Vigiles de la fête du Christ-Roi
Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN
|
T |
out à l'heure, dans cette église, entre six et sept heures, une douzaine de jeunes ont prié ensemble pour essayer de découvrir le véritable visage, la profondeur du cœur de ce Christ, que nous appelons, nous chrétiens, notre Roi. Je voudrais, qu'ensemble, ce soir, en parcourant l'évangile de Jésus-Christ, nous puissions, dans le silence, dans la contemplation, retrouver les traits essentiels de ce visage, pour pouvoir vraiment entrer dans le mystère chrétien de la royauté du Seigneur.
L'ange, venant trouver la Vierge lui annonce qu'elle va concevoir et enfanter un fils et lui donnera le nom de Jésus. "Il sera Fils du Très Haut et le Seigneur lui donnera le trône de David, son Père". David, le roi dont le nom veut dire "Bien-Aimé", bien-aimé de Dieu et bien-aimé du peuple. Fils de David, il régnera sur le trône de ce roi, mais son règne à lui, contrairement à celui de son père, n'aura pas de fin.
Ce sont d'abord des hommes qui ne font pas partie du peuple d'Israël, du peuple de David, qui viennent chercher le visage de ce roi. Les mages demandent : "Où est le roi des Juifs, celui qui vient de naître ?"
Et Nathanaël, l'homme au cœur droit, qui a passé beaucoup de temps, sous son figuier, à réfléchir tout seul, à l'invitation de Philippe rencontre enfin Jésus qui l'avait vu bien avant et à genoux devant Lui, il lui dit : "Tu es le Fils de Dieu, tu es le Roi d'Israël !"
Au lendemain de la multiplication des pains, alors que tout était rassemblé, comme éléments humains, pour couronner Jésus roi de ce peuple, voici qu'il s'enfuit. Il s'enfuit dans la montagne, c'est-à-dire, dans la proximité de Dieu, et il reste seul, c'est-à-dire dans une attitude à l'opposé de notre royauté humaine qui aime beaucoup s'entourer.
Au moment d'entrer dans Jérusalem, bâtie sur la colline de Sion qui a été la première cité du roi David, au moment d'entrer à Jérusalem, c'est sur un ânon que le Christ est acclamé par ses disciples. Le cheval, c'est pour les rois de ce monde, le cheval glorieux et empanaché. Lui, c'est sur un ânon, sur la monture du pauvre qu'il entre dans son véritable royaume, qui ne sera pas un royaume de gloire humaine, mais un royaume de gloire divine, c'est-à-dire d'abord de souffrance et de mort.
Emmené en présence du gouverneur, celui-ci interroge Jésus : "Es-tu le roi des juifs ?" Et c'est au moment où il va mourir, au moment où les conditions humaines seront les moins favorables à une royauté terrestre, c'est à ce moment-là uniquement que le Christ acceptera lui-même d'être reconnu comme roi. Il répondra : "Tu le dis, je le suis vraiment!"
"Et alors, les soldats tressèrent une couronne d'épines " et posèrent sur ses épaules meurtries ce manteau rouge, rouge d'abord de la souffrance, rouge de l'amour. Et c'est ainsi que les soldats le giflaient en le saluant de "roi des juifs", en prenant ce titre comme un sobriquet, alors que c'est ce titre-là qui sera inscrit sur l'écriteau qui surmontera le corps mort du Seigneur.
Et la dernière confidence du Seigneur, elle ne sera pas pour sa mère, elle ne sera pas pour ses disciples, elle ne sera pas pour Marie-Madeleine, elle sera pour quelqu'un qu'il n'a jamais rencontré, si ce n'est au moment de sa mort, quelqu'un qui a marché sur d'autres routes que celle du salut, le larron, le brigand, celui qui, toute sa vie durant, n'a cessé de faire les quatre cents coups et qui lui dit, oh ce n'est pas une parole inconsciente : "Seigneur, dans ton royaume, souviens-toi de moi !" Au moment où le cœur du Christ s'ouvre, le larron entre par cette porte du cœur blessé du Christ, dans son royaume.
C'est ainsi, frères et sœurs, que l'évangile nous présente le Christ comme roi, que le Christ lui-même se présente comme roi dans l'évangile.
Le Christ que nous acclamons, le Christ Roi que nous adorons n'est pas un roi supplicié pour en finir avec son soi-disant royaume, ce n'est pas un roi au regard définitivement mort sur des velléités ou sur des illusions de rassembler autour de lui quelques sujets, quelques personnes.
Le roi que nous adorons est bien crucifié, C'est dans sa mort qu'il a porté ses attributs de roi : le manteau, le sceptre et la couronne. Mais, comme le représente cette photo qui reprend une sculpture d'un crucifix, le Christ est revêtu de la robe royale du sacerdoce. Le Christ, sur la croix, est déjà glorieux du vêtement royal. Ce n'est pas un Christ mort, aux yeux clos et fermés sur sa souffrance ou sa mort. C'est un Christ aux yeux ouverts, car, jusque dans sa mort, la Résurrection du Christ a manifesté qu'il était roi, roi de la terre, roi du ciel. Cette royauté, il ne la possède pas, comme les rois terrestres possèdent jalousement la leur. Cette royauté, il nous la donne, afin que nous puissions, nous aussi, la posséder, la partager, vivre de sa royauté, vivre de sa mort, vivre de son amour, vivre de sa gloire.
C'est dans l'eucharistie, aujourd'hui, renouvellement quotidien de sa mort et de sa Résurrection, qu'il nous partage sa gloire, qu'il nous partage sa royauté, pour que nous puissions, parce que baptisés dans cette mort et cette Résurrection, devenir, personnellement et communautairement, un peuple de prophètes, un peuple de prêtres, et un peuple de rois.
AMEN