PURIFIER NOTRE REGARD SUR LES AUTRES ET SUR LE MONDE

Nb 11, 25-29 ; Jc 5, 1-6 ; Mc 9, 38-43 + 45 + 47-48
Vingt-sixième dimanche du temps ordinaire – année B (29 septembre 2024)
Homélie du Père Thierry GALLAY

Chacun comprendra, frères et sœurs, que la fin de ce texte de l'évangile peut paraître bizarre, avec des termes qui évidemment sont pour le moins choquants et qui provoquent un choc en nous.

Alors comme chaque fois pour bien comprendre le texte qui nous est donné, tout au moins de l'évangile qui fait écho à la première lecture, c'est souvent la fin d’un texte qui éclaire en amont ce que nous avons reçu. Le texte va se terminer par ces mots : « Que la paix soit avec vous, que la paix soit dans votre cœur. » Donc, je ne suis pas meilleur qu'un autre, je me dis que si le texte se conclut de cette manière-là, c'est qu'en amont le Seigneur qui est Celui-là seul qui porte la paix véritable m'invite, même s'il y a des mots durs, des termes difficiles, à conserver et à garder la paix en mon cœur. Nous voyons bien ici qu'Il s'adresse à son "club privé", si je puis dire, que sont ses disciples.

Voilà, je viens d'employer le mot "club privé" parce que, que ce soit la première lecture ou l'évangile, on peut dire que c'est un grand chant sur le bien commun, le bonus communis comme on nous l'appelait en cours de philosophie. Ce bien commun qui malgré tous les événements du monde, les événements qui se sont passés cette semaine et la semaine dernière chez nous, par ce drame atroce de Philippine, qui malheureusement n'est pas la dernière, nous fait dire que c'est bien beau de parler du bien commun mais on a plutôt tendance à se refermer sur nous-mêmes, à nous protéger. J'ai encore des paroissiens qui m'ont dit : « Mettez une alarme chez vous. » Moi, je ne veux pas d'alarme parce qu'il y a des tas de codes à mémoriser et qu'entre les différents codes on finit par se tromper. On sait très bien et on voit bien que cela n'est pas la solution.

Alors, c'est vrai, la première lecture comme l'évangile parlent de l'exclusion. Il m'est arrivé souvent de dire que nous ne sommes pas l'auteur de notre propre existence et j'allais dire "encore heureux" ! Parce qu'on n'est jamais content, on voudrait avoir vécu à une autre époque, avoir été autrement, avoir des talents que malheureusement la nature ne m'a pas donnés. On n'est jamais content, le Français peut-être plus que les autres, parce qu'on râle très souvent. Mais ce n'est pas parce que mon voisin a un talent que je n'ai pas que je vais l'exclure, au contraire. C'est comme une chorale, je ne fais pas partie de la chorale. Ce n'est pas parce que je ne fais pas partie de la chorale que je ne peux pas avoir une très belle voix, et je peux la travailler ; mais je ne suis pas meilleur que ceux qui sont à la chorale et inversement. C'est peut-être difficile de regarder les choses ainsi parce que la tendance, surtout dans le monde d'aujourd'hui, nous fait nous replier sur nous-mêmes et nous dire qu'effectivement – et moi le tout premier – bien sûr, je suis bien meilleur que les autres.

Alors on peut comprendre que le Seigneur prenne des exemples à la fin du texte, durs, peut-être incompréhensibles mais, vous le savez aussi bien que moi, il ne faut jamais prendre la parole de Dieu à la lettre. On sait très bien que l'ensemble des paraboles ou des comparaisons qui sont faites sont là pour nous aider à, à la fois prendre des décisions, regarder où j'en suis de ma propre existence, à l'âge qui est le mien, avec les défauts, les péchés et les qualités que je peux avoir, et puis de commencer – il serait temps en ce qui me concerne en tout cas – à prendre des décisions, à opérer un nettoyage c'est-à-dire arracher en définitive ce qui me colle à la peau et ce que malheureusement nous voyons étendu au monde entier : l'arrogance, la suffisance, le pouvoir, l'argent, les guerres pour détruire, tout ce que nous voyons aujourd'hui comme hier et peut-être malheureusement comme demain et de se dire qu'en définitive pour finir je ne suis pas si mal que cela.

La géhenne, il ne faut pas s'y tromper, cela n'est pas l'enfer, qui existe, ce n'est pas des enfers non plus. La géhenne, pour ceux et celles qui sont peut-être allés en terre d'Israël, est un lieu au sud ouest de Jérusalem. On dirait une sorte de déchetterie, comme nous pouvons en avoir aujourd'hui, mais c'est surtout un lieu où bien avant le christianisme s'opéraient des sacrifices humains. C'était un lieu maudit, on pourrait dire. Voilà pourquoi le Seigneur prend cette image en parlant à ceux qui étaient capables de pouvoir entendre et comprendre, la géhenne a fait écho dans leur cœur.

Alors oui, nous sommes invités à détruire, à brûler, à couper. Prenez tous les instruments que vous voulez et toutes les manières que vous voulez pour détruire tout ce qui nous empêche. Parce que le verbe "scandaliser" dans l'Écriture sainte, ce n'est pas le scandale au sens où nous pouvons le comprendre aujourd'hui, nous voyons souvent un scandale moral. C'est en définitive tout ce qui nous empêche, nous alourdit et ce qui entrave ma marche vers le Seigneur, ma marche vers la sainteté. Et la sainteté, vous le savez aussi bien, ce n'est pas d'être parfait. Si je suis appelé à la sainteté, c'est parce que justement je ne suis pas parfait. J'ai donc à désengager, à enlever tout ce qu'il peut y avoir dans mon sac à dos que j'ai reçu à la naissance et qui a besoin d'être plus léger pour continuer mon ascension, parce qu'il s'agit d'une ascension vers le Seigneur.

Alors oui, nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Les chrétiens ou les gens d'Église, on ne le sait que trop, ne sont pas meilleurs que les autres. Sachons pouvoir regarder et peut-être d'abord nettoyer le regard que je porte sur les autres, sur le monde aussi, sur les dirigeants. C'est facile de critiquer un dirigeant, je ne suis pas à sa place, qu'est-ce que je pourrais faire, qu'est-ce que je peux faire ? Essayer d'abord et avant tout de purifier notre regard pour que nous puissions être à l'égal du regard que le Christ porte sur moi et c'est un regard de pardon et de miséricorde.

Voilà pourquoi au début de chacune de nos eucharisties nous demandons que le nettoyage du regard du Christ vienne en moi pour me purifier. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Amen.