LA VENUE DE DIEU

Is 59, 15-21+66, 18-23

(13 novembre 1983???)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

E

n ces dernières semaines de l'année liturgique, l'Église nous parle davantage de ces derniers temps quand le Christ reviendra pour rassembler toutes les nations, pour faire "des cieux nouveaux et une terre nouvelle". L'année liturgique commence par cette annonce des derniers temps et elle s'achève également sur ce même thème. C'est ainsi le cadre dans lequel se déroule toute l'année liturgique, c'est la toile de fond, c'est le mystère central, c'est ce vers quoi nous marchons et tout prend son sens à partir de cet ultime achèvement. C'est pourquoi nous avons lu tout à l'heure ces oracles qui terminent la prophétie d'Isaïe et où nous sont annoncés ces cieux nouveaux et cette terre nouvelle que l'Apocalypse reprendra en explicitant encore la signification de cette annonce.

       Dans ce texte d'Isaïe, plusieurs oracles nous manifestent quelle est l'action de Dieu dans son peuple et sur la terre, en vue de ces temps derniers. La première chose qui nous est dite, c'est que "Dieu est surpris" Dieu est étonné parce qu'il n'y a pas de droiture sur la terre, parce qu'il n'y a pas de justice, parce que les hommes sont incapables de vivre selon le droit, parce que le pauvre et le juste sont bafoués, parce que la violence et la haine règnent en maître. Alors, puisqu'il n'y a plus de vérité, puisque ceux qui s'abstiennent du mal sont dépouillés, Dieu décide de venir Lui-même pour rétablir le droit, pour rétablir la justice.

       C'est le premier aspect de cette venue de Dieu. Dieu qui vient pour que ceux qui sont écrasés ne le soient plus, pour que ceux qui sont déchirés soient guéris, pour que ceux qui déchirent soient empêchés par la force de son bras de continuer leur œuvre de destruction, pour que toutes ces haines, toutes ces guerres, toutes ces violences qui déchirent sans cesse l'humanité depuis qu'elle existe, cessent enfin, parce que Dieu ne comprend pas. Comment est-il possible que l'homme à qui il a donné son amour, en fasse si mauvais usage, que l'homme sort tellement incapable de chercher le bien et de découvrir la joie ?

       Alors Dieu vient Lui-même, et ce n'est pas seulement à la fin des temps, car ces "derniers temps" sont déjà commencés. Dieu vient déjà pour soutenir la force des faibles, pour soutenir le courage de ceux qui sont persécutés. Dieu est déjà présent sur la terre et il suffit de voir certains regards, certains visages pour comprendre cette présence de Dieu qui, au niveau des apparences, ne semble pas évidente, car il semblerait toujours que c'est la méchanceté qui triomphe. Mais il y a dans certains regards une lumière qui ne trompe pas et qui nous fait découvrir que, déjà, la présence de Dieu est à l'œuvre et que déjà quelque chose se transforme au fin fond de ce monde de péché.

       Le deuxième aspect de cette venue de Dieu, tel que nous le dit Isaïe, c'est que malgré tous nos abandons et tous nos péchés, Dieu renouvelle son alliance avec nous. "Mon Esprit qui est sur toi", dit Dieu, "Mes paroles que j'ai mises dans ta bouche ne s'éloigneront pas de ta bouche, ni de la bouche de ta descendance, ni de la bouche de la descendance de ta descendance, dès maintenant et à jamais." Les promesses de Dieu sont sans appel. Dieu ne se repent pas de ce qu'il nous a promis et s'il a mis son alliance dans notre cœur, cette alliance est pour toujours. Son Esprit est sur nous, ses paroles sont dans notre bouche. Même si nous en sommes indignes, même si nous n'avons pas su faire résonner cette parole de Dieu et faire briller son Esprit sur la terre, cependant il nous renouvelle la présence de son Esprit, il nous renouvelle son alliance. Dieu ne nous abandonne pas. Dieu est le "Rédempteur qui vient pour que nous nous détournions de notre crime", dit ce même oracle d'Isaïe.

       Le troisième aspect de la venue de Dieu, le plus grand, celui sur lequel s'achève la prophétie d'Isaïe ainsi que toute révélation, c'est que tous les hommes, même ceux qui ne le connaissent pas, "même les îles lointaines qui n'ont pas entendu parler de Moi et qui n'ont jamais vu ma gloire", tous les hommes viendront "se prosterner devant Moi". "Toute chair viendra se prosterner devant ma Face." Le salut n'est pas seulement pour quelques-uns, pour quelques privilégiés ou quelques fidèles. D'ailleurs, qui est fidèle ? qui pourrait être privilégié qui oserait dire que les autres sont pécheurs et criminels et que lui ne l'est pas ? qui lui est resté fidèle à l'alliance que Dieu avait conclu avec lui ? Comme le dira saint Paul : "Dieu a tout enfermé sous le péché pour pouvoir faire miséricorde à tous." C'est donc à tous les peuples, et Isaïe cite les peuples les plus lointains de son époque : Tarsis, Put, Lud, Méslek, Tubal et Yavan, toutes ces peuplades barbares, tous ces païens qui n'avaient jamais entendu parler du Seigneur.

       Tous ceux-là seront rassemblés, et non seulement ils se convertiront à la vision du Seigneur, mais encore ils convertiront les autres, car "ils feront connaître ma gloire aux autres nations, et de toutes les nations ils ramèneront tous vos frères", vos frères inconnus, vos frères lointains, ceux dont nous ne savons même pas encore qu'ils sont nos frères, "tous ils les ramèneront en offrande au Seigneur". Et même parmi ces païens, Dieu dit de certains d'entre eux "Je me ferai des prêtres et des Lévites." Oui, tous les peuples sont associés à cette alliance de Dieu avec l'humanité tout entière. C'est cela vers quoi nous marchons même si, pour le moment, cela nous semble encore lointain et même si, pour l'instant, c'est plutôt l'absence visible de Dieu et le triomphe du mal qui semble le plus évident. En réalité, Dieu s'étonne du mal, Dieu vient pour faire triompher le droit, Dieu renouvelle son alliance avec nous, Dieu étend son appel à tous les hommes, même à ceux qui ne le connaissent pas.

       Frères et sœurs, ceci doit renforcer notre espérance, ceci doit aussi alimenter notre courage et notre courage missionnaire. Car c'est à travers nous que Dieu fait appel à nos frères, comme à travers ces frères qu'il aura appelé Il en appellera d'autres encore. Nous sommes un chaînon dans cette immense procession des hommes que Dieu attire à Lui, que Dieu appelle à Lui et Il veut se servir des uns pour appeler les autres. C'est cela notre mission, celle d'être ses témoins qui aident ceux qui ne connaissent pas encore le Seigneur à le découvrir, à découvrir sa gloire et à se prosterner devant Lui. Ainsi, petit à petit, s'avance le dernier jour, le jour où tout sera renouvelé, où la terre sera nouvelle comme les cieux seront nouveaux, où l'humanité sera nouvelle, où notre cœur sera nouveau. "Je suis avec vous, tous les jours jusqu'à la fin du monde" a dit Jésus. Il est là, présent, Il est à l'œuvre. C'est Lui qui nous envoie : "Allez, enseignez toutes les nations ! Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit !"- "Comme le Père m'a envoyé, Moi aussi je vous envoie !"- "Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde !"

       AMEN