PAS UN CHEVEU DE VOTRE TÊTE NE SE PERDRA
Ap 20, 1-4 ; Lc 21, 5-19
(20 novembre 1991)
Homélie du Frère Michel MORIN
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omme dans tous les passages de l'évangile où est évoquée la fin de ce temps, il y a un mélange de choses effroyables, catastrophiques, délirantes et douloureuses tant pour le monde que pour les chrétiens (et dans l'évangile d'aujourd'hui Jésus le souligne de façon très particulière pour les chrétiens qui seront trahis, persécutés et mis à mort) et en même temps il y a une très grande douceur, une très grande paix, une très grande confiance.
La preuve en est, pour le texte d'aujourd'hui, c'est que ça commence très mal, mais que ça finit très bien. Cela commence très mal parce que Jésus dit : "Vous êtes en train d'admirer le Temple" ou Notre-Dame de Paris, et bien "de tout cela, il ne restera pas pierre sur pierre", tout sera démoli et toutes les significations et les restes de piété et de dévotion, ex-voto, statues et autres, tout cela disparaîtra dans la même destruction. C'est évidemment effrayant pour un homme comme pour un chrétien de voir que le lieu de son culte va disparaître comme tout le reste. Mais si cela commence de façon catastrophique dans la bouche de Jésus Lui-même, cela finit de façon étonnante : "Ne vous inquiétez pas !" car les choses les plus solides et les signes les plus spirituels disparaîtront mais le seul cheveu qui vous restera ne périra pas.
Il y a là une sorte de contraste, extrêmement grand, extrêmement fort entre la destruction des choses de ce monde et une destruction intérieure, pas uniquement matérielle, mais la destruction des relations, la destruction du témoignage lui-même, les chrétiens sont persécutés, etc ... Et Jésus dit : "N'ayez aucune inquiétude !" ce n'est pas la peine de prendre avocat nombre sur nombre pour vous défendre Moi je vous dirai ce qu'il faut faire. Et "pas un seul cheveu de votre tête ne périra", c'est-à-dire le plus solide va disparaître et le plus fragile va demeurer.
Je pense qu'entre les deux termes de ce paradoxe, nous avons toute la signification, toutes les raisons de notre foi et de notre vie chrétienne. Nous sommes dans un monde qui est le monde de l'apocalypse, c'est-à-dire ce temps qui est donné pour que le monde lui-même aille à sa fin, selon les termes mêmes de ses lois et de son existence en tant que réalité créée. Quand Jésus dit "les pierres disparaîtront" et les statues seront jetées à la poubelle, ce n'est ni contre les pierres qu'Il en veut ni contre les statues, mais c'est la définition même que toute chose humaine, toutes choses matérielles, les plus profanes comme les plus religieuses, disparaîtront. C'est la constatation même que notre monde est un monde fini, c'est-à-dire qu'il finira. Comment ? Peu importe ! L'essentiel est de savoir qu'il est provisoire et passager et donc que nous-mêmes, à l'intérieur de ce monde, nous sommes des passagers. Nous sommes des gens qui allons vers un autre monde. Ou plus exactement les chrétiens ce sont ces hommes qui se laissent déjà imprégner par la vie de l'autre monde, car nous n'avons pas à attendre la fin du monde. C'est maintenant. Simplement, elle est déployée dans un certain nombre d'années, de siècles, de millénaires ou de milliards d'années, peu importe à la limite, mais nous sommes déjà dans ce temps qui est le dernier, qui est le dernier tout simplement parce que le Christ, en tant que Fils premier-né d'entre les morts, s'est manifesté. Et parce qu'en sa Pâque, Il s'est manifesté comme "Premier-né d'entre les morts", tout d'un coup, le monde est marqué par sa finitude et inscrit dans "ces temps qui sont les derniers."
Et c'est de là que vient cette injonction, cette recommandation de Jésus, très, très simple, à la limite banale, bizarre et curieuse : "Ne vous inquiétez pas ! En tout cela, pas un de vos cheveux ne périra !" Car, à travers cette image, Jésus veut simplement nous dire que nous sommes dans ce monde les témoins de l'autre monde. Nous sommes dans ce monde apparemment puissant, mais qui va vers sa destruction les signes absolument fragiles, pas plus importants ou repérables qu'un cheveu, les signes d'un monde qui vient et qui, lui, durera toujours et qui ne périra pas. C'est à ce fil que tient notre vie au milieu même des bouleversements du monde, des guerres, des persécutions, toutes choses qui existent et qui existeront encore tant que le monde durera. Mais, au milieu de ces bouleversements, nous avons cette certitude de la présence de Dieu. Et c'est sur cette présence de Dieu que s'installe et s'instaure notre constance. Et c'est cette constance qui nous sauvera. Aux yeux du monde, elle n'a pas plus d'importance ni de force qu'un cheveu, mais Jésus nous dit : "J'ai vaincu le monde !"
Que ce temps de la fin de l'année liturgique ne soit pas un temps d'inquiétude. Il n'y a pas de quoi, le monde n'est pas pire aujourd'hui qu'hier et qu'il ne sera demain Qu'il soit un temps où nous nous inscrivons plus profondément dans ces paroles du Christ qui doivent nourrir notre confiance, notre espérance, notre paix et nos certitudes intérieures et nous enraciner dans ce temps nouveau qui est la présence du Christ.
AMEN