VIVRE DANS LA JOIE DE DIEU
Za 9, 9-10 ; Rm 8, 9 +11-13 ; Mt 11, 25-30
Quatorzième dimanche du temps ordinaire – Année A (5 juillet 2008)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
"Chargez-vous de mon joug, et mettez-vous à mon école". Frères et sœurs, puisque nous avons la joie de célébrer des baptêmes ce matin, je vous propose de faire un peu de psycho-pédagogie, étant bien entendu que cela ne s'adresse pas aux enfants qui n'en ont que faire, mais généralement aux parents qui sont très angoissés pour que leur rejeton soit très bien réussi dans la vie !
Qu'est-ce que fait qu'aujourd'hui l'enfance est extraordinaire, nous paraît si merveilleuse non seulement pour les enfants, mais nous n'en avons pas beaucoup de souvenirs, mais surtout pour nous les adultes ? Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui encore, des jeunes couples alors qu'au moment de l'expérience amoureuse ils sont complètement repliés sur eux-mêmes et comme chacun sait "les amoureux sont seuls au monde", tout à coup, ils sont comme éblouis par l'expérience d'être parents, alors qu'en réalité le petit qui vient de naître ne sait absolument rien faire, il a le cerveau comme le disque dur d'un ordinateur tout neuf, il n'a même pas Windows sur le logiciel. Il n'empêche qu'on soit absolument émerveillés par la croissance et le développement de cet enfant.
Qu'est-ce qui fait le charme et la fascination de l'enfance ? Contrairement à ce qu'on pense, ce n'est pas régressif, ce n'est pas que l'on aurait envie de revenir en enfance, cela, c'est plus tard, quand on atteint de gâtisme. Auparavant, à l'âge adulte, quand on voit l'enfant et qu'on est émerveillé, ce n'est pas la nostalgie qui nous saisit d'abord, parce que nous savons très bien qu'il faut qu'on soit plus que jamais adulte vis-à-vis de l'enfant.
Alors, qu'est-ce qui nous fascine ? C'est une chose très simple. On découvre que l'enfant, dans cette espèce de dénuement absolu de tout est en réalité soucieux et désireux de tout il n'a rien, et il veut tout ! C'est extraordinaire de penser que dans une toute petite tête de deux mois, cinq mois dix-huit mois, il se passe des tas de choses pour que l'enfant s'éveille et découvre toutes les réalités qu'on a envie de lui faire partager. A ce moment-là, chaque découverte, et on en devient débile, prend un sens, une profondeur, une beauté qu'on ne soupçonnait pas. le moment où l'on sent l'enfant dans la fragilité et la maladresse de ses mouvements des jambes faire ses premiers pas, si on regardait cela de loin, ou se dirait : ça y est, maintenant, maman lâche-moi les baskets, je me débrouille tout seul, mais en réalité, cela nous paraît extraordinaire parce qu'on voit la première expérience d'une certaine autonomie. On voit que l'enfant à ce moment-là, dans un geste tout simple, maladroit, peut-être qu'il se cassera la figure au bout de trois pas, mais peu importe, il a commencé à découvrir par lui-même que si petit soit-il, si dépendant soit-il, il est quand même capable dès le début de vouloir expérimenter et s'approprier pour lui-même et par lui-même l'expérience des adultes et du monde où il vit.
Tout cela n'est possible et merveilleux précisément que parce que l'enfant est démuni. C'est parce que son expérience s'inscrit radicalement et totalement dans le fait que nous sommes là pour lui transmettre, pour lui donner, pour lui faire partager quelque chose de la beauté de la vie, de l'amour humain que nous avons découvert comme parents.
Si je transpose cela au niveau de l'évangile d'aujourd'hui, il nous paraît tout à coup lumineux. Quand le Christ dit : "Je te bénis Père d'avoir caché cela aux habiles et aux sages et de l'avoir révélé aux tout-petits", il faut se repérer sur cette expérience de l'enfance. Le Christ Jésus a eu deux publics : il y avait ceux qui savaient tout. Dans le monde adulte, on en rencontre des gens comme ça à qui on ne peut rien expliquer, ils savent tout avant que vous ayez essayé de leur dire ce que vous voulez. C'est insupportable. Il y a une telle suffisance : je sais tout, je maîtrise tout, ne vous occupez pas de moi, je me débrouille tout seul, effectivement à ce moment-là, on n'a plus rien à leur dire. Je me souviens d'un bon mot d'un ami qui est mort maintenant, il discutait avec sa femme et elle lui dit : mon chéri, de toute façon, ce n'est pas la peine de discuter avec toi, tu as toujours raison. Il lui a répondu de cette réponse très masculine : ma chérie, évidemment, si j'avais tort, je changerais d'avis. Il n'était pas suffisant du tout, mais c'était un mot à sa manière qui était extraordinaire.
Il y a des gens qui ne changent jamais d'avis parce qu'ils pensent qu'ils n'ont jamais tort. Le Christ ne peut pas venir pour ces gens-là, puisqu'il ne leur apportera rien. En revanche, pour les tout petits, pour ceux qui sont démunis et c'était une autre partie de son public, c'était ce qu'on appelait les pauvres, ceux qui étaient dépendants, à ceux-là il peut non seulement leur apporter quelque chose, mais il voit dans le cheminement de ces pauvres la découverte émerveillée qu'ils sont aimés de Dieu. C'est cela les petits. Ils n'ont pas le cœur rempli de suffisance, mais il s'aperçoivent, presque miraculeusement, le bonheur et l'amour de Dieu ils peuvent le recevoir, l'accueillir. Alors, on comprend pourquoi Jésus dit : mettez-vous à mon école. Dans la vie même de Dieu Père et Fils, que se passe-t-il ? Le Fils de Dieu, Jésus-Christ, lui, il a été comme ça, il a tout appris, il a tout reçu de son Père. Tout ce qu'il est comme Fils de Dieu, il l'a reçu, c'est son Père qui le lui a donné. Et au moment même où sur terre, il voit le développement de ce cœur des pauvres dont il parle, comme des parents retrouvent dans le cœur de leurs enfants l'expérience de la découverte de la vie, lui-même redécouvre l'expérience qu'il est aussi Fils et qu'il atout reçu. De même qu'il a tout reçu et qu'il ne peut rien garder pour lui, il a envie de le partager aux autres.
Ainsi quand on baptise aujourd'hui ces quatre enfants, c'est ce courant de la découverte du bonheur de la vie humaine, de la joie du salut, de la joie d'être aimé, de se savoir pauvre et simple, et démuni devant Dieu qui se transmet de génération en génération, qui se transmet du cœur du Fils au cœur de tous les hommes.
Frères et sœurs, avoir un cœur simple, ce n'est pas pratiquer cette fausse humilité hypocrite qui consiste à se cacher pour ne pas prendre de responsabilités. C'est prendre la vie à bras le corps. Avoir un cœur simple, c'est découvrir que la vie vaut vraiment la peine d'être vécue, d'être reçue, d'être partagée. Si aujourd'hui encore, nous avons tant de joie comme parents à donner la vie à des enfants, c'est parce que indépendamment de toutes les grandes idées idéologiques, de tous les grands systèmes d'états et de tous les grands problèmes de libéralisme économique ou de changement du commerce mondial, nous sentons que là est la vérité. Comme parents, comme êtres humains, nous sommes au service des petits, au service de la découverte du bonheur de vivre, au service de la découverte de vivre heureux dans la joie de Dieu.
AMEN