NOS PRIÈRES SONT-ELLES TOUJOURS EXAUCÉES ?

Ex 17, 8-13 ; 2 Tm 3, 14 – 4, 2 ; Lc 18, 1-8
Vingt-neuvième dimanche du temps ordinaire – Année C (17 octobre 2010)
Homélie du Frère Frère Jean-Philippe REVEL


Priez sans cesse

 

Frères et sœurs, la parabole d'aujourd'hui qui est un peu surprenante parce qu'au premier abord on pourrait croire que Dieu est comparé à ce juge inique, cette parabole est assez simple finalement à comprendre. Jésus nous dit : même un juge qui ne craint ni Dieu ni les hommes, pour des motifs égoïstes, parce que la veuve vient lui rompre la tête en lui demandant justice, pour ces raisons, finalement, même ce juge inique lui fait droit. C'est un argument à fortiori : Dieu qui n'est pas inique, Dieu qui n'est pas injuste, Dieu qui aime les hommes, ne ferait-il pas justice à ceux qui, comme cette veuve, crient jour et nuit vers lui ? Autrement dit, si vous êtes persévérants dans la prière, Dieu exaucera votre prière.

C'est très beau au premier abord, mais concrètement, nous avons une grosse objection, c'est que souvent, nous prions, nous demandons une grâce à Dieu et cette grâce n'a pas lieu. Il n'est pas vrai expérimentalement, que la prière soit toujours exaucée.

Que dire ? il y a une première solution qui est de dire que nous ne prions pas comme il faut. Nous prions d'une façon trop égoïste, ou bien trop distraite, ou bien nous n'y mettons pas la foi qui est nécessaire, mais cette explication est désespérante car même quand nous prions de tout notre cœur et de toutes nos forces, il arrive que nous ne soyons pas exaucés et par conséquent nous allons nous imaginer que notre prière est mauvaise et nous allons nous désespérer. C'est une erreur de dire trop facilement aux enfants que s'ils prient, leur grand-père guérira, parce que souvent, le grand-père ne guérit pas et ces enfants risquent de ne plus croire à la prière, de ne plus avoir foi en la miséricorde de Dieu, puisqu'ils lui ont demandé de tout leur cœur et de toutes leurs forces que le grand-père soit guéri, et le grand-père n'a pas été guéri.

Il y a une autre réponse, qui est de dire que Dieu exauce nos prières, mais quand est venu le moment de les exaucer. Nous voudrions tout, tout de suite, c'est un réflexe enfantin et infantile, mais Dieu a devant lui l'éternité, et il avance selon le rythme de sa miséricorde. Là aussi, cela risque d'être fort désespérant, car à force d'attendre, on perd le courage de continuer à prier. Nous sommes donc devant un problème qui se pose à chacun d'entre nous dans notre vie spirituelle de manière concrète.

Je voudrais éclairer ce texte par un autre texte du même évangile de saint Luc, qui, en d'autres termes nous dit à peu près la même chose, c'est la parabole de l'ami importun. "Jésus dit encore , si l'un de vous ayant un ami s'en va le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : mon ami, prête-moi trois pains, parce qu'une de mes connaissances est arrivée de voyage et je n'ai rien à lui servir. Et si de l'intérieur l'autre répond : ne me cause pas de tracas, maintenant, ma porte est fermée, mes enfants et moi sommes au lit, je ne puis me lever pour t'en donner. Je vous le dis, même s'il ne se lève pas pour les lui donner en qualité d'ami, il se lèvera du moins à cause de son impudence et lui donnera tout ce dont il a besoin"(Lc 11, 5-8).

Vous le voyez, la situation est assez analogue à celle du juge inique : à force de réclamer, on finit par obtenir, même quand celui à qui on réclame n'a pas nécessairement envie de se lever, alors qu'il est au lit, couché pour la nuit, et qu'il vous envoie balader. Mais si vous l'importunez avec impudence, il finira pas céder. Nous avons donc là deux paraboles assez symétriques, mais ce qui m'intéresse, c'est le commentaire que Jésus donne de cette seconde parabole semblable à la première. Voilà ce qu'il dit : (nouvelle affirmation, sans bavure de l'efficacité de la prière), "car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira. Quel est d'entre vous le père auquel son fils demandera un poisson, et qui à la place, lui remettra un serpent ? Ou encore s'il lui demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion ? Si donc vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants (et voici la phrase décisive), combien plus le Père du ciel donnera-t-il l'Esprit Saint à qui l'en prie ?" (Lc 11, 9-13). Cette parabole et son commentaire nous éclairent. Il ne s'agit pas toujours d'exaucer nos demandes qui sont quelquefois terre-à-terre, ou pas très utiles, en tout cas pas indispensables. Mais ce que Dieu ne nous refuse jamais, c'est l'Esprit Saint qui viendra transformer notre regard, transformer nos désirs, pour que nous demandions à Dieu ce qui est nécessaire, ce qui est vrai, ce qui peut réellement changer notre vie ou la vie de ceux que nous aimons. L'Esprit Saint nous aidera à accompagner nos frères et nos sœurs, ou nos parents dans leur chemin vers la mort, l'Esprit Saint nous aidera à nous préparer nous-même à la rencontre avec Dieu, l'Esprit Saint ne nous fera jamais défaut. Là, le Christ est formel.

Cependant notre prière a quelquefois besoin d'être redressée, réorientée, renouvelée. Il faut que notre foi soit éclairée pour que notre demande soit vraie, pour que notre demande soit conforme à la volonté de Dieu qui veut toujours, avec plus d'amour notre bien. C'est là que prend place cette dernière phrase que vous avez entendu tout à l'heure après la parabole du juge inique : "Le Fils de l'Homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?" (Lc 18, 8). Il ne s'agit pas de la foi dogmatique, de savoir si toutes les phrases du Credo seront récitées au moment de la venue du Fils de l'Homme, il s'agit de la foi "fidélité", de l'attachement fidèle à Dieu. Fidélité est le même mot en latin que le mot foi (fides). Donc, cette foi que le Christ ne trouvera peut-être plus sur la terre, c'est notre fidélité. Est-ce que nous ne nous lassons pas ? Est-ce que nous ne nous laissons pas submerger par des choses futiles ou secondaires ? Est-ce que vraiment notre vie est attachée au Christ ? Car la fidélité nous attache et nous rend solidaires. Est-ce que nous sommes vraiment en communion de pensée, de volonté, avec le Christ pour que notre demande aille dans le sens de sa gloire et de notre bonheur véritable ? La fidélité sera-t-elle encore sur la terre ?

Cette phrase est assez pessimiste, le Christ a l'air de dire : peut-être n'y aura-t-il plus personne d'attaché à moi et au Père ? Il faut replacer cette réflexion dans ce qui précède immédiatement la parabole du juge inique, et qui est l'annonce du retour du Fils de l'Homme au dernier jour. Le fait que Jésus dit : "Quand le Fils de l'Homme viendra" replace cette phrase dans le contexte : est-ce que même au moment où toutes choses exploseront dans le passage du monde ancien au monde nouveau, est-ce que nous serons capables d'être fidèles jusqu'au bout, d'être liés au Christ et d'être dans le sillage de sa sainte volonté ?

 

AMEN