DE L'AUDACE POUR TÉMOIGNER

1 R 3, 5 + 7-12 ; Rm 8, 28-30 ; Mt 13, 44-52
Dix-septième dimanche du temps ordinaire – année A (30 juillet 2023)
Homélie du Père Jean-Noël N’TCHA

Frères et sœurs en Christ,

Je voudrais méditer avec vous sur l’attitude du jeune roi Salomon. Dans la première lecture, Dieu demande à Salomon de Lui présenter ses besoins. « Demande-Moi tout ce que tu veux et Je te le donnerai ». Vous imaginez l’embarras de Salomon tout jeune qu’il était, sachant la situation qui prévalait à cette époque. Il venait de succéder à son père David. Vous connaissez les exploits de David et des autres rois de l’époque. Être roi à cette époque, c’est conquérir des territoires. Ça ne se faisait pas de manière diplomatique, il fallait aller au front, combattre, vaincre l’ennemi et prendre ses biens ce qui montrait l’hégémonie du roi et de son royaume.

« Demande-Moi tout ce que tu veux et Je te le donnerai ». La réponse de Salomon est surprenante parce qu’un homme ordinaire, en pleine difficulté, demande juste ce qu’il faut pour sortir de cette situation qu’il vit et qui n’est pas de nature à le mettre à l’aise. C’est comme si Dieu demandait à chacun de nous, selon la situation particulière, spécifique que chacun de nous vit : « Demande-Moi tout ce que tu veux ». Si le Seigneur apparaissait dans un hôpital et demandait à un malade couché, presque à la fin de sa vie : « Dis-Moi, que veux-tu que Je te donne ». La réponse est évidente : « Que je guérisse ! » Imaginez que le Seigneur apparaisse à une jeune fille ou à un jeune homme qui ont longtemps cherché leur âme sœur, un époux ou une épouse. Il leur pose la même question. La réponse est évidente, ils répondent : « Je veux rencontrer mon âme sœur ». C’est humain. Nous voulons la solution à nos problèmes, à nos projets, de façon immédiate.

Mais Salomon, inspiré par l’Esprit, a donné une réponse qui surprend même Dieu. Un jeune homme qui se trouve investi d’une autorité qui le dépasse, qui est entouré par d’autres rois ennemis, à qui l’on demande ce qu’il veut, n’a pas demandé : « Seigneur, donne-moi une armée puissante, la bravoure pour affronter l’ennemi ». Il dit simplement : « Donne-moi un cœur attentif, donne-moi la sagesse pour gouverner le grand peuple que Tu me confies ». C’est une parole pleine de sagesse. Nous avons entendu la réponse de Dieu : non seulement Il lui a accordé la sagesse mais aussi la gloire, c’est-à-dire tout ce qu’il fallait pour gouverner de main de maître son peuple. Il lui a donné toute la richesse nécessaire.

L’enseignement que nous pouvons tirer de cette attitude d’humilité du roi Salomon est énorme. Tout mettre dans les mains de Dieu. Quand Salomon demande la sagesse, c’est pour dire : « Seigneur, décide selon ta volonté, que ta volonté soit faite ». Et le Seigneur l’a comblé. Il lui a donné la capacité de discerner le mal et le bien.

Dans la seconde lecture, le message est que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. C’est quand même étonnant lorsqu’on voit ce qui se passe autour de nous. Dans ce monde actuel dans lequel nous vivons – foyers de tensions, calamités naturelles ou provoquées – comment imaginer que cela puisse concourir au bien de ceux qui aiment Dieu ? C’est une question vraiment existentielle. Récemment les parents de l’enfant qui a disparu peuvent-ils entendre cette parole avec le même sentiment ? Je ne pense pas. Ils viennent de perdre un enfant. Il a disparu. Avec toute la technologie d’aujourd’hui et tout ce que les hommes de sécurité ont fait d’effort pour retrouver cet enfant, le résultat a été nul, vain. Où est-il ? Il est peut-être dans les mains de méchantes personnes. Les parents n’accepteront pas de façon joyeuse cette parole qui nous dit que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. Et pourtant il le faut. Ce qui donne le courage d’accepter d’épouser cette pensée de Dieu, c’est justement la vie et l’attitude de son Fils qui a souffert, qui a été crucifié et qui est mort. Mais la mort n’a pas eu le dernier mot. Il est ressuscité et a été glorifié auprès de son Père.

Nous aussi, grâce à sa résurrection, nous sommes capables de ressusciter et d’avoir place auprès du Père. Nous sommes aussi bénéficiaires de sa résurrection. Nous sommes capables aussi de ressusciter et d’avoir place auprès du Père car Il a épousé notre condition humaine. Il l’a transcendée et est retourné au Père. Il a établi le pont entre l’humanité et Dieu. C’est cela le trésor que nous devons rechercher : chercher à ressembler au Fils de Dieu qui a manifesté son Père en épousant notre condition humaine excepté le péché, qui est retourné au Père en nous montrant le chemin à suivre. Dans l’évangile, les trois paraboles parlent du trésor. Le trésor est ce que nous avons de précieux, qu’on ne peut pas nous ravir si facilement. Parfois je vois des parents qui appellent leur enfant « mon trésor », c’est-à-dire ce que j’ai de plus précieux. Ou le mari qui appelle sa femme « mon trésor ». Il va se défendre pour préserver ce trésor, la perle fine.

Si le Seigneur demandait à chacun : « Quel est ton trésor ? Qu’est-ce qui représente dans ta vie le trésor auquel tu tiens le plus ? » Les réponses seraient diverses en fonction des projets de chacun. Mais la vraie réponse, c’est de chercher à ressembler à Jésus parce qu’Il est d’abord vrai homme, l’homme parfait et vrai Dieu. L’homme parfait est celui-là qui va contempler la face de Dieu, une fois la vie finie sur la terre, il sera divinisé.

Frères et sœurs, ce trésor ne peut s’acquérir sans Dieu. Nous ne pouvons pas acquérir, préserver et sauvegarder ce trésor en écartant Dieu de notre vie. C’est un combat difficile. Pour y arriver, il faut combattre, il faut de la persévérance, de la bravoure et parfois de l’audace. Notre monde est immergé dans une société où Dieu a très peu de place. Dieu est à l’étroit. En sommes-nous conscients ? Avons-nous le courage de faire de l’espace autour de nous pour que Dieu y habite ? C’est cela le trésor, la priorité des priorités. On dit parfois que parler de Dieu c’est facile, mais que vivre ce que Dieu nous demande, c’est difficile. Excusez l’exemple cruel, mais celui qui vient d’égorger une personne viendrait offrir une bonne catéchèse sur Dieu. Ces mauvaises personnes sont plus aptes à faire des reproches aux autres sur ce qui est bien ou ce qui est mal. Mais derrière, ils savent ce qu’ils font.

Parler de Dieu, c’est facile mais vivre la parole de Dieu, voilà qui est difficile : cela requiert de nous de l’abnégation, du renoncement, du sacrifice. A quoi sert à l’homme d’amasser les trésors de ce monde si après son âme est vouée à la souffrance ? Travaillons à acquérir le trésor qui nous conduit à Dieu. Ce trésor n’est rien d’autre que de chercher à nous rapprocher davantage de Dieu en faisant de petites choses mais avec amour.

Pour finir, je voudrais prendre l’exemple de la "petite" Thérèse. Sainte Thérèse de Lisieux est aujourd’hui reconnue comme la patronne des missions alors qu’elle n’est jamais sortie de son couvent. Mais dans son couvent, elle avait un cœur plein d’amour. Elle priait pour que la parole de Dieu se répande et que les gens s’aiment comme les membres d’une seule famille. C’est ça le trésor : quand nous cherchons à ressembler à Jésus, ce n’est pas de façon individuelle et égoïste mais de façon solidaire, charitable car on ne va pas à Dieu tout seul. On va ensemble, en Eglise, en famille.

Que la grâce de cette eucharistie nous donne le courage, la force et parfois l’audace pour témoigner de ce que nous sommes et de Celui qui nous appelle : le Christ. On peut être bon chrétien mais un chrétien peureux qui a peur de se montrer chrétien en public. Je vois souvent des gens qui portent des croix. C’est bien. Cela veut dire : « Je suis chrétien, catholique ». D’autres n’en portent pas. Cela dépend. Mais si j’ai honte d’en porter parce qu’on va me critiquer, eh bien Jésus a dit : « Celui qui aura honte de Moi sur la terre, Moi-même J’aurai honte de lui au ciel ». Je ne veux pas dire que ceux qui n’en portent pas sont moins fervents que les autres. Mais quelle est la motivation qui fait que tu ne portes pas la croix ? Est-ce parce que j’en ai honte ? Dans ce cas, je ne suis pas chrétien. Si c’est une autre motivation, il n’y a pas de problème, c’est toi avec ton Dieu, cœur à cœur avec ton Dieu.

Frères et sœurs, cherchons où se trouve notre trésor et là, nous y mettrons notre cœur.