LES IMPRÉVUS DU VOYAGE
Ex 16, 2-4 + 12-15 ; Ep 4, 17 + 20-24 ; Jn 6, 24-35
Dix-huitième dimanche du temps ordinaire – Année B (3 août 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
Je crois que la vie vers Dieu, la raison pour laquelle toutes ces foules dont on a entendu parler dans les textes, la foule qui suit Moïse, qui a passé la Mer Rouge et est dans le désert et qui va vers son lieu de vacances : la vacance éternelle, la terre promise, la foule qui suit Jésus, foule qui a déjà été rassasiée, qui a eu les prémices du Royaume éternel et qui n'a qu'une envie, retrouver ce qu'elle avait vécu à ce moment-là, et bien, ces foules essaient d'arriver au but espéré. Et là aussi, cela ne se passe pas toujours comme on le veut. Le but était Jésus, on avait mis une certaine espérance sur Lui et Il meurt comme un homme, sur la croix. On avait mis son espérance dans Moïse, qui avait sorti le peuple d'Égypte, et l'on arrive dans le désert et il n'y a pas de marmites de viande. On se dit, autant rester chez soi plutôt que de partir en vacances, pour subir ce genre de choses.
Je crois, frères et sœurs, que cette image des vacances, du départ, de la route, du chemin, nous dit bien que le processus de la vie spirituelle, de la vie chrétienne, consiste elle aussi à chercher un but. Il est vrai que nous avons parfois du mal à trouver le but, ce pourquoi nous sommes faits, ce pour qui nous sommes faits. Est-ce que nous avons bien choisi notre destination ? Est-ce qu'il valait mieux partir dans les Baléares que dans les Alpes ? Et-ce que notre destination est d'abord véritablement Dieu ? Et si c'est Dieu, est-ce véritablement Dieu tel qu'Il est ? C'est vrai que c'est déjà difficile de choisir un but. Après, c'est l'aventure de la vie, chacun choisit son chemin. C'est vrai aussi que certains ont un peu peur des autoroutes, certains ont peur des grandes voies. C'est peut-être pour cela que certains ont peur de l'Église. Ils sont un peu individualistes, donc ils considèrent que l'Eglise, ce sont les grandes autoroutes, les grandes voies d'accès, que c'est un peu bouché, qu'il y a trop de monde et qu'ils préfèrent aller un peu butiner dans les champs voisins pour faire leur propre expérience et essayer de parvenir par eux-mêmes à destination. D'autres suivent le chemin en se plaignant de temps en temps parce qu'ils ne sont pas tout seuls sur l'autoroute pour rouler à 150, ils aimeraient avoir à la fois la vitesse, le confort et la tranquillité, comme peut-être quelquefois nous, chrétiens, dans nos communautés, nous les trouvons un peu lourdes, un peu fatigantes, comme si elles nous empêchaient véritablement de nous ouvrir à ce que nous sommes. C'est comme sur l'autoroute, il y a des voitures devant, derrière et il faut quand même un peu suivre !
Et puis, sur les chemins, il y a les problèmes, des moments où l'on va se tromper sur la carte, sortir trop rapidement, et l'on va se retrouver perdu dans la campagne. Là aussi, il est vrai que nous ne savons pas toujours lire le panneau d'indications. Jésus, c'est ce qu'il dit à la foule qui le suit : "Quel signe ?" Est-ce que nous sommes capables de bien comprendre les signes ? Est-ce que nous sommes capables de bien lire les panneaux indicateurs sur les route ? Et quand nous les lisons mal que faisons-nous ? Il y en a qui râlent, il y en a qui vont rester là sans bouger, qui vont porter la faute sur madame qui a mal guidé ou sur monsieur qui s'est endormi ! Puis d'autres vont se dire : on va continuer. C'est vrai que dans la vie chrétienne, quand on est bloqué quelque part, quand on a des doutes sur la route à suivre, quand on ne sait pas exactement où l'on va, qu'on a l'impression qu'on a loupé quelque chose, et l'on cherche de l'aide. Je préfère rester sur place plutôt que de prendre le risque de me tromper, je préfère prendre le risque de rester là, dans mon carrefour à me répéter pendant des heures : "à droite, à gauche, à droite à gauche", comme on peut se répéter pendant des mois et des années : Dieu, pas Dieu, le salut, pas le salut, je crois, je ne crois pas.
Fondamentalement, ce que Dieu veut c'est que nous soyons en marche. Le pire, pour atteindre un but, c'est bien de rester paralysé au bord de la route en croyant que c'est cela la solution. C'est vrai que de cette façon-là, on ne risque pas d'arriver ! Pour les sacrements de baptême que nous allons célébrer tout à l'heure, là aussi ce sacrement nous dit quelque chose de la vie chrétienne qui est en chemin. C'est vrai que Dieu a un plan pour nous, Il a un but : vivre avec Lui, c'est cela qu'Il veut. Nous d'une manière confuse, c'est ce que nous voulons, alors on y met d'autres mots : le bonheur, la joie, la santé, le salut, la réussite, et puis il y a des capotages : sur l'autoroute, on tombe en panne, on se trompe de direction, et là, on se retrouve seul, n sans possibilité d'arriver à terme, de communier avec Dieu, parce que nous avons péché, parce que nous nous sommes coupés de Lui, parce que nous nous sommes recroquevillés sur nous-mêmes, parce que nous ne pensons qu'à nous. Nous ne savons pas nous en sortir et nous disons que nous voudrions bien nous en sortir tout seul, surtout, je ne demanderai pas d'aide, je préfère encore me tromper pendant x temps (on dit souvent que c'est les hommes au volant, monsieur continue, surtout, on ne s'arrête pas pour demander à quelqu'un, non, surtout, je me débrouillerai par moi-même).
Dieu est celui qui va nous aider. En fait, ce que nous célébrons aujourd'hui, frères et sœurs avec le baptême, c'est l'anti-péché originel. C'est, comment à la place d'être recroquevillés sur nous-mêmes, à la place de penser que nous sommes autonomes, c'et que ces familles qui vont présenter leurs enfants disent tout simplement : nos enfants ont besoin de Dieu, ils ont besoin de recevoir la grâce de Dieu afin qu'ils soient mis à nouveau sur la bonne route, que ce sacrements soit la grâce que Dieu va leur donner pour retrouver ce chemin de communion avec Dieu.
Frères et sœurs, en ce temps de vacances, il nous est peut-être donné de réfléchir et de méditer sur notre parcours personnel, où nous en sommes. Est-ce que nous acceptons de dépendre des autres, d'une communauté ? Est-ce que nous acceptons de dépendre de Dieu afin de reprendre cette route qui nous rapproche et nous ramène vers la communion avec Dieu, ce qu'Il désire le plus au monde, et ce à quoi nous sommes appelés, le dessein de Dieu pour chacun et chacun d'entre nous.
AMEN