M'AIMES-TU ?

Ac 20, 28-32 ; Jn 21, 15-17

(21 août 2003)

Eglise saint Martin de Lamballe

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

P

eut-être que c'est une expérience très person­nelle, mais ce pèlerinage en Bretagne, j'ai l'impression d'une certaine manière de revenir aux sources, et pendant cette semaine de revivre cer­taines choses de ma jeunesse. J'ai vécu beaucoup moins longtemps en Bretagne qu'Yves, mais j'ai re­trouvé des paysages, des situations, des choses qu'on a vécu en famille. Ainsi, ma semaine se trouve peu­plée de souvenirs, de lieux, de visages, de vos visa­ges, visages de gens actuels que nous rencontrons, sur la place du marché, dans l'église, de visages de per­sonnes qui peuplent la Parole de Dieu, Absalom, Joab, David, Dalila, Samson, du jeune homme riche, du Christ, des disciples. Je me rends compte que nous ne cheminons pas tout seuls. Il est vrai qu'on pourrait avoir tendance dans un pèlerinage (cela pourrait être ma tendance), de se réfugier dans certaines expérien­ces, certains souvenirs et d'essayer de les faire revivre et de remâcher cela au risque même de macérer.

Le pèlerinage et en fait ce lieu où l'on garde notre cœur, notre corps, ouverts à d'autres visages et des visages qui nous accompagnent pendant une se­maine. Il y a les visages de ceux avec qui nous parta­geons la chambre, ou le petit déjeuner, et aussi le vi­sage de toutes ces personnes que nous croisons dans l'Ancien Testament et dont nous suivons les péripéties et dont nous ne connaissons pas toujours tous les élé­ments.

En définitive, tous ces personnages ont quel­que chose à nous dire. Nous avons lu l'épisode de Samson et Dalila, et le jeune homme riche, il y a saint Pierre et le Christ. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a dans ces relations interpersonnelles, une question, c'est le questionnement. Quand on est en pèlerinage, nous sommes aussi affronté à ce questionnement. Peut-être que ce questionnement serait à rapprocher de celui de Dalila : essayer de percer un secret. Peut-être que le péché de l'homme est de pousser ce ques­tionnement vis-à-vis de Dieu, de le tarabuster, de lui tanner la peau, d'une certaine manière, pour lui faire rendre gorge et qu'enfin, il puisse nous dire son secret. Peut-être que l'homme dans sa recherche du visage de Dieu a parfois cette tendance de pousser le question­nement à bout, afin que Dieu lui donne le secret de la vie éternelle.

Il y a aussi l'interrogation du jeune homme ri­che. Peut-être vivons-nous aussi pendant ce pèleri­nage, cette même question : que dois-je faire pour être parfait ? Mais enfin, Seigneur, dans ce temps de pèle­rinage, donne-moi des signes pour que je sois un meilleur chrétien, que je sois parfait. En fait, la seule réponse que Dieu donne à l'homme, c'est cette ques­tion que Jésus ressuscité renvoie à saint Pierre : "M'aimes-tu ?" A la place de nous laisser toujours prendre par nos propres désirs, nos propres interroga­tions, le pèlerinage pourrait être ce lieu dans lequel nous acceptons de baisser un peu le volume de nos propres questions pour accepter d'entendre la question de Dieu : "M'aimes-tu ? … M'aimes-tu ? … M'aimes-tu ?" Il nous faut accepter de laisser retentir cette question dans notre cœur. C'est vrai que pour les dis­ciples, Jésus vient de mourir, Il est ressuscité, et eux retournent à la pêche au bord du lac de Tibériade, ils ont l'impression de retrouver leur vie habituelle, la vie "d'avant" le Christ, comme si tout s'éteignait, comme s'ils devaient essayer de chercher la vie ailleurs que dans le Christ. Pour nous aussi, baptisés, nous avons tendance à aller chercher la vie du Christ ressuscité, ailleurs. Mais le Christ est celui qui nous murmure doucement, chaque jour, à chaque battement de cœur : "M'aimes-tu ?"

Pendant ce pèlerinage, nous avons à être ces mendiants, nous avons à chercher dans le visage des autres, dans l'expérience que nous vivons, dans la beauté de l'architecture, dans ce que nous rencontrons entre nous, nous avons à mendier quelque chose de Dieu, et comment Dieu se dit. Nous oublions un men­diant qui se cache peut-être parmi nous, qui est beau­coup plus discret, qui est Dieu Lui-même qui vient mendier notre amour.

Frères et sœurs, peut-être que le pèlerinage fera qu'à la place de mendier toujours l'amour de Dieu, nous aurions à donner de l'amour à Dieu. Nous nous appelons chrétiens. Or, le chrétien, c'est celui qui a le visage du Christ, de celui qui est "oint", et nous aurions à renverser les rôles vis-à-vis de Dieu et à découvrir que nous n'avons pas toujours à attendre tant de choses de Dieu, mais nous avons simplement à devenir chrétiens, nous avons à nous diviniser, nous avons à grandir, à aller verts Dieu quand nous accep­terons de lâcher toutes nos questions, comme Dalila, comme le jeune homme riche, afin de dire comme Dieu : "M'aimes-tu ?" et de rendre à Dieu tout cet amour qu'il a pour nous.

 

 

AMEN