DANS LA COMMUNION DES SAINTS, PARTICIPER À LA RÉDEMPTION AVEC LE CHRIST
Is 43, 18-19 + 21-22 + 24-25 ; 2 Co 1, 18-22 ; Mc 2, 1-12
Septième dimanche du temps ordinaire – B (20 février 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
Mais cela serait trop peu de s'en tenir à la prière, qui est certes familière à notre vie chrétienne, et sans cesse nous prions les uns pour les autres, ou nous supplions des intercesseurs pour nos frères ; il ne s'agit pas seulement de la prière, mais de toute notre vie. Tout acte que nous posons, toute pensée que nous concevons, tout événement qui se réalise dans notre vie a valeur de grâce non seulement pour nous, mais aussi pour nos frères. Toutes les fois que nous posons un acte d'amour, cet acte d'amour n'est pas simplement méritoire pour nous, ce qui est déjà un grand mystère et, je vais y revenir, mais cet acte d'amour fait monter, si je peux me permettre cette image, le niveau d'amour de l'humanité tout entière, et réciproquement, hélas, tout refus d'amour, tout péché, toute rétractation de notre cœur sur lui-même fait baisser le niveau d'amour de toute l'humanité. C'est d'ailleurs fort important pour que nous comprenions la gravité de nos péchés qui n'entament pas seulement notre propre vie, mais aussi la capacité de vie de tous ceux qui nous entourent, que nous les connaissions ou que nous ne les connaissions pas. C'est cela la communion des saints et cela fonde non seulement notre intercession les uns pour les autres, comme je le disais tout à l'heure, mais aussi c'est là-dessus que sont fondées les indulgences, dont on parle beaucoup ces temps-ci à cause du Jubilé, c'est-à-dire la possibilité d'offrir un acte, une pensée, une prière pour le salut de nos frères vivants ou morts. Je ne vais pas entreprendre une démonstration concernant les indulgences, ce serait beaucoup trop long, et puis vous avez un très bon petit papier que vous avez pu vous procurer sur la question, toujours est-il que les indulgences se fondent sur cette communion des saints.
Plus largement encore, c'est sur la communion des saints que se fonde la grâce du sacrement des malades, en ce sens que nos frères malades ont une place privilégiée dans l'Église. Mais d'une certaine manière nous sommes souvent tous plus ou moins malades, en tout cas nous avons des épreuves, des souffrances, corporelles, psychiques, spirituelles, intérieures, peu importe, toute souffrance, et c'est là le sens de ce sacrement peut n'être pas seulement un mal que l'on subit, et que le Christ nous fait la grâce de porter avec nous, mais aussi toute souffrance, toute épreuve peuvent être offertes en union à la Croix de Jésus-Christ : c'est cela le sens même de ce sacrement. Jésus nous propose dans nos épreuves quelle qu'elles soient, dans nos souffrances, dans tout ce qui déchire notre vie d'une manière ou d'une autre, Jésus nous propose de porter avec Lui la Croix, pour sauver le monde entier.
Nous voici au cœur de cette communion des saints. Je parlais tout à l'heure du mot "mérite" en vous disant que nos prières, nos actes d'amour n'ont pas seulement valeur de mérite pour nous mais aussi pour les autres. "Mérite", voilà un mot bien difficile à expliquer : en réalité tout ce que nous pouvons vivre, et même souffrir, qui nous semble terrible quand nous le supportons, n'est qu'un infime goutte d'eau par rapport à l'immense besoin de Salut qui habite le monde, et nous ne pouvons pas avoir la prétention qu'une petite souffrance offerte, qui nous semble grande, mais qui n'est finalement que bien peu de chose dans l'histoire des hommes, que cette petite souffrance peut sauver le monde.
Il n'y a que la souffrance du Christ, il n'y a que la Croix du Christ, il n'y a que l'amour du Christ qui peuvent être sauveurs. Seulement cet amour est d'une telle délicatesse, Jésus est à notre égard d'une telle bienveillance, d'une telle prévenance, qu'il ne veut pas seulement nous donner le Salut, mais aussi nous associer à Lui pour que nous participions à ce don précisément pas tellement pour nous-mêmes que pour les autres. Jésus qui suffit infiniment à apporter le Salut à l'univers entier, a voulu associer sa Mère d'abord, au pied de la Croix, et saint Jean à côté d'elle, et à travers saint Jean tous les disciples et donc chacun d'entre nous, Jésus a voulu nous associer à son sacrifice rédempteur pour que nous soyons co-rédempteurs avec Lui et que nous participions avec Lui à ce Salut du monde. Et vous comprenez alors ce que je vous disais tout à l'heure, si nous pensons à la communion des saints, c'est d'abord à ceux que nous aimons, à ceux que nous connaissons que nous voulons contribuer à apporter par cette grâce que le Christ nous fait de donner un peu de ce bonheur éternel, de ce Salut qu'Il leur promet. Mais il ne faut pas que nous ayons une vision limitée des choses comme si nous étions chacun chargés du Salut de notre conjoint, de notre voisin, de nos enfants, de nos connaissances ; en réalité, nous apportons notre cote part à cet immense trésor de la Rédemption non pas pour tel ou tel, mais peut-être pour un inconnu que nous ne verrons jamais, dont nous ne saurons jamais le nom, qui à l'autre bout du monde est en train de mourir dans une souffrance qui obscurcit son cœur et qui a besoin de ce surcroît d'amour pour pouvoir émerger de cette souffrance et entrer à travers elle dans le bonheur de Dieu.
Alors, frères et sœurs, il faut que cette vérité, ce dogme de la communion des saints dilate notre cœur de telle sorte que nous sachions que par la grâce de Dieu nous sommes associés à l'œuvre de rédemption de Jésus pour l'univers entier, et que tout ce que nous faisons, ce n'est pas simplement pour assurer notre salut éternel, ni même uniquement pour répondre à la grâce de Dieu, mais c'est par une grâce supplémentaire pour participer à cette immense oeuvre de Salut et de Rédemption de l'univers entier à laquelle Jésus a voulu nous associer.
AMEN