LA LOI ET LA FOI
Dt 4, 1-2 + 6-8 ; Jc 1, 17-18 + 21 b-22 + 27 ; Mc 7, 1-8 + 14-15 + 21-23
Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire – Année B (30 août 2009)
Homélie du Père Jean-Noel T'CHA
Nous avions un professeur au séminaire qui nous disait : si devant une grande assemblée vous vous sentez intimidé, dites-vous : je suis courageux, je suis brave, et cela vous aidera à dire quelques petits mots. Je suis tenté de me le dire, parce que me retrouvant devant une grande assemblée, entouré de grands frères théologiens, je compte sur votre indulgence et la grâce de Dieu.
Il est question encore des pharisiens dans l'évangile qui vient d'être lu, les ennemis déclarés de Jésus. Nous savons que les pharisiens, bien avant la venue de Jésus représentaient la tendance rigoureusement juive. Ils s'attachaient aveuglément à la religion nationale. C'est la Loi, un point c'est tout ! Ils observaient scrupuleusement la Loi et pour eux, elle était Dieu. C'est dans ce climat de rigorisme légal que le Messie qu'ils attendaient aussi, va naître. C'est dans cette ambiance de tradition des anciens que le réformateur va venir. Il y aura choc, et vous l'avez remarqué. Le rite, les pratiques, la tradition voilà ce qui faisait l'essentiel des pharisiens, des scribes. Ils étaient vraiment attachés à la Loi de Moïse, ils se fondent sur l'Ancien Testament pour combattre Jésus. Ils lui disent : en fait, le Messie qu'on attendait ce n'est pas toi, parce qu'apparemment, tu ne rentres pas dans la logique de tout ce qui a été prophétisé.
Jésus en bon pédagogue se sert aussi de l'Ancien Testament pour leur rendre la monnaie. Le passage du Prophète Isaïe que saint Marc a cité : "Ce peuple m'honore des lèvres mais son cœur est bien loin de moi. Hypocrites !" Jésus connaissait bien tout ce qui a été dit de lui et comment s'en prendre aussi à ses adversaires. Il est question de tout ce qui paraît extérieur à l'homme, tout ce que nous accomplissons. Est-ce que nos actes sont motivés par une attitude intérieure, une attitude bien sûr christianisée ? ou bien le faisons-nous par habitude ? Cela se faisait ainsi, donc on continue de le faire ainsi ! Pourquoi ? L'Ancien Testament et le Nouveau Testament ne sont pas en conflit, mais le Nouveau Testament vient parachever l'Ancien. C'est ce que les pharisiens n'ont pas compris.
Jésus vient parachever la révélation qui est citée déjà dans l'Ancien Testament. Et les pharisiens n'étaient pas d'accord. Les rites extérieurs doivent signifier l'attitude intérieure. Les signes sont des réalités visibles qui rendent compte d'une réalité invisible, intérieure et les deux vont de pair. C'est cela qui a manqué aux pharisiens. Sans les actes, sans l'aspect extérieur on verserait dans le mysticisme, on prie Dieu et puis, bon, c'est de la philosophie. Sans les gestes, sans les signes visibles, on n'arriverait pas à traduire ce que nous vivons intérieurement et qui manifeste notre foi en Dieu. Les deux se tiennent.
En quoi cet évangile nous parle-t-il aujourd'hui, en quoi les textes liturgiques nous parlent-ils aujourd'hui ? Ce n'est pas une histoire qui s'est passée uniquement entre Jésus et les pharisiens, mais la Parole de Dieu est toujours d'actualité. Notre foi vécue témoigne-t-elle d'une attitude intérieure, vraie, sincère ? Souvent, chez nous au Bénin, il y en a qui disent : pourquoi aller à l'église ? je prie Dieu dans mon cœur, chez moi, aller à l'église n'est pas nécessaire puisque dans la Bible il est dit qu'on adore Dieu en esprit et en vérité. Pourquoi aller pour faire des gestes ? Sous d'autres cieux on dira : moi je suis chrétien, mais non pratiquant. Or, un chrétien non pratiquant, cela n'existe pas ! Jésus lui-même l'a dit : "Qui n'est ni chaud ni froid, je le vomis. Et qui n'est pas avec moi est contre moi". Notre conviction a besoin de faits pour être visible.
D'un autre côté aussi, notre comportement, notre attitude, nos actes de foi, nos actes religieux doivent être aussi l'expression de ce que nous vivons intérieurement comme richesse spirituelle. Saint Jacques le dit : "il ne faut pas dire Seigneur, Seigneur pour entrer au ciel". Il y a les gestes, l'attitude qui inspirent nos gestes de charité, d'amour, de tolérance, d'ouverture à l'autre.
Je vous raconte une petite histoire pour montrer qu'il ne suffit pas d'être apparemment plus proche de Dieu pour être l'ami véritable de Dieu. Vous savez qu'en Afrique, c'est l'expression orale qui compte beaucoup. "Il était une fois un évêque, un prêtre et un catéchiste. Tous étaient morts. Et si l'on vous posait la question : selon vous qui parviendrait le premier au ciel ? Sincèrement on dirait que c'est l'évêque, ensuite le curé et enfin le catéchiste ! On se dit que l'évêque est un chef religieux, donc il est plus proche de Dieu. Or, le catéchiste essayait de gravir les échelons de l'échelle, désespéré, croyant que l'évêque et le curé étaient déjà arrivés au ciel. Il se plaignait. En bas, il entend quelqu'un tousser, il regarde et il voit le curé, il s'exclame : ah ! mon curé ! et lui fait chut ! il y a l'évêque en bas". Cela pour dire que l'apparence ne fait pas le moine (attention, quand je dis le moine, c'est au sens littéraire), mais nous avons besoin de l'apparence du moine pour montrer qu'il est réellement moine. Encore une fois, les deux vont ensemble.
Dans nos relations interpersonnelles nous jouons le plus souvent au pharisien sans nous en rendre compte. Le psalmiste dit : "Il présente un visage séduisant, mais son cœur fait la guerre. Sa parole est plus suave qu'un parfum mais elle est un poignard". Souvent nos relations ne sont pas toujours imprégnées de la sincérité. On se ment, on est un peu roublard, ce que je pense est tout à fait le contraire de ce que je laisse voir. C'est pharisaïque. Il faut que ce que je suis extérieurement soit inspiré par mon être intérieur et ce n'est possible que si nous sommes tous enracinés dans l'amour de Dieu. C'est là où nous puisons la source, l'énergie. Cette énergie, c'est l'amour et quand on a l'amour, on peut faire tout et le faire bien. Quand on a l'amour on peut se moquer pas mal des lois. Saint Augustin le dit si bien : "Aime et fais ce que tu veux". Quand tu aimes, tu fais ce que tu veux parce que l'amour ne fait rien de mal.
Demandons au Seigneur la grâce d'être toujours à son écoute car c'est en vivant la Parole de Dieu qu'on arrive réellement à suivre la Loi. C'est en appliquant sa Parole que nous arrivons vraiment à vivre la vraie religion. Saint Jacques nous le rappelle : la seule religion qui plaise à Dieu, c'est de venir en aide aux veuves, aux orphelins. Dans la Bible, quand on parle de pauvres, c'est de ceux-là qu'il est question : la veuve, l'orphelin et l'étranger, aux personnes qui sont dans la nécessité. Voilà la vraie religion. Garder notre relation verticale avec Dieu, et la relation horizontale. On pourrait résumer les textes de ce jour dans ces deux dimensions : verticale et horizontale, la contemplation et l'action, là aussi, les deux vont ensemble.
Puisse la grâce de cette eucharistie nous aider chaque jour à conformer notre être à la Parole de Dieu. Que nous puisions être au lieu de paraître. Que nous soyons des maîtres de la Loi et non des esclaves de la Loi.
AMEN