JMJ, SURGISSEMENT DE LA BONTÉ
Jr 20, 7-9 ; Rm 12, 1-2 ; Mt 16, 2-27
Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire – Année A (28 août 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT
Je voudrais traduire l'expérience que j'ai faite parce qu'elle peut servir pour notre communauté paroissiale. Je ne vais pas non plus revenir sur tout ce qu'a dit Benoît XVI, puisque c'est largement accessible dans les journaux, ou sur Internet. Non, je voudrais revenir sur ce que les JMJ ont comme dimension profondément religieuse. Les JMJ, en quelque sorte, me semblent caractériser des dimensions essentielles à la vie religieuse. Et ce sont ces dimensions que je voudrais rappeler pour nous-mêmes.
Notre monde s'est beaucoup focalisé sur le problème de la souffrance et du mal. C'est une question massive, un scandale. Les JMJ ne sont pas forcément la réponse, d'ailleurs, ils ne sont pas la panacée, les JMJ n'ont pas résolu le problème des vocations, le problème du regroupement des paroisses, le problème de la perte du sens du péché et de la réconciliation, mais sur ce problème du mal, les JMJ ou ce que nous avons vécu, me font goûter l'expérience que quelle que soit la radicalité de ce mal, la bonté est plus forte. La "bonté", et je pense à cette antienne de la liturgie byzantine, où l'on dit souvent : "O Dieu bon, et ami des hommes". Cette bonté de Dieu qui se traduit dans une sorte de bonté dans les relations, car je crois que la religion sert à libérer la bonté dans l'homme. Les JMJ servent à libérer cette bonté dans le cœur des jeunes.
Benoît XVI a stigmatisé les prêches de ces fanatiques musulmans qui excitent au terrorisme et à la haine, pour dire qu'en fait, ces prêches qui excitent au terrorisme sont l'acte le moins religieux qui soit, c'est l'acte le moins religieux qu'on puisse imaginer. Ces prêches qui excitent à la haine, parce qu'ils ne sont pas faits pour libérer la bonté de l'homme ne sont pas des actes religieux. Des JMJ qui servent au contraire à manifester cette bonté, les JMJ sont un acte profondément religieux. Nous sommes en plus, souvent assommés de discours, assommés de virtuel, assommés d'idéologies, et si ces JMJ apportent quelque chose au plan de la foi, elles apportent surtout une expérience. Ces JMJ nous permettent de vérifier dans la liturgie cette bonté de Dieu. Le langage employé depuis les toutes premières JMJ pour parler justement aux jeunes, c'est celui de la liturgie, à la fois dans les célébrations eucharistiques, mais aussi par exemple dans cette très grande vigile qui nous avons vécu samedi soir à Marienfeld. Donc voilà ces réponse qui sont données. Il s'agit d'une réponse liturgique, c'est un langage, et c'est cela le côté très pertinent de la réponse de JMJ, non pas un discours supplémentaire, mais une expérience.
Je disais, si la question du péché qui a vraiment été très profondément travaillée par l'Église, est peut-être moins aujourd'hui, au premier plan, je crois que ce qui est au premier plan, c'est la question du sens. Notre civilisation en tuant Dieu, a mis au premier plan le non-sens et l'absurde au détriment du sens. Les JMJ, là aussi, ont une sorte de réponse parce qu'elles font passer par une sorte de pédagogie, qui n'est pas souterraine, mais qui est comme implicite, elles font passer de la protestation à l'attestation. Elles font passer d'une sorte de protestation, ce cri de beaucoup de nos contemporains, ce cri qui veut faire jaillir du sens de l'absurde, elle veut faire passer au contraire à l'attestation du sens, et ce sens, il est délivré par la découverte de la bonté. Et là aussi, comme par rapport au mal, c'est l'acclamation de la bonté, la louange, cette sorte d'exubérance qui permet de dépasser ce non-sens et cet absurde. En fait, les JMJ nous donnent un goût de bonheur. C'est à la fois facile et difficile. J'aime bien cette phrase du psaume quatrième : "Qui nous fera goûter le bonheur ?" Le bonheur que j'ai éprouvé, le bonheur que je reconnais dans les autres, il nous faut le goûter en éprouver le goût, en éprouver la saveur. Les JMJ nous font goûter ce bonheur. Le bonheur on pourrait le prendre dans son aspect premier, dans cet aspect de surgissement, né de l'admiration devant la création, devant la beauté du monde, mais il y a aussi un bonheur de jubilation, ces espèce de grands monômes qui parcouraient la ville de Cologne, ces cris de joie, cette amitié un peu spontanée et universelle, ce bonheur de jubilation, mais qui se complète dans les JMJ qui ne sont une sorte de Wood-stock, qui se complètent par un bonheur d'expectation. Suivant cette phrase de la première lettre aux Corinthiens, au chapitre treizième: "Aspirez aux dons supérieurs". Je crois qu'il y a dans les JMJ ce bonheur qui fait désirer le bonheur avec un grand "B", qui nous fait désirer le bonheur du ciel. Aspirer aux dons supérieurs, ce bonheur que l'on traduit par une vie qui serait située dans la bienveillance, une vie qui serait située dans ce bonheur que Dieu donne, ce bonheur des Béatitudes. Plusieurs fois, à cause du nombre, à cause de ce million de jeunes, plusieurs fois, à cause aussi de la nuit, à cause de toutes ces petites lumières qui faisaient penser aux étoiles, à cause de cette universalité, plusieurs fois, j'ai eu l'impression d'être arrivé au festin des noces de l'Agneau.
Dernière caractéristique. Je trouve qu'aux JMJ, il y a une sorte de climat, un climat où ne règne pas la domination. C'est tout à fait particulier. On a l'impression qu'il y a une sorte d'accord implicite, une sorte de convenance, quelque chose qui se règle entre des personnes très différentes, il pouvait y avoir réunis sous un même drapeau des syriens et des libanais, nous avions dans notre rame de métro des jeunes palestiniens qui chantaient "Evenhu shalom aleihem", il y a une sorte d'accord très différent de ce que nous vivons habituellement. Des relations qui sont placées sous une autorité, des relations qui sont placées parfois sous des dépendances, là au contraire, et surtout dans notre petit groupe auquel je rends hommage ce matin, il y avait une sorte de bonne volonté pour servir, pour voir d'emblée le bien commun, pour envisager tout de suite ce qui convenait le mieux, pour suivre ce qu'il y avait à faire, sans rechigner.
Cette attestation par rapport au mal et à la souffrance, cette proclamation dans la liturgie se vérifiait dans un comportement très cornet entre nous. Mon souhait maintenant, c'est que cela ne s'arrête pas. Je souhaite que pendant cette année, ensemble dans la paroisse, notre paroisse offre en quelque sorte une protestation vigoureuse contre le mal, contre la souffrance, de personnes qui s'engagent concrètement pour venir en aide à leurs frères qui souffrent. Je souhaite que cette paroisse soit le lieu d'une attestation très forte du sens, parce que tellement de personnes meurent de ce manque de sens, je souhaite que tout cela soit vécu, célébré dans la liturgie, puisque c'est proprement la grâce de notre paroisse, avec tout le déploiement liturgique qui la caractérise, et je souhaite que nous vivions réellement d'une véritable chaleur dans notre communauté.
AMEN