VENEZ VOUS REPOSER UN PEU

Jr 23, 1-6 ; Ep 2, 13-18 ; Mc 6, 30-34
Seizième dimanche du temps ordinaire – Année B (22 juillet 1979)
Homélie du Frère Michel MORIN


Les semaines qui avaient précédé le passage de l'évangile que je viens de proclamer avaient été des semaines difficiles tant pour les apôtres que pour Jésus Lui-même. En effet ils se retrouvent autour de Jésus justement parce que Jésus les avait dispersés en les envoyant deux par deux devant lui prêcher et annoncer la bonne nouvelle aux autres villes de Galilée. Et ils avaient passé ces semaines dans la pauvreté. Le Christ les avait envoyés "sans besace, sans argent", sans bagages, sans bâton et il leur avait annoncé que, dans certaines villes, l'accueil serait peut-être désagréable. Et les apôtres étaient partis inquiets, inquiets peut-être aussi de l'absence de Jésus auprès d'eux. Durant ces semaines aussi Jean-Baptiste avait été exécuté après la pantomime d'Hérodiade, la femme de Philippe frère d'Hérode que celui-ci lui avait prise. Ainsi les disciples retrouvent Jésus et Jésus retrouve ses disciples. Et Il leur dit cette phrase profondément humaine : "Venez donc, nous allons aller à l'écart nous reposer un peu" de tous ces évènements que vous avez vécus.

Le Christ, aujourd'hui, à chacun d'entre nous, redit cette même phrase : "Venez un peu à l'écart pour vous reposer !" Ce Christ qui, Lui-même a connu notre fatigue, ce Christ Lui-même a connu la chaleur du jour, ce Christ qui a connu le poids du péché dans le cœur des hommes, ce Christ qui n'a pas eu d'autre pierre où reposer la tête que la pierre du tombeau, voici qu'aujourd'hui, il nous appelle à nous reposer avec lui. Nous reposer avec le Christ, prendre un moment à l'écart avec lui, ne serait-ce que le temps de la traversée du lac, quelques heures à peine pour retrouver, de l'autre côté, autant de monde, autant de monde agité et affamé qu'il en avait laissé sur le rivage qu'Il venait de quitter.

Prendre le temps de nous reposer en Dieu. Prendre le temps, dans chacune de nos journées, au cœur même de notre activité, au cœur même de nos inquiétudes, de notre agitation, prendre le temps de rester seul avec le Christ dans cette barque où Il nous appelle et qui est son Église. Cet appel, cette invitation du Christ est extrêmement précise. Avant de trouver les foules, Jésus prend ses disciples, seuls, avec lui, et là dans le silence peut-être de la traversée, ils retrouvent la joie, les disciples d'être près de leur Seigneur et le Seigneur d'être tout proche de ses disciples. La vie commandera très vite ses problèmes, ses inquiétudes et la fatigue de la route.

C'est une expérience nécessaire pour notre foi d'aujourd'hui de prendre régulièrement chaque jour, des moments de solitude, seul à seul avec Notre Seigneur. Chacun de nous peut en choisir le lieu ; chacun de nous peut en choisir la forme, mais il est nécessaire, au cœur de notre cœur, que nous découvrions la présence de Jésus-Christ, car nous-mêmes nous habitons dans son propre cœur depuis qu'Il nous a fait passer de la mort à la vie par le baptême, Et je crois que notre vie chrétienne, je crois que notre foi en Dieu ne serait pas totalement vraie si nous ne prenions pas régulièrement ces temps de solitude et de prière, notre amour de Dieu, notre foi en Dieu ne seraient peut-être pas l'amour et la foi dans le Dieu de Jésus-Christ. Car il y a dans ce repos dont parle Jésus quelque chose d'encore plus important que la nécessité pour nous de le prendre avec Lui. Le Christ nous invite au repos pour que nous découvrions que Dieu est un Dieu de repos.

Tout au long de la Bible, tout au long de cette révélation de Dieu aux hommes, Dieu s'est montré, Dieu s'est révélé comme un Dieu de repos, comme un Dieu de paix, comme un Dieu de tranquillité et de sécurité. Il faudrait relire toute la Bible pour retrouver cela à chaque page et à chaque épisode. Souvenez-vous simplement de ce premier passage de la création du monde où Dieu lui-même a pris le temps de se reposer de son œuvre. Souvenez-vous de l'Exode de ce peuple hébreu, depuis là terre d'Égypte vers la Terre Promise, lieu du repos, où le peuple récrimine, le peuple n'est pas content, le peuple veut retrouver ses idoles et sa viande d'Égypte. Et Moïse qui se plaint à Dieu de la nuque raide du peuple et Dieu lui répond : "Ne t'inquiète pas ! Moi-même, je viendrai et je te donnerai le repos". Souvenez-vous d'Élie fuyant la difficulté de sa mission de prophète, montant à l'Horeb et trouvant Dieu dans la brise légère.

Dieu est un Dieu de repos. Tous les psaumes le marquent et les images du texte de Jérémie, les images de pâturages gras, d'une eau pure, d'une terre de tranquillité sont là pour nous faire comprendre que Dieu est un Dieu de repos et que, dans son repos à Lui, Il veut nous faire entrer. Et il nous fait entrer dans son repos par la Résurrection du Seigneur Jésus. Nous le chantons dans la liturgie pascale et dans la liturgie de chaque dimanche : "Le Christ s'est levé de la mort, Il s'est levé du tombeau pour entrer dans son repos." Le repos auquel Dieu nous invite c'est de mettre uniquement notre confiance, notre foi en Lui. Quelle que soit la turbulence de notre vie.

Et il y a encore quelque chose de plus profond. C'est que Dieu a besoin de nous pour trouver la totalité de son repos. Isaïe l'avait dit au peuple, au temps du roi Achaz, il avait de la part de Dieu : "Lui-même vous donnera le repos. Ce peuple me fatigue à cause de son manque de foi." Frères et sœurs, est-ce que notre manque de foi ne fatigue pas notre Dieu ? Irait-il aujourd'hui encore jusqu'à dire ce qu'Il a dit du peuple hébreu : si cela continue ainsi, "jamais ils n'entreront dans mon repos !" Est-ce que nous ne sommes pas continuellement en train de courir des routes qui ne mènent à rien alors que lui nous a tracé le chemin du repos ? Est-ce que nous ne sommes pas en train de courir des pâturages à sec, où les eaux ne sont que des mirages alors que Lui-même nous ouvre la source de vie dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ ? Aujourd'hui nous allons célébrer, une fois encore, la mort et la Résurrection du Christ. Aujourd'hui, comme pour ses disciples, le Christ nous appelle à entrer dans son repos. Puissions-nous, comme le jeune roi David, chanter incessamment dans notre cœur : "Non, je ne me reposerai pas ! Non je ne me coucherai pas sur le lit de mon repos avant d'avoir construit une demeure où Dieu pourra venir Lui-même se reposer au cœur même de son peuple. Car c'est Sion que le Seigneur Dieu a choisi comme lieu de son repos.'' Et voici que c'est lui-même qui va construire cette nouvelle ville, cette nouvelle Sion, cette Église du Seigneur et il en fait aujourd'hui le lieu de son repos. A la suite des disciples, prenons le temps, ne serait-ce que le temps d'une traversée du lac, pour écouter, pour prêter l'oreille à ce murmure pacifique et reposant de la présence de Dieu. Alors, vraiment, nous pourrons écouter son enseignement car, en définitive, Dieu seul parle bien de Dieu.

 

AMEN