IL S'ÉTONNA DE LEUR PEU DE FOI

Ez 2, 2-5 ; 2 Co 12, 7-10 ; Mc 6, 1-6
Quatorzième dimanche du temps ordinaire – Année B (8 juillet 1979)
Homélie du Frère Jean LEGREZ


Nazareth : rue ancienne

Le Christ arrive "chez lui", à Nazareth, après avoir parcouru la Galilée, le pays des Gentils, c'est-à-dire toute cette région où nombre de juifs avaient abandonné la religion de leurs pères, et ne vivaient pas "selon la Loi et les prophètes." Cette région était réputée pour son paganisme. Or dans l'évangile selon saint Marc, au chapitre qui précède celui qui vient d'être lu, Jésus accomplit des miracles. Dans cette région païenne, Il a rencontré la foi, car parmi tous ces gens s'adonnant au paganisme, il existait un désir de trouver le vrai Dieu. Et beaucoup reconnaissaient dans le Christ leur Seigneur et leur Dieu. Or quand Jésus arrive à Nazareth, que se passe-t-il ? Dans cette ville où Il est connu, tout le monde connaît son prénom, où tout le monde sait de qui Il est fils, on connaît sa famille, on sait aussi à Nazareth les oeuvres, les miracles, les merveilles que Jésus a accomplies. Et lorsqu'il vient à la synagogue pour prier avec tous les gens de Nazareth, Il se met à enseigner. Et l'on reconnaît la sagesse de ses propos. Cependant on ne l'écoute pas. On s'étonne. On se demande d'où vient cette sagesse et l'on en reste là. On ne fait que s'interroger, mais on ne reçoit pas le message, pas plus qu'on ne reçoit à Nazareth la personne du Christ. Le Christ n'est pas reconnu, pas plus que son enseignement. Et le Christ s'étonne.

Il est rare, dans l'évangile, de voir le Christ s'étonner. Il s'étonne de l'absence de foi des siens. Il n'est pas reconnu comme le Messie, comme l'Envoyé de Dieu, comme celui qui accomplit les prophètes. Et pourtant à Nazareth, "on pratiquait"... Saint Marc nous dit que "nombreux étaient ceux qui venaient à la synagogue". Sans doute faut-il penser que ces juifs pieux de Nazareth vivaient leur foi avec sérieux, avec rigueur même, mais de manière fermée, repliée sur eux-mêmes.

Je crois qu'il ne faut pas regarder du côté des nazaréens comme s'ils étaient pour nous des étrangers. Si nous, nous étions un petit peu et peut-être même beaucoup de ces nazaréens. Le Christ, Jésus, le Fils de Dieu, nous pensons le connaître. Depuis notre enfance pour la plupart, depuis longtemps nous entendons parler de lui, nous prétendons même souvent le connaître et le connaître pas si mal que ça, même si ce n'est pas très facile de le connaître. Mais nous faisons tout ce qu'il faut pour le connaître. Dans le fond, quoi de plus encore ? En lisant cet évangile, une parole du Christ me revient à la mémoire : "Quand le Fils de l'Homme viendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ?"

La foi ... La foi ce n'est pas observer des préceptes ; à la limite, ce n'est pas "pratiquer" sa religion. La foi c'est reconnaître Jésus comme le Fils de Dieu, le Messie, l'unique Sauveur qui vient nous sauver et nous recréer par sa grâce. La foi, c'est l'ouverture de notre cœur. Oui, depuis longtemps, depuis très longtemps peut-être même, nous cherchons le visage du Christ. Mais cet évangile d'aujourd'hui doit nous faire réfléchir sur notre manière de rechercher le Christ. Sommes-nous comme ces nazaréens, des gens qui observent le Christ de loin, en nous demandant pourquoi Il est si extraordinaire. Ou bien sommes-nous comme le père de l'enfant possédé qui disait au Seigneur : "Je crois, mais viens en aide à mon incrédulité !" Si la foi c'est reconnaître le Christ pour ce qu'Il est, à la fois homme et Dieu, il est bien clair que la foi n'est pas un chemin facile. Il est tout aussi clair que nous pouvons nous contenter de peu et penser avoir la foi. Mais la foi, la foi vive, la foi vivante et vraie nous conduit à nous interroger pour savoir pourquoi nous croyons au Christ. Et surtout à nous poser la question : pour moi, qui est Jésus ?

Il faut que nous acceptions de poser ce type de questions pour parvenir à grandir dans la foi. Pour parvenir à nous ouvrir davantage à la grâce de la foi que Dieu veut nous donner. Mais si notre cœur est fermé, si notre intelligence se contente de paroles apprises et reçues peut-être même avec ferveur, mais sans que cette Parole de Dieu vienne comme un ferment au cœur de notre être, non seulement pour le faire vibrer, pour le faire croire mais pour le renouveler. Si la Parole de Dieu est entendue, acceptée, reçue mais sans rien faire grandir en nous-mêmes, pouvons-nous dire, en vérité, avoir la foi ? recevoir la foi ? la foi que Dieu veut nous donner ? "Quand le Fils de l'Homme viendra, trouvera-t-il la foi ?" Nous sommes responsables de la foi que Dieu nous a donnée au moment de notre baptême. Cette foi qu'Il vient sans cesse faire grandir par les sacrements, cette foi qu'en avons-nous fait ? Nous avons tous besoin d'être guéris. C'est peut-être cela qu'attend le Seigneur à Nazareth. Lui qui a guéri non seulement les corps mais les cœurs et les intelligences dans toute la Galilée, quand il arrive à Nazareth, il semble que tout le monde soit bien portant, sauf quelques malades qui, sans doute, avaient les bras tendus vers le Seigneur. Dans ces malades, le Seigneur a reconnu le désir de la foi et peut-être déjà une foi très belle. Puisse le Seigneur aujourd'hui venir dans notre assemblée et guérir tous ceux qui se reconnaissent pauvres de la foi, pauvres dans leur capacité à aimer le Seigneur et le prochain.

Comment pourrions grandir dans la foi, si nous pensons pouvoir croire tout seuls, par nous-mêmes ? Pour recevoir la grâce de la foi, il faut se reconnaître ce que nous sommes, des êtres limités, des êtres souvent peu capables d'aimer, mais des êtres éblouis par la lumière de leur Seigneur et désireux de briller un peu de la même lumière.

Demandons au Seigneur qu'il nous transfigure par son eucharistie, Lui qui a donné sa vie pour nous, pour que nous vivions de sa vie. Demandons-lui de changer notre vie afin que nous soyons lumière. Il est normal que nous soyons des incrédules, c'est-à-dire que nous ayons peine à vivre dans la foi, mais il n'est pas normal que nous n'ayons pas confiance dans le Seigneur. Or les nazaréens s'interrogent sur la puissance du Christ sans avoir confiance ni dans sa personne, ni dans sa doctrine. Avons-nous confiance que le Seigneur peut guérir notre intelligence, notre cœur, notre corps ? Oui, il est difficile de croire, mais avons-nous confiance ? Sommes-nous prêts à écouter et à obéir à la Parole de Dieu ? Posons-nous cette question et demandons au Seigneur qui vient de nous fortifier, de nous donner sa grâce pour que nous grandissions, tous ensemble, dans son amour.

 

AMEN