UN EXEMPLE À SUIVRE
Ct 4, 8-11 ; Lc 4, 14-30
St Nicolas de Flue - (25 septembre 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Unité et diversité
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n vérité, je vous le dis, aucun prophète n'est bien reçu dans sa patrie".
Frères et sœurs, nous laisserons de côté la déclaration d'amour du fiancé à la fiancée, et nous parlerons plus précisément d'un saint dont nous faisons mémoire aujourd'hui : saint Nicolas de Flüe. Cet homme a beaucoup de choses à nous dire pour le monde d'aujourd'hui.
Pourquoi ai-je mis en exergue cette phrase de l'évangile de Luc ? parce qu'une fois n'est pas coutume, Nicolas de Flue a été bien reçu par ses contemporains. Né au début du quinzième siècle, en 1417, et mort en 1487, issu d'une famille de paysans d'un canton de Suisse, a été militaire, a fait la guerre tout en refusant les exactions que les soldats pouvaient commettre au cours des opérations militaires. En cela il a obéi à la parole de Jean-Baptiste qui s'adresse aux soldats en leur enjoignant de ne pas prendre plus que ce qu'ils ont à prendre et ne pas molester les civils. Il s'est marié à trente ans, a eu une dizaine d'enfants, et à cinquante ans, il a décidé, en accord avec sa femme, de devenir ermite. Au moment de sa jeunesse, il faisait déjà partie du conseil démocratique qui regroupait les citoyens du canton et il a fait preuve d'une grande intelligence et d'une grande sagesse.
Ermite, il a bénéficié de certaines visions, mais quelle est la différence entre les gens de Nazareth et les gens des environs de l'ermitage de Nicolas de Flüe, c'est que dans un premier temps, les contemporains de Jésus ont été comme éblouis par son intelligence, sa parole, ses miracles, mais peu après, ils ont dit qu'ils le connaissait, c'est le Fils de Joseph et de Marie. Tout le côté extraordinaire disparaissait parce qu'on savait d'où il venait ! Mais les contemporains de Nicolas de Flüe n'ont pas fonctionné de la même manière. Cet homme qui bénéficiait d'une grande sagesse depuis son jeune âge, de certaines visions, on savait très bien d'où il venait on connaissait sa famille et les citoyens et les membres de la confédération n'ont pas hésité à venir le rencontrer parce que même en le connaissant, ils savaient que cet homme avait des choses à leur dire.
C'est une première réflexion qui nous est proposée à travers à la fois le comportement des contemporains de Jésus et le comportement des contemporains de Nicolas. Quand nous commençons à trop connaître une personne, son autorité s'émousse, et ce qu'il peut dire perd de son intérêt. Cela vaut à la fois dans l'Église, mais aussi dans le monde politique, que ce soit au niveau de la région ou au niveau national. La deuxième chose qui est tout aussi fondamentale, c'est que Nicolas de Flüe nous oblige à réfléchir sur autre chose. Un des fruits de la révolution française c'est d'avoir fait émerger dans la conscience de la majorité des citoyens de ce monde, l'idée selon laquelle on doit fonctionner à travers ce qu'on appelle un état nation.
Or, il faut bien convenir que la Suisse fonctionne depuis le Moyen-Age avec un tout autre système. Pour vivre ensemble, faut-il donc vivre uniquement selon certaines catégories culturelles ou même selon certaines religions ? l'état doit-il coller à la nation ? Nous l'avons cru, nous le croyons encore aujourd'hui, or des empires ont existé avec des modalités différentes, l'empire romain, et aussi l'empire ottoman, et encore d'autres états actuellement, et ce serait une profonde erreur de notre part de croire que le meilleur moyen de vivre en paix et tranquillement c'est de vivre simplement dans notre petite communauté. Saint Nicolas de Flüe est celui qui a sauvé la confédération helvétique. A un moment où la confédération refusait l'entrée du canton de Fribourg, on lui a demandé de trouver une solution à ce problème, et il a écrit en une nuit un texte qui est toujours en vigueur aujourd'hui et qui a permis de régler le problème.
Je crois donc, frères et sœurs, que cet homme est encore extrêmement important car il montre à la fois le véritable fruit de la démocratie, à la fois dans le domaine familial, dans le domaine religieux, mais aussi dans le domaine politique. Voilà donc un homme parfaitement accompli. En même temps, il nous invite aussi à redéfinir les liens qui existent entre tous ces domaines.
Que Nicolas de Flüe et la confédération helvétique soient pour nous l'occasion de réfléchir sur cette grande question : le vivre ensemble qui semble quelquefois si menacé, pour des questions culturelles, ou des questions religieuses. Prions plus particulièrement aujourd'hui pour certains pays, comme la Syrie, afin que malgré tout le déchaînement de violence et les questions extrêmement complexes qui jouent entre les différentes ethnies et appartenances religieuses, que ce pays comme d'autres puissent découvrir qu'il est possible de vivre en paix peut-être en suivant l'exemple de la Suisse et en vivant selon les modalités de la confédération.
AMEN