POUVONS-NOUS CHANGER LE MONDE ?
Lm 4, 7-9 ; Lc 4, 14-22a
St Nicolas de Flue - (25 septembre 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Annoncer une année de bienfaits et de paix
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rères et sœurs, nous continuons donc la lecture, la deuxième partie de la péricope que nous avons commencé à entendre hier. Jésus vient dans la synagogue de Nazareth lors de la célébration de la Parole, il prend le rouleau et lit ces quelques lignes tirées du livre d'Isaïe : "L'Esprit du Seigneur est sur moi, il m'a consacré par l'onction, il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance, aux aveugles de retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce au Seigneur". Tout le monde est comme subjugué par la parole du Christ qui dit que les paroles d'Isaïe s'accomplissent en ce jour par sa présence. Mais revirement de situation : ce Jésus on le connaît, ce Jésus de Nazareth, son père, c'est Joseph, et cela finit très mal. Porté aux nues un instant par les gens qui l'écoutaient à la synagogue, Jésus est à deux doigts d'être précipité de la colline qui surplombe Nazareth.
J'ai envie de dire, et je pense que vous aussi, cela vous a aussi souvent traversé l'esprit, nous aimerions libérer nos frères et sœurs, nous aimerions annoncer une année de bienfaits à ceux qui nous entourent, à ce monde, à cette société, mais généralement, on nous cloue le bec très facilement : vous les chrétiens, vous n'êtes pas plus moraux que les autres, etc … Partis du bon pied, nous voulons changer le monde et nous finissons par nous raisonner et nous nous disons : à quoi bon, on n'y arrivera pas, dès qu'on ouvre la bouche, on nous la ferme !
Rassurez-vous, c'est ce qui est arrivé aussi à Jésus. Nous essayons alors de trouver d'autres méthodes, nous disons : nous on ne peut rien, heureusement, il y a le G20 à Pittsburgh, et les institutions elles, vont changer les choses puisque moi, à mon petit degré, je ne peux rien faire. Je crois qu'on a tort. Si l'on attend que les institutions changent les choses, on pourra attendre encore longtemps. Ce qui peut changer le monde, ce qui peut annoncer l'évangile au cœur du monde, ce n'est pas l'institution, ce sont des hommes et des femmes, c'est chacun d'entre nous à son niveau.
Je voudrais éclairer rapidement ce que je viens de dire à travers une rapide biographie d'un homme dont on fera mention au Canon de la messe tout à l'heure, et je pense que pour beaucoup d'entre vous, c'est un homme totalement inconnu, il s'appelle Nicolas de Flue. Qui est-il ? Ce n'est pas n'importe qui. C'est l'homme grâce à qui la confédération helvétique continue à exister en ce jour, en 2009. Un système politique qui a fait ses preuves, on peut toujours critiquer la Suisse, mais si l'on veut trouver un pays dans lequel on est capable de faire vivre des hommes qui ont des cultures profondément différentes, et les langues profondément différentes, pour voir où c'est possible, il faut aller en Suisse. Là, l'institution n'est pas arrivée du ciel, c'est un homme Nicolas de Flue, un herbier, quelqu'un qui était paysan et qui s'occupait des troupeaux, qui s'est marié, qui a eu des enfants, qui a exercé un certaine action politique dans le canton dans lequel il vivait, et qui, profondément attiré à l'origine par la vie érémitique, s'est assuré auprès de sa femme et de ses enfants qu'il pouvait mettre la clé sous la porte et il est parti. Il a vécu en ermite, coupé du reste du monde, et paradoxalement, c'est au cœur de sa vie érémitique qu'il a eu l'action la plus efficace et la plus importante de toute sa vie. Il a même réussi à sauver le pays contre les attaques de Charles le Téméraire, et en 1481, on lui demande de rédiger le texte qui est le texte fondateur de la confédération helvétique. Il aurait pu dire : moi, je ne suis qu'un pauvre herbier, je n'ai fait ni sciences-po ni l'ENA, qu'est-ce que je peux faire pour la société civile ? Il aurait se dire : moi ce qui compte le plus, c'est ma vie érémitique, la prière pour le monde et rester à l'écart, au milieu des alpages. Et pourtant, cet homme est à l'origine de la confédération helvétique.
Frères et sœurs, même si c'est très difficile, même si nous avons l'impression que nous sommes écrasés par le poids de la société de tout ce que appelons les déterminisme sociaux, génétiques scientifiques et autres, saint Nicolas de Flue, et combien d'autres personnes sont la preuve même que nous pouvons changer le monde. Le Christ a changé le monde, il ne faut pas non plus l'associer à d'autres révolutionnaires des années soixante-dix, là n'est pas la question, mais le Christ a changé le monde simplement par sa Passion, en prenant sur son dos, la croix, en se chargeant des péchés du monde et en priant pour le monde. C'est ainsi qu'il a sauvé le monde.
Nous avons certainement à la bouche ces paroles merveilleuses : changer le monde, sauver nos frères et nos sœurs, leur enlever les chaînes, leur annoncer une année de bienveillance et de paix. C'est possible, pas par l'institution, mais cela passe par le face à face, par la faculté que nous avons à entrer en communion les uns avec les autres, pour leur faire découvrir que le Christ est un visage, c'est un Dieu fait homme qui vient annoncer à chacun d'entre nous cette année de bienfaits.
AMEN