TRANSMETTRE L'AMOUR RECU
Am 7, 12-15 ; Ep 1, 3-14 ; Mc 6, 7-13
Quinzième dimanche du temps ordinaire – année B (14 juillet 2024)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS
Frères et sœurs, comme il fait chaud, que c'est l'été, que nous sommes en vacances et puisqu'il y a un baptême, je crois qu'il faut que ce soit d'abord le baptême qui nous éveille le cœur à ce qui se passe dans la vie chrétienne.
Nous avons aujourd'hui une magnifique introduction pour comprendre le texte un peu difficile qui nous a été lu en deuxième lecture. Il commence par une louange de Dieu parce qu'Il nous a bénis dans le Christ, qu'Il nous a aimés dès avant la fondation du monde. Cela veut donc dire que Dieu a aimé ce monde et nous a aimés avant même que ce monde existe et avant même que nous existions. C'est d'ailleurs une chose qui se répète régulièrement parce que je pense que dans la vie d'un couple, on aime l'enfant avant même qu'il existe. C'est-à-dire qu'on est heureux de partager un bonheur que l'on découvre comme mari et femme et on est heureux de le partager avec quelqu'un qui n'existe pas encore peut-être. Quand on voit parfois aujourd'hui les angoisses qu'il y a dans les jeunes couples parce qu'ils ont peur de ne pas avoir d'enfant, on se rend compte que c'est aussi une situation analogue, c'est-à-dire le fait d’aimer certains êtres avant qu'ils existent. On n'y réfléchit pas souvent mais c'est quand même quelque chose d'essentiel.
En fait d'une certaine façon on peut dire que chacun d'entre nous a été aimé avant qu'il existe. Chacun d’entre nous peut s’appeler Désiré, chacun d’entre nous est déjà tout investi de l’amour des parents, avant même que nous existions et que nous puissions prendre en main notre vie. C’est d’ailleurs l’un des sens de la vie humaine de se découvrir aimé sans avoir eu conscience de cet amour.
A quel moment se rend-on compte vraiment qu'on a été aimé à ce point ? C'est souvent difficile à dire. Parfois on ne s'en aperçoit même pas et on vit inconsciemment dans une sorte d'évidence qu'on a la vie et qu'elle est venue par nous-mêmes, que c'est nous qui avons simplement construit notre vie. D'où cette énorme méprise et mauvaise interprétation dans la vie moderne que c'est à nous de construire l'amour, la vie. L'idéal finalement serait de faire chacun d'entre nous le self made man ou la self made woman, c'est-à-dire se construire, se bâtir. Ce n 'est que dans un deuxième temps que nous pouvons aimer parce que nous avons été aimés. C'est cela que rappelle le baptême. Si l'Eglise a admis le baptême des petits enfants – sans faire de calcul de baptêmes des petits enfants en pensant que cela ferait plus d'encartés au parti de l'Église – c’est parce qu’elle s'est dit qu'ils étaient déjà portés par l'amour de leurs parents si bien qu’on est heureux de les baptiser et de leur donner cet amour de Dieu par la manière dont les parents vont porter la destinée de cet enfant.
Frères et sœurs, c'est très important : dans le sacrement de baptême, il n'y a qu'une règle, je ne sais pas si vous y avez déjà réfléchi. En cas de nécessité et d'urgence on peut être baptisé par quelqu'un de totalement incroyant, mais la seule règle est qu'on ne se baptise pas soi-même. C'est une règle absolument irréfutable, fondamentale dans l'Église : on est toujours baptisé par un autre qui signifie qu'à ce moment-là que quelqu'un d'autre, Dieu, donne la vie à l'enfant. Cela peut être quelqu'un qui n'est pas du tout croyant. C'est cela que nous vivons. C'est cela qu'il est si difficile à admettre dans la société moderne contemporaine. Nous ne cherchons qu'à manifester la vie humaine comme une construction où chacun d'entre nous est mis au défi de se réaliser soi-même. On oublie les racines, on oublie ce qui fait qu’à un moment ou un autre, sur la base de tout ce que nous avons reçu, nous pouvons commencer nous-mêmes à aimer et à donner.
C’est une des choses les plus éblouissantes que l'Église ait dite et je pense que c'est même ce qui a fait le succès du christianisme aux origines. Quand le christianisme a été annoncé dans le monde païen, un spécialiste de la question a dit : « Il s'est passé une chose extraordinaire à cette époque, l'homme a vraiment cru que Dieu l'aimait ».
Quand nous sommes rassemblés aujourd'hui pour le baptême de Gabriel, ce qu’il nous apprend, ce qu’il faut que nous réactualisions au plus intime de notre vie, de notre être, c’est que nous croyons que Dieu nous aime.
Vous allez me dire que c'est l'évidence. J'aimerais que ce soit vraiment l'évidence pour tous car alors nous ne serions pas en train de nous imposer les uns aux autres ou d'essayer de nous imposer des modèles culturels. Nous saurions simplement que nous sommes portés par un amour qui ne vient pas de nous, dont nous ne sommes pas les constructeurs, dont nous ne sommes pas les gestionnaires, dont nous sommes les récepteurs, des hommes et des femmes transfigurés par cet amour qui nous est donné par Dieu et par la médiation de l'humanité et du service d’une génération au service de la suivante et c'est là qu'est le cœur même de toute l'existence ; il reste à passer aux actes.