LA DERNIÈRE PLACE
Si 3, 17-18+20+28-29 ; He 12, 18-19+22-24 ; Lc 14, 1a+7-14
Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire – Année C (30 août 1992)
Homélie du Frère Andre GOUZES, o.p.
Oui, l'humilité comme premier porche de la foi pour entrer dans le mystère de la rencontre et de la communion. Et nous nous y entendons pour, inlassablement, nous laisser charrier, nous laisser chahuter par toutes ces images dont nos rapports sociaux ont besoin. C'est la part toujours infantile de nos relations que d'avoir besoin d'exister sous ce regard d'extériorité où nous sommes perçus comme ceci ou comme cela. Que l'enfant, pour exister, pour croître en son identité, ait toujours besoin de ces regards extérieurs, cela est bien. Mais que l'adulte, et surtout le croyant engagé dans ce chemin de vérité, se laisse berner, se laisse flouer par ces images extérieures et rassurantes, se laisse piéger, cela est triste. Et nous avons inlassablement besoin de rectifier, de nous protéger de ces honneurs, de ces images, de ces adulations, surtout quand on a une fonction publique. Et ce n'est pas facile, et parfois on ne nous y aide pas très bien. Nos meilleurs amis, dans ce genre de relations, peuvent devenir les plus dangereux et nos pires ennemis.
Et pourtant, et pourtant nous avons besoin de l'amitié qui nous regarde. Nous avons besoin aussi d'être rassurés par cette image qui nous constitue ensemble dans une relation Mais nous avons, ensemble, à ne pas la recevoir de nos fascinations mutuelles, de nos désirs troubles et malsains. Mais nous avons à recevoir notre relation de fraternité constructive d'images de toutes sortes, nous avons besoin de la recevoir intérieurement de Dieu. Et la foi nous aide à la purification de ces images dans nos relations fraternelles, nos relations sociales ou nos relations amoureuses. C'est dans l'humilité que nous pouvons nous recevoir mutuellement de l'amour même de Celui qui s'est fait humble, de Celui qui s'est fait serviteur, ce Celui qui a occupé la dernière place en son incarnation pour nous inviter à la première de l'amour.
Alors, n'allons pas plus loin. Ces textes sont simples, mais leur exigence est à la mesure de leur simplicité. Ne les compliquons pas par des gloses, mais au contraire, avec exigence, ne nous mentons pas et revenons à cette douce lucidité qu'offre la miséricorde ce regard que Dieu porte sur nous et qui nous fait grandir en simplicité et en amour.
AMEN