LE CLERGÉ DIOCÉSAIN

I S 18, 6-16 ; Mc 6, 14-29

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

omme vous le savez, les prêtres d'un diocèse se réunissent très régulièrement autour de leur archevêque selon deux occasions. D'abord la plus importante, les grandes célébrations qu'il préside lui-même dans sa cathédrale, et tout spécialement les ordinations diaconales ou sacerdotales et la messe du Jeudi-Saint. Les prêtres se réunissent aussi avec lui pour des rencontres de loisir, de détente, comme cela a eu lieu en Camargue en septembre où nous étions plus de 120 prêtres du diocèse, réunion de fraternité, de joie, d'échanges. Il y a aussi des réunions de travail qui, à vrai dire, dam notre diocèse ne sont pas très nombreuses ni très fatigantes par rapport à d'autres diocèses. Il est vrai qu'en Provence si l'on n'est pas toujours très laborieux, on est parfois plus astucieux que d'autres et l'on se passe de réunions. Demain, dans la suite du Synode, le clergé d'Aix nous aurons une matin ce de travail avec notre archevêque et nous prendrons avec lui le repas. A cette occasion-là, je voudrais vous dire deux ou trois mots sur le clergé diocésain d'Aix-en-Provence pour vous inciter non seulement à continuer à prier pour lui, mais à avoir sur ce clergé diocésain une idée un peu plus juste que celle que vous pouvez faire vous-même en lisant les journaux locaux ou nationaux.

Dans le diocèse d'Aix, il y a deux cents et dix prêtres pour une population de plus de huit cent mille habitants. Je connais un diocèse, en France, ou il y a six cents prêtres pour une population trois fois moins nombreuse. Mais ce n'est pas malheureux pour autant. Une vingtaine de ces deux cents et dix prêtres sont à la retraite et une dizaine travaillent hors du diocèse, dans d'autres diocèses français et quelques-uns en Afrique ou en Amérique latine, en mission. Ce qui fait qu'en activité, nous sommes cent quatre-vingt prêtres pour huit cent mille habitants. La moyenne d'âge du clergé de notre diocèse est soixante deux ans ce qui veut dire que dans dix ans, ce n'est rien dix ans, cent vingt prêtres de notre diocèse auront quitté leur ministère, car ils auront dépassé l'âge de soixante quinze ans, âge auquel ils sont invités à prendre une charge beaucoup moins importante et en tout cas pas de charge de responsabilité importante. Cela veut dire que, dans dix ans, si l'on regarde simplement les chif­fres, il restera dans notre diocèse soixante prêtres qui entre temps seront un peu plus âgés qu'aujourd'hui, pour une population qui va augmenter très rapide­ment, ne serait-ce qu'à Aix, puisque dans dix ans, le chantier Sextius-Mirabeau sera totalement achevé et il doit s'y installer de cinq à dix mille personnes sup­plémentaires.

Vous allez me dire : c'est une lecture pure­ment sociologique, nous on a la foi et l'on croit que Dieu pourvoira. Vous avez bien raison et je le crois aussi, mais cela n'empêche pas d'être réaliste, bien au contraire, cela permet de voir la réalité avec plus de lucidité. Certains s'en réjouissent en disant : moins il y aura de prêtres, plus cela obligera les gens à prendre leurs responsabilités. Ceci est vrai, bien que l'argu­ment soit faux parce que les gens doivent prendre leurs responsabilités quel que soit le nombre de prê­tres. Vous n'êtes pas chargés de faire ce que nous ne pouvons plus faire, vous êtes chargés de faire ce que vous devez faire en tant que baptisés, en tant que confirmés, en tant que membres actifs de la vie apos­tolique de l'Église dont vous êtes membre à part en­tière. Et puis il y a les gens qui sont extrêmement inquiets se disant : comment on va faire, si pour un million d'habitants il y a soixante ou quatre-vingt prêtres. Il en arrivera peut-être par le grand séminaire, mais attention, il n'en arrivera jamais assez pour com­bler le vide. Cette année, il n'y aura aucune ordination de prêtre dans notre diocèse.

Tout ceci me ramène à deux réflexions. Il ne faut pas penser que Dieu soit chiche de ses ministres et de ses prêtres. Avant la Révolution française, il y avait en France plus de cent mille prêtres pour une population moitié moindre. Est-ce que cela veut dire qu'il faut revenir à cet équilibre ? Non ! car chaque époque de chrétienté vit avec la grâce que Dieu lui donne. Nous ne sommes pas chargés de répéter le passé, nous n'avons pas à être nostalgiques du passé. Nous sommes chargés de vivre, ensemble, notre vo­cation en Église, avec ce que nous sommes. Et s'il y a moins de prêtres, on n'en fait pas des gorges chaudes, soit pour se lamenter, soit pour se réjouir. Simple­ment, tant pour les prêtres que pour les fidèles, ceci nous rappelle à la nécessité de vivre en ce moment toutes les dimensions de notre baptême. Et la dimen­sion de notre baptême ne peut jamais se réduire à une vie chrétienne d'ordre privé Baptisés et confirmés, nous prenons ensemble la totalité de la mission de l'Église.

La deuxième réflexion c'est que les prêtres ne tombent pas du ciel, ne naissent pas dans les fleurs de lis, pas plus que les enfants dans les choux. C'est un fruit d'une fécondité, de même que les enfants d'une famille sont le fruit d'une fécondité. Et ceux qui doi­vent engendrer des prêtres, ce sont les communautés chrétiennes. Cela ne se fera pas autre part. Beaucoup disent : "Mais que fait l'évêque ?" Mais que voulez-vous que l'évêque fasse si les communautés chrétien­nes n'engendrent pas des prêtres ? Je sais bien, avec la semence spirituelle de la grâce de Dieu, mais cette semence n'est pas semée à tous vents. Elle est semée dans la chair vivante d'une communauté chrétienne qui est mère et qui doit engendrer des enfants et qui doit engendrer ceux qui l'engendreront dans la vie spirituelle.

Alors je pose simplement cette question, à propos de ces chiffres : "Est-ce que notre communauté chrétienne engendre des filles pour la vie religieuse, engendre des garçons, que Dieu appelle certes dans leur cœur, mais il leur faut une matrice pour grandir". Il leur faut une vie où puiser leur énergie spirituelle pour nourrir cette vocation. Est-ce que notre communauté chrétienne est suffisamment jeune ou vieille, fertile ou ridée pour ne pas engendrer en son sein, dans son cœur et dans le cœur de l'Église, ceux que Dieu a choisis, que Lui-même peut amener à maturité, mais qu'Il ne peut pas amener à maturité sans la matrice spirituelle, sans le témoignage et la prière de la communauté chrétienne. Car je ne vois pas pourquoi Dieu aurait plusieurs façons de faire naître, de faire vivre, de faire grandir et de cueillir les fruits.

Alors je vous invite à prier. A prier pour ceux que le Christ a choisis, malgré eux. Eux-mêmes par­fois, dans le secret de leur cœur, se demandent bien pourquoi ce choix est tombé sur eux et pas sur un autre qui pourrait être bien meilleur. Mais cela c'est le secret de Dieu et nous y verrons plus clair dans la lumière éternelle, vous et moi. Il faut donc prier pour ceux que Dieu vous a donnés, mais aussi prier pour que notre communauté chrétienne en engendre d'au­tres. Et pas forcément pour nous-mêmes mais pour l'Église diocésaine et pour l'Église universelle. Car nous ne sommes pas une communauté chrétienne en autarcie. Il faut aussi être disposés à ce que les prêtres que vous avez, proportionnellement très nombreux par rapport à d'autres paroisses, tout en donnant le meilleur d'eux-mêmes pour vous, soient aussi deman­dés par l'évêque pour donner une part de ce qu'ils sont à l'extérieur de cette paroisse. Et ceci n'ira pas en di­minuant mais plutôt en augmentant. Il faut le considé­rer non pas comme un retrait, non pas même comme un partage mais comme un don. Que notre prière, ainsi, alimente non seulement notre foi en l'Église mais aussi une façon juste de considérer tout cela dans la foi, dans la vie baptismale et dans l'exigence que Dieu attend de nous.

 

 

AMEN