LA DERNIÈRE PLACE
Si 3, 17-18+20+28-29 ; He 12, 18-19+22-24 ; Lc 14, 1a+7-14
Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire – Année C (3 septembre 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
C'est vrai que dans ces dispositions d'orgueil ou d'humilité nous avons à trouver une juste place, un place harmonieuse. Lorsque nous nous interrogeons, nous avons bien le sentiment que nous sommes un peu endurcis à l'intérieur et que c'est le péché certainement le plus grave, le péché qui nous abîme et nous empêche d'être de flot d'amour, ce flot de miséricorde que le prochain ou le Seigneur me demande d'être. Il est difficile, par soi-même d'opter, de se modeler un comportement spirituel. Il est vrai que, en réfléchissant ainsi, nous pouvons prendre conscience que lorsque nous voulons répondre à Dieu nous avons toujours un peu l'envie de choisir, dans une palette de comportements spirituels, celui qui nous correspond le mieux. Comme si, dans le supermarché de la vie spirituelle, il y avait différents rayons et que nous essayions tantôt l'un, tantôt l'autre, afin de voir celui qui semble le mieux nous convenir. Ainsi nous choisissons un type de réponse à Dieu.
A l'inverse, il est vrai que Dieu nous a choisi. Dieu choisit. Qu'est-ce que cela veut dire ? le premier choix que Dieu ait fait an ce monde, c'est Israël. Il n'y a aucune raison que Dieu choisisse Israël et Il aurait pu, de mille autres façons, révéler son Nom à l'humanité. Nous pouvons imaginer qu'Il ait choisi de révéler intérieurement à la conscience humaine de chacun son Nom d'amour et qu'Il ait tenté ainsi, dans chaque homme venant en ce monde, de le guider vers sa lumière. Autre idée tout à fait logique ou de logique humaine que Dieu ait choisi un des grands hommes au sommet de quelque civilisation pour lui demander d'être le porte-parole de son message. Et je vous assure qu'Il aurait ainsi assuré sa Parole d'un rayonnement colossal. Il n'en est rien puisque le Seigneur a choisi de prendre une petite part des brebis de ce monde, de les mettre un peu à part, elles qui n'avaient aucun mérite pour que celle qui n'a pas de mérites puisse être le témoin de son amour. Et Dieu n'a pas demandé un comportement particulier à Israël. D'ailleurs Israël n a pas vraiment réussi à avoir ce comportement comme idéal par rapport à Dieu L'histoire de ce peuple est faite d'infidélités, de fidélités, de combats, d'alliances et de mésalliances. C'est vrai qu'Israël, ne connaissant même pas Celui qui se révélait à lui puisqu'il ne connaissait pas encore son Nom à l'époque où Dieu s'est révélé, Israël s'est improvisé jour après jour pour répondre à Dieu, pour répondre à ce choix de Dieu. J'ai été choisi, je ne sais pas pourquoi. Je n'ai ni l'humilité nécessaire ni la dignité que Dieu aurait bien voulu que l'aie, mais j’ai été choisi. Ma réponse est faite de ma vie, de ma chair, du sang que l'ai versé ou qui a été versé sur ma terre. Ainsi Israël est choisi.
De même pour nous. Nous avons été choisis. Non pas en fonction de ce que nous pourrions créer ou donner en réponse de ce choix, mais nous avons été choisis comme cela, gratuitement. Parce que Dieu voulait simplement signifier que son choix est gratuit et qu'il n'a pas d'autre raison que la gratuité. Alors notre réponse à ce choix a deux possibilités. Soit je choisis Dieu, soit je choisis un comportement spirituel et je deviens alors mon propre maître pour rejoindre le Seigneur. Soit je choisis vraiment Dieu sans savoir comment je vais m'y prendre en me disant que c'est de la pure improvisation, que c’est même de l'aventure et que coûte que coûte, c'est ce choix-là que je ferai chaque jour dans chaque évènement humain, soit le me modèle un certain comportement intérieur, humain, psychologique, social et an vue de viser le Seigneur et ce qu'Il veut me donner ou m'enseigner.
Vous comprenez bien que lorsque nous nous posons an enseignant de notre propre vie intérieure, nous confondons la toute-puissance de Dieu et des puissances "latérales" qui n'ont pas véritablement de pouvoir sur moi. Lorsque je prends comme relais de mon choix pour Dieu un certain nombre de petites idées, tout aussi bonnes soient-elles, elles jouent le rôle d'idoles pour moi, et elles n’ont comme puissance que de m'asservir ou de m'aliéner. Seule, la toute-puissance de Dieu peut me libérer car je ne serai vraiment capable de répondre à ce choix de Dieu, an choisissant Dieu, qu'en me laissant faire, dans les mains de Celui qui m a modelé, en n'acceptant aucune des puissances usurpatrices, aussi spirituelle soit-elle, qui ne ferait que camoufler le face à face nécessaire entre Dieu me tendant la main pour me choisir et moi répondant oui à cette demande.
Comprenez bien que le Malin ricane de nos chemins de traverse, de nos méthodes d'approche du divin et qu'il se réjouit que nous fassions un peu de "location" pour tenter de voir ce qui pourrait le mieux nous convenir. Quand on aime fondamentalement quelqu'un, comme dans un couple, les raisons qui ont, fait choisir l'épouse ou l'époux ne sont pas une méthode d'approche psychologique pour la séduire ou l’aimer. Il y a un choix franc, net, comme coupé de tout le reste du monde. "C'est elle que j'aime C'est lui que j’aime !" De même avec Dieu, ne choisissons pas toute cette spiritualité qui, finalement alourdit notre démarche, mais allons au but de Celui qui, en réponse, nous donnera la méthode pour le rejoindre et qui est le Seigneur. Et en toute chose, en tout temps, en tout lieu, en toute circonstance, nous avons à refaire ce choix fondamental. "C'est Toi que je choisis, ainsi que Tu l'as fait quand Tu as choisi Israël" pour me rejoindre, moi, avec ces mots si pleins d'amour et de miséricorde qui ont permis à Israël, vaille que vaille, d'être appelé Israël chéri alors qu'il n’avait rien d'un Yeshouroun. De même je n’ai rien de celui qui est chéri et caressé sur les genoux de Dieu, mais c’est ainsi, par gratuité, je suis choisi.
En ce début d'année scolaire où nous allons reprendre nos activités dans ce monde ou dans la paroisse, nous catéchistes, nous allons recommencer d'enseigner et de redire cette foi, tâche difficile mais essentielle, et vous parents attachés à cette transmission de la foi dans votre vie familiale, professionnelle, essayons de commencer par cet oxygène. Qu'est-ce que j'ai moi-même choisi ? Qu'est-ce que, finalement, j'ai pris comme option ? Faisons tomber ces comportements carapace qui ont l'air d'être bons mais qui encombrent notre marche. Refaisons le choix essentiel car c'est toi que j'ai choisi et personne d'autre et sans médiation. C'est Toi seul, Seigneur, que je veux, car c’est Toi qui me choisi.
AMEN