OPINION, CONFESSION, PURIFICATION, CHEMIN DE CATÉCHÈSE
Is 50, 5-9a ; Jc 2, 14-18 ; Mc 8, 27-35
Vingt-quatrième dimanche du temps ordinaire – Année B (13 septembre 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
Frères et sœurs, cette confession de saint Pierre est bien connue. A la fois, elle permet de légitimer pour certains le fait que Pierre, premier évêque de Rome est celui qui a su reconnaître en Jésus le Messie, et pour d'autres ce texte de l'évangile permet de prouver que Jésus est véritablement le Messie.
Mais j'aurais voulu avec vous ce matin, lancer une réflexion sur une autre piste, c'est la question de la catéchèse. Je fais déjà de la publicité puisque dimanche prochain, sera le premier dimanche de la catéchèse. Je veux essayer de relire avec vous ce que j'appelle le processus de catéchèse que le Christ enclenche avec ses disciples, d'où il part et où il arrive pour en tirer ensuite quelques conséquences vis-à-vis de notre société, et vis-à-vis de ce qu'on appelle cette nouvelle catéchèse qui est, je le pense, une véritable révolution des mentalités.
Vous l'avez suivi en détail dans cet évangile, Jésus commence par une enquête d'opinion. Il dit : "Pour les hommes, qui suis-je ?" Et les apôtres répondent : "Certains disent que tu es Jean-Baptiste, un prophète". Jésus va plus loin : "Pour vous, qui suis-je ?" Autrement dit, on passe de la première question qui est de l'ordre de l'opinion à la confession. Mais peut-être avez-vous avez été surpris, juste après la confession de Pierre disant que Jésus est le Messie, Jésus lui interdit de révéler davantage. Jésus se met à les enseigner, opinion, confession, enseignement, et saint Pierre marque sa désapprobation. Il considère qu'il a confessé ce qu'il fallait, c'est-à-dire : Jésus est Messie, et quand Jésus se met à détailler la fonction et le ministère du Messie, Pierre n'est plus d'accord : il n'est pas question que tu meures ! Jésus remet les choses à leur juste place et l'on finit pas l'appel de Jésus à le suivre. Cette catéchèse est extrêmement intéressante. On part de la simple opinion, et l'on arrive à des disciples qui suivent Jésus.
Les conséquences que l'on peut en tirer dans notre société (je ne vais pas m'y appesantir, mais je voudrais mettre en exergue particulièrement un point), c'est l'articulation en tre l'opinion et la confession. Nous sommes dans une société, et je vous rassure qu'au temps des grecs, c'était la même chose, nous sommes dans une société où nous préférons vivre dans l'opinion. L'opinion, c'est beaucoup plus facile, cela nous permet de dire "on" et non pas "je", cela permet de relier des choses sans tout à fait exprimer notre opinion personnelle. On se cache ainsi derrière des "on dit", des choses dites par d'autres personnes, et cela nous permet de rester un peu calfeutrés et d'avancer masqués. Le problème de l'opinion a aussi comme avantage (c'est de l'humour) de réduire la réalité : "je ne sais pas, mais je vais dire un petit peu ce que je crois mais en même temps, je ne suis pas très sûr". Malheureusement, on est venu à confondre le concept d'opinion avec ce qu'on appelle l'agnosticisme. Le côté positif de l'agnostique, c'est que normalement, après s'être posé la question de manière précise pour lui, après un long cheminement où il aura mis toute sa volonté et son intelligence, il arrivera à dire : "après toute cette réflexion, je ne sais pas !" Actuellement, beaucoup de nos contemporains qui se disent agnostiques le disent simplement pour des questions de confort. Ils se déclarent ainsi non pas parce qu'ils ont cheminé difficilement dans leur vie et ils ont un peu bataillé avec Dieu, comme Jacob qui a lutté toute la nuit au gué du Yabbocq, mais tout simplement par facilité et par confort. On en vient alors à dire : c'est l'opinion … moi, je ne sais pas.
L'Église propose autre chose. L'Église ce n'est pas l'opinion. L'Église c'est la confession. Dans l'Eglise, dans votre cœur quand vous priez, quand vous lisez l'évangile, la question n'est pas : aux yeux des hommes, qui suis-je ? mais c'est : "Pour vous, qui suis-je ?" Cela devrait réveiller toutes les forces vitales, l'intelligence, la volonté de l'homme, pour essayer de répondre en toute conscience et vérité à cette question : "Qui es-tu pour moi Seigneur, maintenant, aujourd'hui ?" C'est cela la véritable mission de l'Église, éveiller dans le cœur des croyants cette question fondamentale, la seule question. Toutes les autres questions peuvent être réduites à cette simple interrogation : "Qui es-tu pour moi Seigneur ?" Mais vous le voyez, saint Pierre aurait eu 20/20 à la catéchèse : "Tu es le Messie". Parmi les chrétiens qui ne dirait pas : Jésus est Messie ? Mais tout de suite après, Jésus lui dit de se taire. Il y a quand même un problème quelque part, il a bien répondu, Jésus aurait dû l'envoyer sur les routes de Galilée pour annoncer la Bonne Nouvelle, et il lui dit : tu te tais.
Donc, la confession ne fait pas tout ! Encore faut-il que cette confession soit purifiée. Et cette purification passe à travers le dialogue, l'échange et l'enseignement de Jésus avec Pierre : tu dis que je suis le Messie ? Très bien, mais encore faut-il que nous soyons d'accord sur la définition de ce mot. Cela ne va pas entre Pierre et Jésus, parce qu'ils ne mettent pas la même réalité sous le même mot. Pour Pierre le Messie, c'est David, c'est celui qui convoque l'armée, et c'est le vainqueur contre les ennemis. C'est "Hosannah au Fils de David". C'est lui qui va venir restaurer la royauté et qui va chasser les romains de notre pays. Mais pour Jésus, le mot Messie recouvre une réalité totalement différente mais qu'on retrouve quand même dans la vie de David. Le Messie c'est celui qui est au service de son peuple et qui doit être prêt à donner sa vie pour son peuple, exactement comme le berger, comme Jacob aussi qui dit que le soir et le jour, il allait retirer les brebis des griffes des ours et risquait sa vie pour les brebis.
La confession ne suffit pas. Encore faut-il que cette confession passe au creuset de la purification. C'est cela l'enjeu de la catéchèse, cette purification, on ne peut pas la faire tout seul, elle se fait face à l'évangile, elle se fait avec la tradition de l'Église, et elle se fait en communauté. C'est là que la catéchèse joue un rôle fondamental. La catéchèse ne consiste pas d'abord à apprendre de bons principes à vos enfants, il suffit d'acheter un manuel laïque pour comprendre qui faut que les enfants soient attentifs aux personnes âgées et les aident à traverser les chaussées, maintenant, on a ces conseils à la radio et à la télévision, n'utilisez pas deux fois votre mouchoir, etc, etc … (N'envoyez pas un mot à l'évêque en disant que le frère Christophe a dit qu'il ne fallait avoir de vie morale), mais tout cela n'est pas l'enjeu premier de la catéchèse. Cela découle de cette question que nous aurons posé : "Qui est le Christ pour moi ?" et ensuite, nous suivrons Jésus, et c'est la morale au cœur de l'Église. La catéchèse, frères et sœurs, c'est purifier ensemble l'idée que nous nous faisons de Dieu. Tout le monde se fait une idée de Dieu, on ne peut pas en fair l'impasse. Il ne faut pas avoir honte, mais l'Église, la communauté qui est le lieu même de la catéchèse, c'et de passer au creuset de l'évangile, de la tradition de l'Église, et ensemble, passer les idées reçues, même si elles sont déjà de l'ordre de la confession : "Tu es le Messie", et ensemble, découvrir la véritable réalité qui se cache derrière ces mots. C'est tout autre chose. Cette catéchèse n'est pas uniquement réservée aux petits enfants. C'est peut-être une erreur dans notre pays, qu'il nous faut aller d'étapes en étapes et que nous péchons souvent par le problème de la formation permanente. Nous pensons que nous sommes formés une bonne fois pour toutes pour telle chose ou pour tel métier, on a travaillé très difficilement, les jeunes ont été enfermés pendant un an en classe pour obtenir le bac, et après on relâche et on se dit : ça y est, je suis rentré dans l'école, j'ai mon diplôme, et je me relâche parce que le plus dur est derrière moi.
Or, la catéchèse est véritablement l'esprit de la formation permanente. C'est à chaque instant de notre vie que nous sommes confrontés à cette confession que nous devrions purifier. Vous comprenez alors que cette catéchèse n'est pas réservée aux enfants de sept ans, elle est pour les sept aux soixante-dix-sept ans, suivant l'expression bien connue. J'espère simplement qu'aux dimanches de la catéchèse, nous n'aurons pas assez de tables et de chaises pour vous accueillir tous et toutes. C'est cela la véritable révolution des mentalités. Il nous faut comprendre que nous ne pouvons suivre le Christ que si, régulièrement, nous acceptons en toute humilité de déposer aux pieds de l'Église et du Christ ce que nous confessons, pour voir si ce que nous confessons est juste, ou si un ajustement s'avère utile.
Frères et sœurs, que cette catéchèse du Christ soit pour nous l'occasion de réfléchir en notre cœur : "Qui est le Christ pour moi ?" Est-ce que je n'apporte qu'une réponse du type de l'opinion ? Est-ce que je confesse comme saint Pierre sans véritablement découvrir ce que signifie ce que je dis ? Ou est-ce que en toute humilité et en toute fraternité, je m'oppose, mais dans le sens noble du terme, je me confronte à la Parole de Dieu, à l'Église, à la communauté que nous formons, pour découvrir la véritable signification de l'identité de Dieu, et pour marcher ensemble et suivre le Christ qui est notre pasteur.
AMEN