UN PRÉDICATEUR INFATIGABLE
Si 50, 1 b-5+12-19; Lc 5, 1-11
St Grégoire le Grand - (3 septembre 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Monthermé : Saint Grégoire enseignant
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rigène a écrit : "Mon seul souci est de devenir un ecclésiastique". Entendons ce mot non pas de devenir un homme de l'appareil, mais plutôt ce que Daniélou appelle "l'homme de l'Église" celui qui aime tant l'Église qu'il se donne tout entier à son service. Homme de l'Église, cela s'applique très bien à ce moine pape qui est Grégoire le Grand.
Nous trouvons chez Grégoire le Grand une des caractéristiques de la sainteté qui est de mesurer la distance qui sépare l'Église de la terre du Royaume des cieux non pas comme une chose extérieure à soi, quelque peu encombrante et difficile à vivre, mais comme une tension permanente et intérieure. En effet, saint Grégoire est un homme de gouvernement qui a su par une maîtrise et une intelligence assez rare maintenir l'Église sous l'autorité du pape, sous l'autorité intelligente et compétente de l'Écriture et de la tradition contre les invasions barbares, contre les dissensions entre l'Occident et l'Orient.
Saint Grégoire vivait son rôle de gouvernant de l'Église non pas comme une charge extérieure, professionnelle, mais comme une tension intérieure, vivant ainsi cette distance difficile à réduire qui existe entre l'Église d'aujourd'hui, l'Église de ce monde et le Royaume des cieux. Il vivait comme en sa chair une nouvelle croix de ce chemin que l'Église a à faire sur la terre, avant de parvenir dans le sein de Dieu, dans le royaume de Dieu. C'est pour cela qu'il écrit cette très belle homélie qui commente une phrase du prophète : "Fils d'homme, j'ai fait de toi un guetteur pour la maison d'Israël." - "Il faut noter que le Seigneur désigne comme un guetteur celui qu'Il envoie prêcher. Le guetteur se tient toujours sur la hauteur pour voir de loin tout ce qui va venir. Et tout homme qui reçoit le poste de guetteur doit se tenir sur la hauteur par sa vie, afin de pouvoir rendre service par sa vigilance."
C'est bien là un des traits caractéristiques de saint Grégoire qui, à la suite de l'appel de Dieu et de l'Église, s'est tenu sur la hauteur afin de voir, non seulement les collines de ce monde, mais d'en mesurer ce qu'il y manquait pour qu'elles deviennent les montagnes de Dieu. Et il ajoute : "Combien il m'est cruel de dire ces paroles, car en parlant je me frappe moi-même. Je ne pratique pas la prédication comme je le devrais. Et lorsque cette prédication est suffisante, ma vie ne concorde pas avec ma parole. Je ne nie pas ma culpabilité, je vois ma torpeur et ma négligence. Peut-être que reconnaître ma faute m'obtiendra le pardon auprès du juge miséricordieux. Sans doute quand j'étais au monastère, j'étais capable de retenir ma langue des paroles inutiles et de garder presque continuellement mon esprit attentif à la prière. Mais après avoir endossé le fardeau de la charge pastorale, mon esprit ne peut plus se recueillir assidûment parce qu'il est divisé par quantité de soucis".
Et saint Grégoire développe, précisant ce qui le crucifie terriblement, que de devoir, apparemment enfreindre la règle monastique, c'est-à-dire devenir vraiment homme de l'Église, c'est-à-dire d'avoir souci des affaires de ce monde, afin qu'elles deviennent vraiment les affaires de Dieu. Et il termine en disant : "Quel guetteur suis-je donc qui ne me tiens pas posté sur la montagne de l'efficacité, mais plutôt gisant dans la vallée de la faiblesse. Et le Créateur et Rédempteur du genre humain est assez puissant pour me donner, malgré mon indignité, et la noblesse de la vie, et l'efficacité de la prédication, car c'est pour son amour que je me consacre totalement à sa parole."
Ainsi, frères et sœurs, nous aussi ayons à cœur de mesurer cette distance qui nous sépare lorsque nous sommes dans l'Église membres actifs de cette Église de ce qui la sépare encore du Royaume de Dieu, et vivons-le comme une chose intérieure, comme ce qui manque à la croix du Christ, afin de pouvoir avancer vers sa gloire.
AMEN