NOUS SOMMES TOUS ROIS
Dn 7, 13-14 ; Ap 1, 5-8 ; Jn 18, 33b-37
Fête du Christ-Roi - année B (22 novembre 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Semur-en-Auxois : Le Christ en gloire
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rères et sœurs, la vraie homélie, la vraie explication du texte, aujourd'hui, ce sont les démarches liturgiques de Corine entrant dans l'Église par sa démarche catéchuménale, et de Nicolas entrant dans la plénitude de vie par le baptême, qui nous la proposent. Autrement dit, je vais vous proposer simplement un tout petit point de réflexion sur lequel j'attire votre attention contrairement à toutes les habitudes de Saint Jean de Malte.
Dans le monde ancien, la royauté n'appartient qu'à quelques personnes. Ce sont des gens choisis par Dieu ou par le peuple, peu importe, mais qui à ce moment-là sont choisis pour assurer tous les liens et toute la cohésion d'une cité ou d'une société. Mais, et c'est là ce qui est étonnant, c'est que la royauté n'appartient qu'à quelques-uns. Or, aujourd'hui lorsque nous fêtons le Christ roi, nous fêtons le fait que tous ici nous sommes des rois, pas simplement comme à l'Épiphanie où l'on se met une couronne sur la tête parce qu'on a tiré la fève, mais aujourd'hui, tous ici, par notre baptême ou par notre adhésion au Christ, nous commençons une aventure de royauté. Pourquoi ? C'est très simple. Toutes les royautés humaines sont des royautés symboliques. Que veulent dire ces royautés humaines ? Il faut à un moment ou l'autre qu'il y ait quelqu'un, roi, président de la république, monarque, tyran (on a tout inventé de ce point de vue-là sur le plan humain), et ce roi symbolise le lien qui existe dans la société, le lien entre les hommes qui parfois tire à hue et à dia, mais qui est le symbole de la cohérence et de la cohésion de cette société est incarné par le roi. C'est pour cela que le roi ancien n'est pas d'abord quelqu'un qui détient un pouvoir. Il tient entre ses mains l'unité et la cohésion de la société. Ce qui était assuré du point de vue symbolique par des royautés humaines, le Christ a dit que désormais, parce qu'il est réellement le lien de toutes choses, pas comme les rois qui ne connaissent pas tous leurs sujets, qui ne connaissent pas tous leurs problèmes, mais parce qu'il connaît parfaitement l'ordre de l'univers puisqu'il en est le créateur, il est le roi de l'univers et il veut que ceux qui participent à sa vie et à son amour soient aussi investis de la charge de constituer un peuple dans lequel chacun a sa responsabilité royale. Qu'est-ce que cette responsabilité royale ? C'est essentiellement notre liberté humaine. Qu'est-ce qu'être libre ? C'est être capable de faire de sa personne, de tous ses dons, de tous ses talents, le moyen de réaliser l'unité, la communion et le bonheur d'être ensemble.
Donc, lorsque nous célébrons l'eucharistie, nous sommes vraiment un peuple de rois, dans et par le Christ, et nous le réalisons pleinement, que ce soit quand nous baptisons Nicolas, ou quand nous accueillons Corine, quand nous accompagnons des confirmands, quand nous nous rencontrons les uns les autres, quand nous exerçons les uns vis-à-vis des autres, la charité, à ce moment-là nous exerçons réellement la royauté du Christ.
C'est très important à comprendre et je termine par là. Dans l'Église, ni les papes, ni les évêques, ni les curés ne se sont jamais attribués le titre de roi. Un curé n'est pas le roi de sa paroisse, pas plus que le pape n'est le roi de l'Église. Peut-être que certains en auraient bien envie, mais on ne l'a jamais fait. Pourquoi ? parce que la royauté n'est pas le privilège de quelques-uns, les ministres choisis pour être les serviteurs du peuple, la royauté elle nous appartient à tous. Qu'en baptisant maintenant Nicolas, nous fassions de lui un roi, un jour nous ferons de Corine une reine de l'amour du Christ et de la liberté qu'elle va consacrer à l'amour du Seigneur et au service de ses frères.
AMEN