DON DE DIEU: CONFIANCE, LIBERTE, INITIATIVE

Pr 31, 10-13 + 19-20 + 30-31 ; 1 Th 5, 1-6 ; Mt 25, 14-30
Trente-troisième dimanche du temps ordinaire – année A (15 novembre 2020)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

Bonjour et bon dimanche, très chers amis.

Voici ce magnifique texte de la parabole des talents que nous avons sans doute lu chacun ensemble, en famille, avec la Bible et j’espère que les parents des enfants catéchisés l’auront fait découvrir à travers un petit récit simplifié dans une page de bande dessinée. Je crois que ce qu’il faut, c’est recevoir de Dieu ce qu’Il nous donne, c’est la chose la plus essentielle, et pour nous adultes, ce qu’Il donne est très simple.

Dans l’homélie que je vous avais proposée dimanche dernier, dans ces homélies concernant la fin des temps et le Jugement dernier, dans l’histoire des vierges sages et des vierges folles, il est certain que Jésus explique cela avec un certain humour. Nous avons peut-être eu tort de vouloir prendre au sérieux cette petite histoire, très drôle en fait. Comment voulez-vous qu’une noce se passe comme le Christ nous la décrit dans ce récit ? Ce n’est pas possible ! Même dans les côtés les plus farfelus des traditions orientales, l’idée des jeunes filles qui sont là, couchées par terre, en attendant que l’époux arrive, c’est rocambolesque. Mais précisément, c’est parce que c’est rocambolesque que cela nous apprend beaucoup.

Dans le cas de l’évangile d’aujourd’hui, c’est toujours sur la même tonalité : qui sont ces gens, ces trois personnes ? Ce sont trois serviteurs, c’est nous. Et qu’est-ce qui s’est passé ? Le maître est parti, et de fait, il n’est pas là. On est même très furieux qu’Il ne soit pas là puisque précisément on a le Covid, il y a des malheurs, il y a des guerres, il y a le terrorisme, mais Il n’est pas là, et Il n’est pas très gentil parce qu’Il pourrait nous envoyer de temps en temps des encouragements, mais non : Il nous dit « Je pars, je vais gérer ma vie, après tout, Je vous fais confiance. Je vous ai confié le monde, alors allez-y ! » Donc, première leçon de cette histoire, c’est que c’est magnifique comme manière de nous présenter notre vie : notre vie est un don que Dieu nous a fait, et Il nous l’a fait à travers notre existence biologique, physique, corporelle et Il nous l’a fait aussi à travers notre existence sociale entre nous, les uns avec les autres, Il nous l’a fait aussi à travers notre vie de responsable économique, gestionnaire du monde : tout nous est confié, nous avons tout, et la plupart du temps, c’est sûr que nous voudrions, puisqu’Il nous  a tout confié, qu’on puisse tout gérer, et  alors on se dit : « Mais pourquoi n’arrive-t-on pas à guérir du covid ? »

Oui, Il nous l’a confié en nous disant : « Vous avez un monde dans lequel il y a des tas de choses un peu bizarres, extrêmes, vivez avec, essayez ! » Je pense qu’il faut retrouver le côté un peu provoquant de la parabole de Jésus : « J’ai une fortune, une belle fortune, ce sont des talents, ce sont des sommes  importantes, c’est déjà un luxe extraordinaire, mais puisque je pars en voyage, ce n’est pas moi qui vais gérer, c’est vous : débrouillez-vous donc, faites avec ce que vous avez et peut-être, quand je reviendrai, on verra… » Mais il ne dit rien sur les raisons de son départ, on n’en sait rien. Et Il dit aux gens : « Ecoutez, Je vous ai donné tout cela ». Et c’est ici la première question que nous devons nous poser : « S’Il nous a donné tout cela, qu’en faisons-nous ? » Est-ce qu’on le garde simplement pour soi en le plaçant à la banque ? Ou bien non, puisque le maître ne s’en préoccupe pas vraiment ? Initiative, liberté. Si la vie chrétienne n’est pas dans ce régime-là, si Dieu nous a mis sous le régime de l’obligation, c’est insupportable.

Précisément, Il ne leur donne aucune indication. Quand donc dans nos communautés, comprendrons-nous cela ? L’organisation, la vitalité, la générosité, la spontanéité des communautés, c’est la première évangélisation, Il ne s’agit pas d’inventer de nouvelles méthodes de diffusion du message, c’est nul, cela n’a aucun intérêt. Donc, Dieu nous dit : « Je vous ai laissé un cadeau, c’est votre liberté », et c’est cela les talents, car les talents, ce n’est pas d’abord une affaire économique, c’est une affaire d’initiative, c’est un peu autre chose ! C’est vrai que beaucoup de très bons financiers ont beaucoup d’initiative, et je les admire beaucoup pour cela parce qu’arriver à créer des fortunes et des moyens de diffusion pour les services de l’humanité en tous domaines, ce n’est pas si mal que cela. Tout le monde se plaint des riches, certes s’ils sont égoïstes, mais il y a quand même beaucoup de riches qui ne sont pas égoïstes, et qui ont une très grande ouverture d’esprit et un très grand intérêt pour tout ce qui peut faire que l’humanité vive heureuse. C’est cela les trois bonshommes à qui Dieu, à qui le maître, a donné de gérer ces richesses et ces capacités.

Alors que font-ils ? C’est là où tout est délicat. Il y en a deux qui vivent vraiment en se disant : « S’Il nous a fait ce cadeau-là, nous ne pouvons pas Le laisser tomber, il faut que cela marche, pour une seule raison : Il nous a fait confiance ». Là encore, il y a une manière de vivre et de lire cette parabole qui est un faux sens : c’est de croire que quand le maître nous a donné ces talents, il faut tout de suite se mettre des espèces de conditions absolument invraisemblables pour rapporter les meilleurs intérêts. Or, je dis souvent cela pour expliquer cette parabole, si un des trois était venu en disant : « Voilà le nombre de talents que Tu m’as donnés, j’ai fait le mieux possible, j’y ai mis tout mon cœur, j’ai fait aussi bien que possible et pourtant cela n’a pas marché ». Qu’aurait dit le maître ? « Tu as échoué, tant pis pour toi, ce n’est pas grave, tu as échoué mais Je ne vais quand même pas t’en vouloir puisque tu as risqué ma fortune. Je te l’avais donnée, Je ne t’avais pas posé de conditions, Je ne vois donc pas pourquoi Je t’en poserais à la fin ».

Or, c’est précisément ce que le troisième ne comprend pas. Le troisième comprend les choses d’une façon vraiment bête. C’est le gratte papier, le petit fonctionnaire qui calcule ses heures à la minute près : « Tu m’avais donné cela, j’ai eu peur que tu ne sois pas content, puis de toute façon, l’objectif dans ma vie c’est de ne pas prendre de risques, donc je suis allé enterrer ce lingot, ce talent, je suis allé l’enterrer au pied d’un arbre, comme cela quand tu reviendras, tu auras ton bien et c’est fini ». Mais c’est pitoyable, c’est comme si on disait à un enfant : « On t’a donné la vie, tu fais au mieux pour grandir, pour t’épanouir » et puis le gamin répond : « Je suis très bien dans le sein de ma mère, je trouve que c’est bien chaud, bien tranquille, ce n’est pas la peine de me casser la nénette, elle n’a qu’à me porter jusqu’à la fin de ma vie et puis cela ira très bien ». Absurde ! Je ne sais pas combien de gens, quand ils lisent cette parabole, la lisent et la comprennent sur le mode de la peur, de la crainte. Mais cela fait une Église de sous-fifres, de sous hommes, c’est nul, et c’est cela qui est dramatique. Alors on pourrait penser que c’est précisément la raison pour laquelle on devrait face au covid, montrer qu’on ne risque rien, qu’on n’a pas peur. Attention, le maître ne dit pas qu’ils peuvent manipuler sa fortune comme ils le veulent, mais pour leur bonheur. « Entre dans la joie de ton maître ». Que veut dire la conclusion ? Cela veut dire : « J’ai voulu te donner de la joie en te faisant confiance, entre maintenant dans ma joie, parce que J’ai eu raison de te faire confiance, et tu peux me faire confiance pour te donner la plénitude de la vie ».

Le christianisme n’est pas une économie soviétique, et ce n’est pas une manière de calculer tout à chaque minute en disant : « Est-ce que tu as fait ceci, est-ce que tu as fait cela » ? Ce n’est pas l’examen de conscience permanent, ce n’est pas vrai, c’est la richesse de ce qu’on reçoit et la richesse de ce qu’on est heureux de rendre. C’est cela la parabole des talents. Alors même si on est dans le confinement, même si c’est difficile, allez, il faut avoir beaucoup de confiance et beaucoup de simplicité en se disant que si Dieu nous a tant donné, cela ne peut pas être pour rien.