ENTRÉE EN CATÉCHUMÉNAT

Ha 1, 2-3 et 2, 2-4 ; 2 Tm 1, 6-8 + 13-14 ; Lc 17, 5-10
Vingt-septième dimanche du temps ordinaire – Année C (6 octobre 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Le début d'un long chemin
Mon cher Rolon, c'est au nom de toute la communauté chrétienne que je veux m'adresser à toi aujourd'hui. En effet, quand on a choisi ce dimanche pour t'accueillir, je n'ai pas pris soin de consulter les textes qui étaient prévus au programme, et en y réfléchissant, je me suis dit que tu pourrais penser que l'accueil est plutôt frais. En effet, tu imagines la première parole du Seigneur que tu reçois et que tu accueilles dans cette église, c'est "Seigneur augmente en nous la foi", et c'est peut-être la prière que tu as faite en entrant ici ce matin, et Jésus répond : si vous en aviez deux grammes, vous déracineriez les arbres, vous les déplaceriez, et jette-toi dans la mer, chose absolument absurde ! Evidemment, cette première parole du Seigneur n'est guère encourageante, pour avoir la foi, si c'est pour déraciner les arbres, et les replanter dans la mer, ce n'est pas écologique, c'est même un peu stupide.

La deuxième parole du Seigneur n'est pas beaucoup plus encourageante, avoue-le. C'est être au service du Christ, il n'y a pas de législation sur les horaires, tu rentres du boulot, tu es fatigué et on te dit qu'il faut faire le ménage, etc … et que peut-être après, tu pourras manger … Au moment où l'on se décide à entrer dans l'Église et à vivre selon l'évangile, ce n'est pas très encourageant. Mais est-ce que c'est la bonne lecture ? Jésus serait-il cet esclavagiste qui nous envoie proclamer son évangile, si cela ne marche pas c'est à cause de notre manque de foi, si le monde n'est pas transformé, c'est parce que nous ne croyons pas. Bref, est-ce que c'est vraiment cela l'évangile ? Donc, es-tu entré dans un esclavage religieux et spirituel où il faut faire tout et n'importe quoi sans jamais calculer ni mesurer, sans attendre aucune reconnaissance, c'est un peu paradoxal.

Je veux te rassurer, ce n'est pas tout à fait la bonne interprétation de cet évangile. En réalité, il faut le comprendre de la façon suivante. Un vieux proverbe dit qu'un travail bien commandé est à moitié fait. Ce que Jésus veut nous dire, c'est qu'un travail bien commandé quand c'est lui qui le fait, il est totalement fait. C'est cela que je voudrais t'expliquer en quelques mots.

Pourquoi es-tu là ? Ce n'est pas pour dire à Dieu : vois tous les efforts que je fais pour écouter Michel pendant une heure toutes les semaines. C'est sûr que si tu le prends de cette manière, si tu prends la vie avec l'Église, avec les sacrements avec les frères dans une espèce de calcul où tu mesures les intérêts de tout ce que tu as fait pour nous, c'est évident que tu rentres dans un rapport comptable avec Dieu qui n'est pas la meilleure perspective ni la meilleure manière de se préparer au baptême. Si au contraire tu reçois aussi bien ta vie humaine, tout ce que tu sais faire, tout ce que tu vas faire, tous tes projets, tout ce que tu as reçu jusqu'à maintenant comme quelque chose qui est donné, qui t'est proposé, alors cela change tout. Tu peux considérer que tu es serviteur inutile, non pas parce que tu ne fais rien, au contraire, mais quand tu l'accomplis, quand tu rentres dans cette dynamique, tu es comme porté, accompagné, soutenu pour le réaliser. C'est cela que Jésus veut dire. Si vous reconnaissez cet amour que Dieu a pour vous, cet amour qui vous a donné la vie, qui vous a donné une certaine sagesse, qui vous a donné de pouvoir comprendre petit à petit qu'être appelé, c'est recevoir un cadeau, une grâce. Si vous recevez tout cela précisément comme un don et comme une grâce alors, autre proverbe : à cheval donné, on ne regarde pas les dents ! Quand on reçoit ce cadeau de la vie et de l'amour de Dieu, on le reçoit à pleine brassée à bras ouverts et dans le bonheur de savoir que même si à certains moments il faut un peu se donner du mal il y a quand même un don fondamental.

Au fond, aujourd'hui, c'est pour cela que tu es ici, parce que tu commences à reconnaître dans ta vie, dans ta manière d'être, dans tout ce qui t'es arrivé, dans tout ce que tu veux construire, tu reconnais déjà quelque chose de ce don, et les chrétiens on un mot pour exprimer cette réalité, c'est la grâce. C'est cela que Jésus voulait dire : si vous aviez un minimum de reconnaissance de cette grâce, et il faut reconnaître que ce n'est pas spontané, car il ne faut pas essayer de gouverner le monde à la place de Dieu. Il y a un don fondamental qui n'exclut rien de notre liberté. Quand vous faites le travail du labour, de conduire le bétail, ensuite de préparer le repas, vous entrez dans la dynamique de ce que Dieu veut faire avec nous, alors pourquoi vous dresser contre moi ? Si c'est que mon amour, ma force et ma grâce sont une coopération avec vous, un soutien d'initiative, d'impulsion pour votre propre agir, pourquoi alors vouloir vous couper de la source ?

C'est tout cela que nous fêtons avec toi aujourd'hui. Le baptême n'est pas seulement un événement qui se passera à Pâques pour toi, mais pour nous, la grâce du baptême est une grâce incessante. Nous reconnaissons que nous avons reçu une impulsion au départ, mais au fils des jours, des événements, des rencontres, des eucharisties que nous célébrons, au fil de tout ce qui nous arrive dans la vie, nous reconnaissons que Dieu est sans cesse comme un dynamisme et d'impulsion qui nous dit simplement : allez, vas-y, je te lance, aie le courage de t'avancer.

Comme tu peux le voir, le chemin que tu prends maintenant n'est pas un chemin où tu serais livré à tes propres forces, non, être chrétien, c'est reconnaître qu'il y a notre liberté, mais si ce n'était pas porté par ailleurs, où en serions-nous ?

Frères et sœurs, que ce soit aussi pour chacun d'entre nous qui accompagnons Rolon pour entrer dans le mystère de son baptême, l'occasion de réévaluer la grâce en nous, de ne pas la mesurer comme le petit coup de pouce que nous voudrions que Dieu fasse pour que cela aille mieux. Nous n'avons pas assez de foi, mais que ce soit d'abord la grâce comme ce dynamisme fondamental profond qui est à la racine de notre cœur et que Dieu nous donne pour que nous trouvions la plénitude de notre vie, de notre joie, et cette plénitude, ce n'est rien d'autre que lui.

 

AMEN