L’AMEN DE NOS EUCHARISTIES QUOTIDIENNES

1 Tm 2, 1-14 ; Lc 21, 12-19

(2 juin 1994)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

a plupart d'entre vous viennent quotidienne­ment à la messe, la plupart d'entre vous com­munient chaque jour au mystère de l'eucha­ristie. Le prêtre vous présente le pain consacré, le corps du Christ et vous répondez : Amen ! avant de recevoir l'eucharistie. Cet Amen signifie l'accord de votre foi, le consentement de votre foi C'est une pro­clamation de la vérité du corps du Christ que non seulement vous voulez faire vôtre cette vérité au plan croyance, mais que vous désirez que cette vérité devienne votre vérité. Or l'eucharistie c'est cette offrande que le Christ Jésus a faite de notre chair, saisie dans sa divinité, saisie dans la force de l'Esprit et qu'Il nous rend dans l'offrande pascale, notre chair devenue sa chair, purifiée, vivifiée, vivifiante. Et chaque jour, que vous le sachiez ou pas, que vous soyez éveillés ou endormis, comme dit le psaume, cette chair du Christ vous transforme, vous transfigure, tisse en vous, au plus profond de votre être, ces fibres, cette trame nouvelle de l'homme nouveau. Cet homme nouveau n'est pas vous renouveler à partir de vous-même, mais c'est le Christ Lui-même qui vous renouvelle à sa ressemblance, à son image.

Nous ne sommes pas capables de mesurer cette œuvre de l'eucharistie en nous. Nous la décou­vrirons, je pense, au-delà de cette terre, dans la lu­mière de Dieu, et ce sera probablement un de nos émerveillements que de découvrir ce que cette eucha­ristie aura lentement, voire difficilement, fait grandir en nous et aussi chez les autres, pourquoi pas ? Ainsi notre vie va de Amen ! en Amen ! Mais cet Amen, ce n'est pas nous qui aurons pour la dernière fois à le prononcer. Nous n'aurons pas le mot de la fin.

Et c'est ce que les martyrs peuvent nous livrer aujourd'hui, que ce soit ces martyrs lyonnais qui sont les prémices de la foi catholique dans notre pays, que ce soit tous les autres martyrs que nous célébrons tout au long de l'année liturgique. Car qu'est-ce qu'un martyr ? C'est celui qui a consenti, non pas choisi les circonstances de son martyre, mais qui a consenti, dans les circonstances d'une persécution à offrir leur corps, leur chair au Christ, à Dieu, dans une offrande qui ressemble, même physiquement, à la sienne puis­qu'ils ont été martyrisés, persécutés et violemment tués. Il y a donc entre les martyrs et le Christ une res­semblance physique, non seulement dans les circons­tances mais dans la mort. Ils ont donné non seulement leur vie, mais ils ont donné leur chair, dans la façon même où le Christ a donné la sienne.

Or lorsqu'ils sont arrivés au paradis, ces mar­tyrs, dans l'offrande de leur corps, de leur chair elle-même quotidiennement nourrie par l'eucharistie de la chair du Christ, quelqu'un les a présentés au Père. Non plus un ministre de l'Église qui a dit : "Le corps du Christ !" et chacun a répondu "Amen !" mais le Christ Lui-même les a présentés au Père, en disant au Père : "C'est mon corps !" Ils sont mon corps. C'est le corps du Christ que Je te présente parce qu'ils sont devenus l'offrande même que Moi J'ai accomplie. Ils le sont devenus, ils y ont consenti dans l'offrande de leur vie de martyr. Lorsque le Christ présente les martyrs au Père au terme de leur vie, il dit au Père : "C'est ma chair, c'est mon sang !" C'est la chair et le corps du Christ qu'ils sont devenus eux-mêmes par cette ressemblance unique qu'ils ont acquise dans leur martyre. Et ce n'est pas eux qui disent Amen, c'est le Père. Et le Père dit : Oui, c'est vrai. Oui, je reconnais que c'est le corps du Christ, Je reconnais qu'ils sont la chair du Christ. Et c'est le Père qui dit cet Amen qui devient éternel et qui les accueille définitivement dans l'Église de l'éternité. C'est le Père qui aura le dernier mot de notre vie. C'est le Père qui aura le dernier mot de l'eucharistie du Christ et de l'eucharistie de notre vie. Et les martyrs nous apprennent que, quelles que soient les circonstances de notre mort et de notre vie, nous avons à offrir ce que nous sommes, à l'image du Christ pour que nous soyons à sa ressemblance le plus possible, au moment de notre propre offrande éter­nelle, dans notre mort. Car s'il y a une chose à offrir ce n'est pas simplement ce que nous sommes, mais ce sera notre mort, pour qu'elle soit pas simplement l'ef­fet de circonstances, de maladie, de vieillesse ou d'ac­cident, à la limite, peu importe, au niveau où je parle maintenant, mais que dans ces circonstances-là le Christ puisse dire de chacun de nous : c'est mon corps, c'est ma chair. Et le Père dira : Amen, et cet Amen nous fera entrer dans la vie éternelle et nous en vivrons éternellement de cette vérité. Car nous serons devenus le corps du Christ, l'Église du Christ.

L'eucharistie ce n'est pas simplement une ha­bitude quotidienne, ce n'est pas simplement une dé­votion quotidienne ou dominicale. C'est vraiment notre participation éternelle au corps du Christ, corps ressuscité du Christ qui s'accomplit, qui se com­mence, qui nous fait devenir réellement le corps du Christ jusqu'au jour où, au terme de ces multiples Amen que nous aurons prononcés dans l'adhésion à l'eucharistie, le Père prononce l'Amen éternel lorsque, à l'offrande de notre vie, le Prêtre éternel offrira ce que nous sommes, avec son sacrifice, au Père, et le Père dira : Amen ! En vérité, oui, Je reconnais qu'en eux c'est le corps du Christ qui est donné, c'est la chair du Christ qui est vivifiée et c'est la chair du Christ qui meurt et ressuscite.

Que les martyrs nous apprennent ou réap­prennent cette offrande quotidienne de notre vie qui ne sera achevée que lorsque le Christ, dans les cir­constances de notre mort, ressaisira tous les éléments de cette offrande, les portera à sa perfection c'est-à-dire être le corps du Christ, Lui-même offrant cela au Père et nous vivrons de cet Amen éternellement.

 

 

AMEN