UN PÈRE DE LA FOI
Si 50, 1 b-5+12-19; Lc 5, 1-11
St Grégoire le Grand - (3 septembre 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Attentif aux plus humbles
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e pape saint Grégoire le Grand fut une personnalité d'une extraordinaire richesse. Avant d'être moine il était préfet de la ville de Rome. Il a donc eu d'abord une carrière civile, une carrière professionnelle dans le monde. Puis il se convertit au Seigneur et se retira dans la solitude monastique. Devenu diacre, puis pape, comme Jésus, il était serré par la foule, non pas au bord du lac de Génésareth, mais dans cette ville de Rome qui, à cette époque n'avait plus d'empereur, plus personne au plan du gouvernement pour s'occuper d'elle. C'était le pape, c'était l'Église qui subvenait aux besoins de tous, y compris la nourriture des pauvres.
Il fut pasteur, docteur, au sens que l'Église donne à ce mot, c'est-à-dire, celui qui enseigne la foi. Effectivement il est un des grands "pères de notre foi". Les sermons de saint Grégoire font partie des joyaux du trésor de l'Église. Son enseignement, comme celui du Christ sur le bord du lac de Génésareth, a retenti très loin dans l'univers.
Il fut aussi un grand liturge. Il s'occupa beaucoup de la réforme et de la solennisation de la liturgie de l'Église et on lui attribue le chant grégorien qui tire son nom de lui-même si, bien entendu, il n'est pas l'auteur de tout le répertoire du chant grégorien, de même que David n'est pas l'auteur de tous les psaumes qui sont mis sous son nom. Mais il fut un des initiateurs, non seulement de la liturgie, mais tout particulièrement de la musique liturgique.
C'est pourquoi, nous lisions, tout à l'heure dans le livre de l'Ecclésiastique cette description somptueuse du grand-prêtre Onias, célébrant au milieu de tous ses fils, comme un palmier au milieu des innombrables rejetons qui poussent alentour de lui. De la même manière, le pape saint Grégoire, célébrait entouré de tout le presbyterium de Rome et nous savons, par les documents, quelle était la beauté de cette liturgie.
Mais ce souci de la liturgie allait de pair, dans le cœur de saint Grégoire, avec le souci le plus quotidien, le plus humble, le plus attentif aux petites choses et tout le peuple, et en particulier des pauvres de la ville de Rome. Cela doit déjà nous inciter à comprendre que notre liturgie n'est pas une parenthèse, n'est pas quelque chose en dehors de la vie réelle, mais qu'elle emporte en elle, elle rassemble tout ce qui fait la vie de chaque jour. Quand on célèbre, comme nous le faisons maintenant, la liturgie de l'Église, on célèbre tous les instants de notre existence. Nous célébrons tous les événements de notre vie. Nous portons avec nous tous nos frères, tous ceux que nous côtoyons chaque jour dans la rue, tous ceux que nous rencontrons au cours de nos innombrables activités de nos journées.
Saint Grégoire le Grand fut aussi un grand pape missionnaire. C'est lui, en particulier qui prit l'initiative de l'évangélisation de l'Angleterre puisqu'il envoya saint Augustin qui devint ensuite évêque de Cantorbéry, non pas saint Augustin d'Hippone, il l'envoya pour évangéliser l'Angleterre. Nous voyons là aussi que le souci de la prière liturgique n'est pas étranger à celui de l'annonce universelle de l'évangile. Bien au contraire, il n'y a de liturgie que totale, il n'y a de liturgie que rassemblant toute la chrétienté, toute l'Église. Et chaque fois que nous sommes là, une poignée de chrétiens, à prier le Seigneur, c'est l'Église de tous les temps et de tous les lieux qui est présente avec nous et que nous devons porter dans notre cœur. Il n'y a pas de prière possible qui ne soit une prière rayonnante jusqu'aux extrémités du monde. Toute prière est d'ailleurs non seulement universelle, mais cosmique au sens où c'est la création tout entière qui est convoquée par l'Esprit Saint et que nos chants veulent traduire. Quand nous parlons, quand nous prions, quand nous chantons au nom du Seigneur, nous donnons une voix à la création tout entière et tout est rassemblé, à travers nos mains, à travers nos cœurs, pour chanter la gloire du Seigneur.
Que cette multiplicité des facettes de la personnalité de saint Grégoire le Grand nous invite à avoir une vie chrétienne pleine, grande, large, qui ne soit pas simplement cantonnée dans telle ou telle partie de la vie chrétienne. Que nous ne soyons pas seulement adonnés à telle ou telle activité, que cette activité soit apostolique ou liturgique, mais que chacune de nos activités faites au nom du Seigneur, faite en Église, appelle toutes les autres, entraîne toutes les autres. Nous ne pouvons être chrétiens que si nous vivons la totalité du message du Christ, la totalité de la mission du Christ. Les théologiens disent que l'on ne peut avoir une vertu sans avoir toutes les autres, parce que le manque d'une vertu nous ferait perdre la grâce de Dieu, et par conséquent toutes les autres vertus. Cela peut nous faire comprendre que l'on ne peut être chrétien que si l'on exerce cette vie chrétienne dans tous les domaines de l'existence. Si nous ne sommes pas apôtres notre prière se vide et notre attention aux autres se vide également.
Si l'on passe dans la journée sans faire attention aux petites choses, notre prise en charge des grandes devient fallacieuse et illusoire. Si l'on se dévoue aux autres sans enraciner ce dévouement dans la contemplation du Seigneur, ce dévouement aux autres devient simple philanthropie. Il faut tenir sur tous les fronts cette lutte pour l'avancée du Royaume de Dieu comme l'a fait saint Grégoire le Grand.
Que notre présence aujourd'hui à cette eucharistie soit pour nous cet appel à une totalité de vie chrétienne qui soit pleine, qui soit entièrement donnée dans tous les domaines.
AMEN