TOUT !
1 R 3, 5 + 7-12 ; Rm 8, 28-30 ; Mt 13, 44-52
Dix-septième dimanche du temps ordinaire – Année A (24 juillet 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
Mais je crois que si on essaie de relire différemment les trois paraboles que nous avons entendu, on pourrait réfléchir sur un mot : "Le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ. L'homme qui l'a découvert le cache de nouveau, puis il va vendre tout. Le Royaume des cieux est comparable à un négociant qui cherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout. Le Royaume des cieux est comparable à un filet qu'on jette dans la mer et qui ramène toutes sortes de choses".
Je trouve assez intéressant qu'aujourd'hui, il y ait ce mot de totalité. On part à la recherche de quelque chose, et on trouve tout ! Je crois qu'on pourrait résumer aujourd'hui les évangiles avec cette phrase : cherchant une chose, nous tombons sur tout.
A quoi pourrait-on comparer un homme qui cherche quelque chose ? On pourrait le comparer à un chasseur de trésor. Qu'est-ce qu'un chasseur de trésor? C'est celui qui ne pense que par la chasse au trésor et qui ne désire qu'une seule chose, acquérir la pièce unique, la pierre rare qu'il pourra ramener et mettre dans son musée privé, bien à l'abri des regards des autres. En fait, chez le chasseur de trésor, l'univers tout entier ne correspond qu'à une seule chose, le trésor qu'il cherche, un peu Indiana Jones, c'est un chasseur de trésor très sympathique, mais on se rend très vite compte que ce qui l'intéresse, c'est de posséder l'objet de ses convoitises. A quoi pourrait-on comparer un homme qui trouve un trésor, qui le laisse sur place, le ré-enfouit, va chercher tout son argent à la banque, et revient pour acheter le champ ? Je pense qu'on pourrait le comparer à un archéologue. L'archéologue ce n'est pas un chasseur de trésor. C'est celui qui soupçonne que l'objet dit beaucoup plus que ce qu'il n'est. L'archéologue, c'est celui qui, en découvrant le trésor, se dit que ces quelques pièces de monnaie romaine cachent quelque chose de plus, et ce plus, c'est peut-être une superbe mosaïque romaine. Et au-delà de la mosaïque romaine, il y a peut-être une superbe villa ? Le chasseur de trésor aurait trouvé les pièces de monnaie, les met dans son sac et rentre à la maison.
Le chrétien, c'est l'archéologue. C'est vrai que nous pourrions en tant que chercheurs de Dieu, nous contenter de quelques parcelles de Dieu. Notre vie personnelle est traversée de tel ou tel événement qui nous fait discerner ces quelques parcelles du trésor de Dieu, de ce Royaume des cieux. Et comme le chasseur de trésor, nous nous en contentons. C'est mieux que rien, surtout, il ne faut pas perdre les quelques petits moments intimes où Dieu est venu, où j'ai eu le sentiment que Dieu me visitait ! Je vais garder ce petit moment, le mettre dans mon musée intérieur, et toute ma vie ne sera plus dirigée que sur ces quelques rares instants de rencontre et de bonheur avec Dieu. Entre la proie et l'ombre, il ne faut pas lâcher le morceau, si on perd tout, où va-t-on aller ?
Or, le vrai chrétien, le vrai chercheur de Dieu c'est vraiment l'archéologue. C'est celui qui ne va pas hésiter à prendre le risque d'abord, parce que c'est vrai qu'entre temps, re-cacher le trésor dans le champ, partir négocier l'achat du champ et revenir, quelqu'un d'autre aurait pu passer et voler le trésor. Le chrétien, c'est celui qui sait prendre du risque. Le chrétien, c'est celui qui comprend qu'il n'a pas à prendre la partie pour le tout. Nous ne pouvons pas nous contenter des quelques parcelles de vie divine, de moments divins que nous avons eu dans notre vie. C'est cela prendre la partie pour le tout. Nous sommes au contraire, appelés à beaucoup plus. Nous sommes appelés à découvrir tout un univers, toute une vie extraordinaire que le Seigneur est prêt à nous donner. C'est le travail de l'archéologue : savoir passer de quelques pièces de monnaie à quelque chose qui est enfoui dans le champ et dont nous ne soupçonnons pas toujours l'existence, la valeur ou la qualité.
Je crois que cette parabole dit d'une autre manière ce très beau texte de saint Paul que nous avons entendu tout à l'heure. Nous sommes destinés à la glorification, mais le malheur, c'est qu'on n'y croit pas beaucoup. Nous restons bloqués sur certains termes qui nous plaisent, des termes qui ne sont pas faux, d'ailleurs : l'amour, etc .… Mais souvent, nous employons ces termes comme le chasseur de trésor qui se contente de regarder chez lui les quelques pièces de monnaie, en s'inventant des fables tout autour et en ne partant pas à l'aventure.
Tous ces termes, toute cette vie humaine que Dieu nous donne, tous ces termes qui sont de l'ordre du pardon entre nous, de l'amour, sont effectivement des traces de ce trésor. Mais que révèlent-ils si on s'arrête uniquement au niveau humain ?
Je crois frères et sœurs, que nous avons à prendre notre pioche, et nous ne devons pas hésiter à creuser, à continuer, à prendre des risques, peut-être à lâcher certaines choses pour découvrir le Royaume des cieux qui est enfoui dans notre vie, le fait que nous sommes destinés à vivre dans la gloire de Dieu.
AMEN