle à l'égard de l'intelligence spirituelle. Si la voix divine disait à ce cœur aveugle : "Marche à la suite de Dieu !" ou "Aime Dieu !" désormais exilés et refroidis, engourdis dans l'insensibilité, il ne saisirait pas ce qu'il entendrait. Aussi est-ce par énigmes que le discours divin s'adresse à l'âme engourdie par le froid et que, à partir des réalités qu'elle connaît, il lui inspire secrètement un amour qu'elle ne connaît pas. Car l'amour auquel nous sommes conviés, nous ne le connaissons pas, nous ne connaissons ni son goût ni sa saveur. Nous avons simplement comme chance d'atteindre cet amour, la Parole de Dieu qui est la façon dont Il est descendu de ce qu'Il est, s'est abaissé en Lui-même pour, dans notre langage à nous, réveiller doucement, comme par énigmes, pour qu'à travers les mots nous entendions comme l'écho qui est derrière et que nous avancions sans savoir pourquoi au début, puis progressivement, en goûtant de plus en plus, par un appétit de plus en plus aiguisé, l'extrême saveur de l'amour de Dieu et qu'un jour nous découvrions que nous ne vivions que pour cet amour-là et que le reste n'était que de pâles figures qui L'annonçaient, et bien pâles par rapport à l'intensité que Dieu nous prépare."

"Ne nous attachons pas aux couleurs des choses comme si nous oublions les objets qui étaient peints." C'est ainsi qu'il décrit l'Écriture, la lettre et l'esprit. "Il nous faut voir dans le mot le dynamisme même qui nous mène vers Dieu".

Demandons au Seigneur que notre désir s'aiguise au contact de ces grands de l'Église qui ont ouvert la marche royale vers le cœur de Dieu.

 

AMEN