LA MISÉRICORDE
Célébration à l'église Sainte Marie du Trastevere
1 P 2, 1-10 ; Mt 14, 13-21
(20 juillet 2001)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, je vous propose de placer ce matin cette célébration sous le signe de la miséricorde. En effet, nous sommes ici dans cette magnifique basilique, sous cette mosaïque où nous voyons que le Christ non seulement met sa main sur l'épaule de sa Mère et lui dit : "Viens toi que j'ai choisie, que je te place sur mon trône", c'est ce qui est écrit sur le livre qu'Il tient dans la main. Le parchemin que la Vierge tient contient sa réponse : "Il a mis sa main sur moi et sa main gauche m'étreint". C'est donc la Vierge de la tendresse et d'abord de la tendresse de son Fils pour elle, qui rejaillit ensuite sur nous. Miséricorde encore, parce que comme je le disais tout à l'heure, ce sanctuaire a été fondé par le pape saint Callixte au tout début du troisième siècle. Le pape saint Callixte lui-même natif du Trastevere, le quartier dans lequel nous nous trouvons, et qui était déjà le quartier populaire et pauvre de Rome, le pape saint Calixte qui était lui-même esclave avant d'être libéré et de devenir diacre et puis enfin pape, le pape saint Calixte qui est mort martyr au cours d'une émeute dans ce même quartier du Trastevere, ce pape est le premier à avoir ouvert plus largement la miséricorde du sacrement de pénitence à beaucoup de pécheurs apostats ou adultères, ce qui lui valut d'ailleurs des attaques violentes des biens-pensants de Rome dès cette époque. Miséricorde encore, puisque nous venons d'entendre dans l'évangile, que "Jésus voyant la foule fut pris de miséricorde et qu'Il guérit leurs malades", et le soir venu, qu'Il multiplie les pains pour venir en aide à ceux qui ont faim, nous présentant ainsi l'Eucharistie comme l'expression même de la tendresse de Dieu à l'égard de son peuple.
Et puis, il y a aussi cette prédication de saint Pierre dans sa première lettre, où il dit que "nous sommes à l'image du Christ, pierres vivantes, un édifice de pierres vivantes, car nous n'étions pas son peuple et nous sommes maintenant le peuple de Dieu", car, en reprenant les termes du prophète Osée, "il ne nous avait pas été fait miséricorde et maintenant la miséricorde nous est donnée".
C'est donc tout à la fois une Eglise de miséricorde, l'Église de la tendresse, de la pitié, du pardon de Dieu que nous sommes, nous, le peuple de Dieu, l'Église de miséricorde qui est symbolisée et comme en quelque sorte rassemblée, ramassée dans ce visage de Marie, figure de l'Église qui est elle-même l'objet de la gratuite miséricorde de Dieu, de la gratuite tendresse de son Fils. Marie de miséricorde, symbole d'une Église de miséricorde qui s'unifie et se signifie par une Eucharistie de miséricorde.
Frères et sœurs, nous sommes là non pas parce que nous y aurions droit, non pas parce que nos mérites nous permettraient de nous approcher de Dieu comme si nous étions meilleurs que les autres, nous sommes là uniquement parce que nous sommes l'objet de la miséricorde gratuite de Dieu. Il n'y a en nous rien de plus que dans nos frères les hommes, nous sommes des hommes comme les autres, des hommes pécheurs, des hommes pauvres, mais nous avons cru que cette pauvreté pouvait devenir richesse à cause de l'infinie tendresse de Dieu à notre égard. Le but de l'Église, le but de la vie chrétienne c'est d'annoncer à nos frères qui ne le savent pas encore, qu'eux aussi sont l'objet de la miséricorde de Dieu, que s'ils le veulent, eux aussi qui ne sont ni meilleurs ni pires que nous, qu'eux aussi qui sont pauvres et pécheurs comme nous, peuvent être l'objet de la miséricorde et de la tendresse infinie de Dieu, pour devenir son peuple, pour devenir son Epouse, pour devenir à l'image de la Vierge Marie ceux sur l'épaule de qui se pose la main du Christ pour nous étreindre.
Frères et sœurs que cette deuxième journée de notre pèlerinage soit placée sous le signe de la Vierge Marie, de l'Église et de l'infinie tendresse de Dieu.
AMEN