ICÔNE DE LA RESURRECTION DU CHRIST, ICÔNE DE LA RÉSURRECTION DE LAZARE
(20 juin 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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ous allons ce soir, faire un sermon audio-visuel. Je suis allé rechercher l'icône de la Résurrection du Christ parce qu'en chantant le cantique j'ai eu quelques distractions au sujet de celle de la résurrection de Lazare. On lit l'évangile de la résurrection de Lazare pour son aspect catéchuménal, car c'est l'existence baptismale qui est ainsi figurée. Or pour figurer cette existence baptismale, les deux icônes, celle de la descente du Christ aux enfers et celle de la résurrection de Lazare, ont une structure analogue mais avec cependant quelques différences.
Commençons par les structures analogues. Il y a, de part et d'autre, et ce n'est pas simplement pour des motifs de composition esthétique, deux montagnes qui figurent deux espaces. Et le Christ est entre les deux, plus bas. Entre les deux montagnes de la Résurrection du Christ, vous voyez deux anges. Ce sont les anges qui, comme le dit l'épître de saint Pierre "se penchent avec convoitise sur le mystère", sur le mystère de la Résurrection qui s'accomplit pour l'humanité. Mais en même temps, ce sont les Anges qui figurent "l'Église céleste". Entre les deux montagnes de la résurrection de Lazare, vous avez le Christ à peu près en position centrale et au fond, un rempart : c'est Jérusalem puisque nous sommes à Béthanie et dans la montée du Christ à Jérusalem. Autrement dit, nous avons deux espaces séparés par une ville, une muraille, la Jérusalem de la terre vers laquelle monte le Christ où la Jérusalem céleste symbolisée par la présence des Anges qui tiennent en leurs mains les instruments de la Passion.
Si l'on regarde les personnages, il y a le Christ, mais sur l'une Il est distant, enveloppé dans son nimbe de vie et de Gloire, au milieu des enfers, tandis que dans celle de la résurrection de Lazare, I1 est extrêmement proche et on dirait que l'humanité des personnages viennent comme oppresser le Christ. Par ailleurs Il n'a pas le même costume. Dans l'icône de sa Résurrection, Il est vêtu de la blancheur de la Gloire et de la Transfiguration de sa Résurrection. Dans l'icône de Lazare, Il est vêtu du vert sombre de son humanité.
Mais ce qui est le plus intéressant c'est la manière même dont sont concentrés les personnages qui est extrêmement suggestive. Dans les deux cas il s'agit de sortir quelqu'un du tombeau. Pour la descente aux enfers, c'est Adam et Ève qui sont tous les deux dans des tombeaux et au milieu, le Christ dans son nimbe de Gloire, en train de fouler aux pieds les puissances du mal, les portes de l'enfer symbolisées sous forme de croix. "Par sa mort, Il a vaincu la mort !" Dans la résurrection de Lazare, il n'y a pas de tombeaux des deux côtés ni les instruments de la croix. Il y a bien un lieu de mort, un lieu souterrain, une énorme caverne dans laquelle Lazare était enterré, et de l'autre côté les apôtres, à la suite du Christ, mais au-dehors. On aurait pu s'attendre à ce que l'iconographe ne mette que Lazare seul dans l'espace souterrain, dans l'espace de la terre, dans l'espace de l'enfouissement de la mort. Mais pas du tout : il y met Lazare avec les Juifs en train de se tenir le mouchoir et de se pincer le nez parce que "cela fait déjà quatre jours et qu'il sent". Par conséquent il s'agit d'une figuration de la mort dans laquelle il n'y a pas seulement Lazare mais aussi les Juifs parce qu'ils ne croient pas et qu'ils sont venus chez Lazare pour faire des condoléances et pour sceller définitivement la mort de l'ami de Jésus et en prendre bonne note. Le Christ tend la main vers ce "royaume de la mort" et tient dans son autre main le rouleau scellé, le Livre de Vie parce que, précisément, "Il est la Résurrection et la Vie."
Or, et c'est là que je veux en venir, qu'est-ce qui fait le passage entre les deux groupes de personnages ? Ce n'est pas exactement le Christ. Ce sont les deux femmes qui sont prosternées aux pieds de Jésus si bien qu'il faut lire l'icône non pas à la hauteur médiane des visages, mais en U, commençant, à droite, par ce personnage tout blanc de Lazare dans son linceul de mort, descendant à travers celui qui est en train de soulever la pierre tombale, passant par les femmes et remontant vers le Christ dans son geste de bénédiction avec les disciples qui Le suivent. Il me semble que ces deux femmes sont la figure de l'Église : "Seigneur, si Tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort !"- "Ne t'ai-je pas dit que si tu crois tu verras la Gloire de Dieu ?" A droite, nous avons Israël, Lazare et les Juifs, qui ne connaissent pas encore la plénitude de la Nouvelle Alliance. Au centre, c'est la figure féminine de l'Église, celle qui adhère au Christ et qui manifeste, même si c'est seulement à l'état embryonnaire, la foi en la puissance de la Résurrection.
Et c'est dans l'intercession de l'Église, par la prière de l'Église, que Lazare est ressuscité. Alors que dans la descente aux enfers, le Christ est seul pour ressusciter Adam et Ève, il n'y a pas à proprement parler d'intercesseur. Le Christ est là qui tend la main à Adam et tous les autres personnages sont dans la mort. Et le Christ, "absorbe" les morts des deux côtés pour les élever dans son triomphe comme le dira saint Paul dans sas lettre aux Ephésiens dans le chapitre quatrième.
Dans la résurrection de Lazare, il y a les personnages qui sont dans la mort, l'intercession de l'Église, la figure féminine qui prie Jésus, "Celui qui est la Résurrection et la Vie" pour intégrer cet Israël ancien à cet Israël nouveau qui est constitué derrière le Christ en la personne des douze apôtres. On a donc une grande fresque à travers cette icône : Israël appelé à sortir de la mort par l'intercession de l'Église les deux femmes prosternées aux pieds du Christ et le Christ Lui-même qui, sur la prière de l'Église, va ressusciter Lazare.
Nous avons lu tout à l'heure l'histoire de la veuve de Shunem. Le prophète n'entre en action que sur la prière et la supplication de la veuve qui demande silencieusement que son fils soit guéri, "réveillé". Et vous avez remarqué ce comportement très étrange de la veuve qui veut que personne ne l'interrompe dans son chemin ou quand son mari et ses serviteurs lui demandent ce qu'elle va faire. Elle ne répond rien.
C'est la hâte de l'Église de voir un jour la puissance de la Résurrection surgir de Celui-là seul qui peut vaincre la mort. La veuve de Shunem est exactement comparable à ces deux femmes prosternées devant Jésus. Elle sait que seul le prophète, parce qu'il est "homme de Dieu parce qu'il est "homme de vie" peut ressusciter son fils.
Vous comprenez maintenant quel est le sens de la démarche catéchuménale et le sens de notre prière de demain. Nous serons nous, comme Marthe et Marie, aux pieds du Christ, et nous intercéderons, nous supplierons pour les catéchumènes qui sont dans la même situation que Lazare car ils ne connaissent pas encore le "royaume de la Vie", afin que, par la puissance du Christ, par l'intercession de l'Église, ils entrent avec les apôtres et tous les disciples de Jésus, par la montée à Jérusalem, vers la Jérusalem céleste, le lieu de la manifestation de la Gloire plénière de la Résurrection.
AMEN