LE DON SOURCE DE BONHEUR
2 R 4, 42-44 ; Ep 4, 1-6 ; Jn 6, 1-15
Dix-septième dimanche du temps ordinaire – Année B (26 juillet 2009)
Homélie du Père Jean-Noel T'CHA
Aujourd'hui vous n'entendrez pas les belles homélies de théologie et d'exégèse, de votre curé, le Frère Daniel. Je veux simplement partager avec vous ma petite méditation sur les textes liturgiques de ce matin. Si je voulais thématiser les trois lectures, je dirais qu'il s'agit de bonheur. Tous nous aspirons au bonheur, l'être humain aspire au bonheur.
Dans la première lecture, il est question de la multiplication des pains. Un jeune homme donne quelques pains au prophète Élisée qui en donne à une multitude, la foule mange, et il y a des restes. Le pain, c'est un signe parmi tant d'autres, de bonheur. "Ventre affamé n'a point d'oreille" dit-on !
Dans la deuxième lecture saint Paul exhorte les chrétiens d'Éphèse à suivre fidèlement l'appel qu'ils ont reçu du Seigneur. Quel est cet appel ? "Ayez beaucoup d'humilité, de douceur, de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour". Ce sont les caractéristiques de la paix, des hommes qui s'entendent, qui tolèrent. C'est un signe de la paix et c'est aussi un élément de bonheur.
Dans l'évangile, c'est le comble du bonheur. Jésus réalise le bonheur pour tant de foules. On dit qu'une foule immense le suivait parce que cette foule avait vu les signes que Jésus accomplissait. Quels étaient ces signes ? Guérir les malades. Lorsque Jésus a posé son regard sur cette foule, il en a eu pitié, parce qu'il a remarqué qu'ils avaient faim. Ce regard de Jésus sur la foule affamée traduit la tendresse, la compassion de Dieu pour les hommes. Jésus regarde tous les hommes avec amour. Là, il va faire encore un miracle.
Ce qui est étonnant, c'est que Jésus n'a pas fait pleuvoir la manne comme au désert, il aurait pu le faire, il est Dieu. Mais il a voulu partir de la réalité humaine, il a voulu que l'homme contribue à son salut. Il met Philippe à l'épreuve : "Où pourrions-nous trouver du pain pour nourrir tout ce monde ?" André observateur, remarque un jeune garçon qui a quelques pains et quelques poissons. Vous le voyez, Dieu a besoin de l'homme pour rendre l'homme heureux. Saint Augustin le dit : "Dieu nous a créé sans nous, mais il ne peut pas nous sauver sans nous. C'est impossible". Ce n'est plus possible depuis l'Incarnation. Dieu a besoin de l'homme pour sauver l'homme. Heureusement que le jeune homme était là avec un peu de pain, mais cela ne suffit pas. Il fallait qu'il soit généreux pour donner tout ce qu'il avait. Il a pris un risque. On dit qu'il y avait cinq mille hommes, c'est saint Jean qui le dit, il est gentil. D'autres évangélistes le sont moins, ils disent que c'était sans compter les femmes et les enfants ! Il y avait tout ce monde-là à nourrir. Et le pauvre jeune garçon dans l'élan de générosité a donné ses cinq pains et les deux poissons. Il aurait pu appeler ses amis et ses copains et leur dire : allons manger là-bas pendant que tout le monde meurt de faim. Mais il a tout donné. C'est un exemple.
Et je crois que c'est ce que le pape Benoît XVI dit dans sa dernière lettre : "L'amour dans la vérité", il dit que l'être humain est fait pour le don et c'est le don qui exprime et réalise pleinement la dimension de transcendance de l'homme. C'est merveilleux, c'est un déploiement d'amour. Dieu est amour et qui ne pratique pas l'amour ne connaît pas Dieu. Ce jeune homme a permis que le miracle se réalise, c'est la contribution de l'humanité.
Ce matin, Jésus est encore là et il nous demande nos cinq pains et nos deux poissons pour rendre les autres heureux. Dieu ne viendra plus du ciel pour nous sauver, si je prenais ici un couteau pour m'égorger, Dieu ne viendra pas m'attraper la main, c'est fini. Mais Dieu va me sauver à travers vous qui êtes là. A chacun et à chacune de voir selon son charisme, son don, ce qu'il a à apporter au monde, ce qu'il peut donner à Jésus qui va le multiplier pour les autres. Nous n'avons peut-être pas tous besoin de la même chose, mais nous avons tous quelque chose à donner pour rendre l'autre heureux. Le pain du jeune homme, c'est peut-être mon sourire que j'offre à mon voisin, à mon prochain, pour lui redonner l'envie de vivre, la joie de vivre. C'est peut-être mes petites blagues humoristiques pour le sortir de ses soucis. Nous avons tous un charisme que nous devons mettre au service de la communauté.
Voilà, c'est le miracle que nous avons à accomplir au nom de Jésus tous les jours. Jésus a tellement aimé les hommes qu'il s'est donné lui-même. Aimer, c'est tout donner, et se donner soi-même. Je crois qu'il a tellement nourri la foule du pain, qu'il l'a nourrie jusqu'aujourd'hui non plus du pain mais de son Corps, l'eucharistie. Certains théologiens pensent que cette multiplication des pains préfigurait déjà l'eucharistie. De toutes les façons, que ce soit vrai ou faux, c'est une bonne chose. Jésus veut nous nourrir de son Corps et de son Sang non pas pour que nous soyons repus, nous seuls, mais pour que nous puissions aller annoncer aux autres que ce que nous avons reçu c'est un signe d'amour, une réalité divine qui unit et rassemble les hommes dans la même foi en Dieu.
C'est l'enseignement qui ressort de façon éclatante de la deuxième lecture : "Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême". Puisse le Seigneur raviver en nous cette grâce que nous avons reçue au baptême, la grâce de l'amour, la grâce du don généreux qui rend l'autre heureux.
AMEN