LE DON DE L'ESPRIT
2 M 7, 1-2+9-14 ; 2 Th 2, 16 – 3-5 ; Lc 20, 27-38
Trente-deuxième dimanche du temps ordinaire – Année C (12 novembre 1995)
Homélie de Mgr Louis-Marie BILLÉ
J'ai lu, et j'ai relu, les lettres par lesquelles vous m'avez demandé de vous donner ce sacrement. Chacune porte l'écho d'un itinéraire personnel, d'une histoire singulière, histoire de votre vie avec Dieu, histoire qu'il vaut, en effet, la peine de relire, à cette étape privilégiée qu'il vous est accordé de vivre. En même temps, un certain nombre d'aspects communs pourraient être dégagés : ainsi la conscience de répondre, par la confirmation, à un appel personnel du Christ, la conscience que c'est votre foi qui est ici en cause, cette foi au nom de laquelle vous demandez le sacrement, cette foi que la vie interroge, où elle peut faire pénétrer la question, voire le doute, cette foi dont vous attendez que, sous la confirmation, elle grandisse et elle vive. Vous exprimez, enfin, de manière forte, que, demander la confirmation, c'est prendre une décision, c'est poser un acte de liberté, qui ne nous est pas imposé de l'extérieur. Il s'agit d'un choix dont on peut rendre compte. Il s'agit d'un choix dont on attend qu'il nous fasse devenir libres.
Que votre présence ici, ce matin, soit ainsi le fruit d'une démarche personnelle, réfléchie et voulue, me semble une invitation à attacher d'autant plus d'importance aux premiers mots de saint Paul : "Frères, laissez vous réconforter par Notre Seigneur Jésus Christ lui-même et par Dieu votre Père, Lui qui nous a aimés". "Laissez-vous "... J'allais dire : "Laissez-vous faire..." La confirmation, c'est un sacrement, c'est d'abord un geste du Christ à votre égard, du Christ qui "envoie d'auprès du Père l'Esprit Saint qu'Il a promis". C'est d'abord le don que Dieu vous fait de l'Esprit qui reposait sur son Fils Jésus et qui a envoyé celui-ci porter la bonne nouvelle aux pauvres. Je rencontre quelquefois des jeunes, jeunes comme la plupart d'entre vous, qui vont à la confirmation, un peu comme à un examen, à une épreuve au sens scolaire ou universitaire du mot. Certes, c'est un moment de vérité. Mais c'est aussi, et sans doute d'abord, un moment de bonheur, où l'on ouvre ses mains et son cœur à un don qui nous dépasse, un don duquel nous pouvons attendre, pour reprendre d'autres mots de saint Paul, "réconfort et joyeuse espérance", duquel vous pouvez attendre aussi "qu'il affermisse votre cœur dans tout ce que vous pourrez faire et dire de bien". Il vaut la peine ici de s'arrêter un instant. Vous recevez la Confirmation pour être "affirmés" dans votre vie chrétienne, cette vie qui consiste, pour reprendre les mots de l'une de vos lettres, à "vivre la Parole de Dieu au quotidien, à aimer Dieu notre Père de tout son cœur, de toutes ses forces, de toute son âme, à tout faire avec amour et à marcher sur les pas de Jésus". De fait, l'Esprit Saint, comme le dit ailleurs saint Paul, est celui par lequel "l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs", celui dans lequel nous pouvons dire : "le Christ est Seigneur", c'est-à-dire avoir foi dans le Christ Ressuscité. L'Esprit qui est Esprit du Père et du Fils, nous fait vive, prier, aimer, pardonner comme Jésus lui-même vivait, priait, aimait, pardonnait. Mais cet Esprit, pour vous, ce matin, il est l'Esprit de la Pentecôte, celui grâce auquel l'Église a porté la bonne nouvelle jusqu'aux extrémités de la terre. Il fait les témoins du Christ, ceux qui, par leurs actes et leurs paroles, attestent sa présence, portent son appel et sa promesse.
Saint Paul disait tout à l'heure aux Thessaloniciens : "Dans le Seigneur, nous avons pleine confiance en vous". Il ne s'agit évidement pas de faire reposer sur vos épaules des fardeaux que vous ne pourriez pas porter. Mais si l'Église existe pour proclamer la bonne nouvelle, pour être signe de réconciliation et de paix, pour porter dans la prière la vie des hommes, pour servir humblement ceux qui croisent sa route, alors la confirmation vous donne d'avoir part, pour de bon et pour toujours, à cette Église qui prie, qui sert, qui aime, qui annonce. Quelle est votre part à chacun et à chacune ? Vous le savez déjà un peu. Vous aurez à le découvrir. Vous aurez à le demander à cet Esprit que vous recevrez. Il est sûr qu'il y en a un. Il est sûr que quelque chose de l'avènement de l'évangile, de l'avenir de la mission de l'Église, est remis entre vos mains.
"Que le Seigneur conduise vos cœurs d l'Amour de Dieu et à la persévérance pour attendre le Christ". C'est encore saint Paul. La persévérance, un mot de traduction difficile. Chez saint Paul, il évoque la capacité à tenir sous les chocs, à tenir sous les coups des difficultés, des épreuves.
Pour vous, comme pour chacun de nous l'horizon ultime de la vie, c'est la rencontre du Christ. En attendant, il s'agit de tenir, non dans la crispation, mais dans la foi et dans l'Amour.
"Le Seigneur est fidèle", disait Paul. Ces mots sont la clef de votre avenir de chrétiens et chrétiennes baptisés et confirmés. Vous êtes d'âges divers. Il est normal que l'Église propose la confirmation à partir de tel ou tel âge. Il faut tenir, en même temps que l'on peut être confirmé à tout âge. Quel que soit l'âge, se pose la question de la fidélité. Et le "Seigneur est fidèle". Sa fidélité reste la vôtre. Son engagement reste le vôtre. C'est le "Oui" qu'Il vous dit, c'est l'appel qu'Il vous adresse qui peuvent éveiller en vous l'humble courage des vraies réponses. Je cite volontiers ces paroles de l'abbé Caffarel : "Par l'effort, l'homme possède ce qu'il n'a pas encore, sa vie de demain et il la donne. Ensuite, jour après jour, il s'efforce de réaliser ce don d'amour, de le réinventer à chaque instant". Que le Dieu fidèle vous fasse cette grâce de réinventer votre réponse à son appel.
AMEN