LA GLOIRE QUI RAYONNE PAR LE SANG DU CHRIST
Curgy-Office des Vigiles
(2 août 1998)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Curgy : Le Christ en Gloire
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e voudrais simplement faire un rapprochement très rapide entre le texte de saint Grégoire de Nysse que nous avons lu ce soir et cette fresque romane que nous avons sous les yeux et dont il est peut-être le plus beau commentaire. Qu'est-ce qu'a voulu dire saint Grégoire de Nysse ? Il a voulu dire que le salut vient de Dieu, mais par la vie humaine. C'est l'originalité la plus décisive, la plus caractéristique du christianisme. Quand le Christ s'est incarné, qu'il a vécu la vie humaine, qu'il est mort, et qu'il est ressuscité, il a fondé en lui la nouvelle création, et comme dit Grégoire de Nysse, nous la devons à un homme, à son humanité. Tout le dynamisme qui régénère, qui rajeunit, la vieille création qui était en train de mourir, c'est l'humanité de Jésus-Christ.
Et à mon avis, c'est la raison pour laquelle, cette fresque est peinte dans les tons ocre, en rouge, elle est couleur de sang. Elle est couleur du sang de la vie humaine, elle est couleur du sang du Christ.
Je crois que les fresquistes de cette époque ne se sont pas simplement cantonnés dans ces tons-là parce qu'ils avaient seulement l'ocre sous la main, un des coloris les plus employés de l'époque, mais parce que en même temps ils y voyaient une symbolique du sang que peut-être ils ajoutaient sur les sculptures romanes que nous avons vues, mais qui aujourd'hui sont toutes décapées et n'ont plus de polychromie. Ils y mettaient, toute la valeur symbolique de ce que déjà les premiers versets de la Bible donnaient à la terre, Adam, qui donne son nom à Adam, celui qui a la couleur de la terre, du rouge couleur du sang : Adam, le terreux.
C'est pourquoi le vêtement de gloire du Christ, même s'il peut aussi être assimilé à la pourpre, ce vêtement pourpre faisait lui aussi penser aux Anciens, à cette caractéristique de l'humanité : vivre par la vie qui coule dans les veines, la vie du sang.
Ce que nous voyons ce soir, c'est donc ce mystère d'une vie, une vie qui est à la fois céleste, divine, elle est moulée dans une coupole, qui rappelle la présence du ciel sur la terre, mais en même temps, c'est une vie de chair et de sang. Et ces hommes-là croyaient vraiment que notre monde tout entier avait été régénéré par l'humanité, par le sang, par la chair d'un homme.
Pendant ce pèlerinage en Bourgogne, si nous avons mis nos pas dans les pas de tous ceux qui d'une manière ou d'une autre par la sculpture, par l'architecture, par la peinture, ont voulu évoquer le mystère du Christ, c'est pour retrouver au cœur même de notre humanité, cette humanité christique de chair et de sang que Dieu a prise pour nous renouveler et pour nous régénérer.
Vous l'avez remarqué, à la fin, Grégoire de Nysse dit ceci : "Le médiateur entre Dieu est les hommes, ouvrant le cortège de toute la nature humaine, donc de tous les hommes, envoie à ses frères ce message et leur dit : par les prémices, par l'humanité que j'ai assumée, je ramène à notre Dieu et Père en moi, tout l'humain".
Le Christ rassemble vraiment. C'est le geste du rassemblement c'est la mandorle, cette plénitude de forme dans laquelle toutes choses sont rassemblées.
En même temps, on dirait que la présence de cette chair du Christ ressuscité se diffuse à travers les quatre évangélistes qui portent la Parole de Dieu, dans les quatre directions du monde.
Ainsi cette chair, loin d'être retirée du monde, cette chair ressuscitée, loin d'être absente du monde, irradie au contraire aujourd'hui encore par l'évangile qui nous est annoncé et ainsi, s'enracine dans les générations des croyants, la présence infinie de son amour et de son salut.
Les hommes qui ont fait cette église étaient des générations de croyants ; nous sommes nous aussi aujourd'hui une de ces générations de croyants : il faut donc que nous sachions à leur exemple, nous enraciner dans le sang et dans la chair du Christ.
AMEN