DÉSIRER LE RETOUR DU CHRIST
Sg 6, 12-16 ; 1 Th 4, 13-18 ; Mt 25, 1-13
Trente-deuxième dimanche du temps ordinaire – Année A (6 novembre 2011)
Homélie du FrèreJean-Philippe REVEL

Une longue attente …
Peut-être avez-vous été un peu surpris par la deuxième lecture de ce jour, celle où saint Paul s'adresse aux Thessaloniciens. Je vous rappelle les phrases principales de ce texte : "Puisque nous croyons que Jésus est mort et qu'il est ressuscité, de même ceux qui se sont endormis en Jésus dans la mort Dieu les emmènera avec lui. Voici en effet ce que nous avons à vous dire sur la Parole du Seigneur : nous les vivants, nous qui serons encore là pour l'avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis, car lui-même le Seigneur, au signal donné par la voix de l'Archange, descendra du ciel et les morts qui sont dans le Christ ressusciteront d'abord en premier lieu. Après quoi nous, les vivants, nous qui serons encore là, nous serons réunis à eux et emportés sur les nuées du ciel à la rencontre du Seigneur. Ainsi serons-nous avec le Seigneur pour toujours" (I Thessaloniciens, 4, 13-18).
A deux reprises vous le voyez dans le texte, saint Paul dit : "nous les vivants, nous qui serons encore là". En effet dans l'Église primitive, l'éblouissement de la résurrection du Christ, ses apparitions, la naissance de l'Église, la venue de l'Esprit Saint, ont conduit la plupart des croyants à penser que le retour du Christ et la fin du monde étaient imminents puisqu'il avait écrasé le Prince de ce monde qui était jeté bas, puisqu'il était sorti vivant du tombeau entraînant avec lui tous les morts, il était normal que cela se produise de façon immédiate. Pour cela tous les chrétiens attendaient de façon urgente la venue du Christ et la plupart croyaient que le Christ reviendrait de leur vivant, d'où les paroles de saint Paul: "Nous les vivants, nous qui serons encore là". Il pense donc que sa génération ne passera pas avant que le Christ ne soit revenu.
De fait, l'attente du retour du Christ dure toujours, l'Église a été contrainte de se rendre compte que l'immédiateté de la résurrection des morts n'était pas donnée, que ce retour du Christ aurait lieu à une date inconnue et saint Paul le dira aussi aux Thessaloniciens : Dieu viendra comme un voleur au milieu de la nui (I Th 5, 1-2)et vous ne connaissez ni le jour ni l'heure (Mt 24, 36). Donc, l'Église a pris conscience qu'il y avait un retard au retour du Christ et qu'il y avait un long temps qui allait séparer la résurrection de Jésus de la communication de sa résurrection aux autres hommes.
Face à ce délai, il y a deux manières de se conduire. Il y a ce que nous faisons tous en général : prendre notre temps en patience et ne plus attendre de façon urgente la venue du Seigneur. La plupart d'entre nous ne vivent pas dans l'attente immédiate du retour du Seigneur au dernier jour. Peut-être certains d'entre nous pensent-ils à ce retour du Seigneur dans leur propre vie, au moment de leur mort, quand ils s'endormiront, mais le retour du Seigneur pour la totalité du monde, pour la totalité de l'Église, nous n'y pensons plus beaucoup. C'est là justement ce qui manque à notre foi par rapport à celle des premiers chrétiens. Certes, les premiers chrétiens se trompaient sur la chronologie, ils se trompaient en croyant que le Christ allait venir immédiatement. Mais, cette persuasion que le Christ était à la porte, qu'il était là tout près, avait ce mérite, c'était de rendre actif dans le cœur de ces chrétiens, l'attente, le désir de la venue de Dieu. La venue du Christ, le retour du Christ, qui prendrait avec lui tous nos frères endormis dans la mort et qui nous rassemblerait avec ceux qui nous ont précédés, cette attente créait dans le cœur des chrétiens, une tension, un désir, un élan. La venue du Christ était si imminente qu'on ne pensait qu'à cela, se tourner ardemment vers lui.
C'est cela que nous avons perdu malheureusement parce que si nous ne pensons plus que le Christ viendra de notre vivant, il reste vrai qu'il viendra à une date que nous ne connaissons pas et que nous devons nous tenir prêts pour cette venue. Et non seulement nous tenir prêts dans une attitude d'attente vigilante, non seulement nous tenir prêts par une vie droite et sincère, mais nous tenir prêts dans l'élan du désir, ce désir qui doit nous entraîner à la rencontre du Christ dont nous parle saint Paul, quand il viendra nous chercher. Un désir, oui le retour du Christ, que ce soit dans notre vie au jour de notre mort, ou que ce soit dans la vie du monde au dernier jour, le retour du Christ, c'est l'achèvement, l'accomplissement, la plénitude, c'est la joie parfaite et nous nous désintéressons de ce retour du Christ et à la limite, nous préférons que la situation actuelle dure plus longtemps. C'est ce que nous ressentons tous.
Réfléchissons et remettons-nous en question : qu'est-ce que le Christ pour nous ? Est-ce que vraiment il joue un rôle décisif et central dans notre vie ? Est-ce que la venue du Christ qui ne cesse de venir, car si sa venue dernière aura lieu au dernier jour, il y a ces venues quotidiennes, permanentes du Christ dans notre vie, est-ce que cette venue porteuse de notre mort grandit jour après jour, dans le désir de notre rencontre avec le Christ ? Tout cela devrait polariser notre vie, envahir notre désir, tout cela devrait nous combler déjà par avance à condition que nous attendions vraiment.
Frères et sœurs, que ce temps liturgique qui nous parle du retour du Seigneur nous mette en face de cette merveilleuse promesse : le Seigneur viendra nous chercher avec nos frères déjà endormis dans la mort et nous serons pour toujours avec lui.
AMEN