D'OR OU D'ARGILE ?
Lm 3, 49-57 ; Mt 23, 33-39
(24 septembre 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Olympie : poterie d'argile
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rères et sœurs, simplement un petit point de méditation sur ce passage des Lamentations que nous avons entendu tout à l'heure. Devant le constat du désastre, le chantre du malheur de Jérusalem prend une image qui aujourd'hui nous paraît peut-être un peu banale mais qui à l'époque était tout à fait significative. Il dit : "Quoi, il s'est terni, il s'est altéré l'or si fin, les fils de Sin, précieux autant que l'or fin, ils sont comptés pur des vases d'argile ?"
Dans le monde antique, la vaisselle connaît des degrés très précis d'utilisation. Au sommet c'est évidemment la vaisselle d'or. Comme vous le savez, il y a toute une tradition qu'on repère à travers un certain nombre de livres de la Bible pour insister sur le côté précieux des vases, des coupes, qui servaient à faire les libations dans le Temple. Le vase d'or, le vase précieux, c'est le vase qui est à l'usage de Dieu symboliquement, c'est le vase dans lequel Dieu boit puisque la libation que l'on verse est offerte à Dieu. Dans cette échelle de valeur, le vase d'or, et plus encore de l'or fin, c'est-à-dire un or qui a été purifié au creuset, et ensuite martelé et gardé avec toute sa pureté d'origine, c'est le sommet de la vaisselle dans la collection des ustensiles de cuisine. En bas de gamme, il y a le vase d'argile. Ce vase d'argile, c'est ce qui est fabriqué couramment, c'est ce qu'on achète chez le potier pour quatre sous, c'est ce qui se brise, ce qui se fait à la chaîne, ce qui s'utilise tous les jours, c'est de la vaisselle de Monoprix.
Il y a donc une hiérarchie entre le vase d'or et le vase qui sert d'ustensile et qui n'a aucune portée symbolique dans la vie courante, c'est simplement l'image de la fragilité, de la précarité, et finalement, le vase d'argile ne vaut que tant qu'il sert et puis c'est fini. Or, c'est à travers cette image que les Lamentations nous expliquent la déchéance du peuple d'Israël : il est passé de vase d'or à vase d'argile. Là où il était la coupe de Dieu, Là où Dieu prenait ses délices en buvant le vin de la joie de son peuple, là où Dieu à travers le culte et les célébrations, dégustait la joie de vivre au milieu de son peuple, tout à coup, ce peuple est devenu un vase d'usage courant sans intérêt. Pour le prophète qui écrit ce petit texte, c'est le symbole même de la déchéance : au lieu d'être à l'usage de Dieu, ce pauvre peuple est devenu simplement l'instrument des visées politiques des Assyriens qui ont dévasté la ville.
D'une part cela montre que la conscience du peuple élu, d'un peuple qui appartient à Dieu touche à quelque chose de très profond. A travers cette image, le peuple d'Israël, de Jérusalem, est la coupe de Dieu, la coupe dans laquelle est offert à Dieu le sacrifice véritable d l'univers entier. Quand il est déchu à cause de son péché, de son infidélité, à ce moment-là, il rentre dans le bas de gamme de l'utilisation de tous les jours, dans la quotidienneté, et surtout, il est mis à l'usage des Assyriens, de l'envahisseur. C'est pour cela qu'il est là comme une sorte de cruche brisée qui est à la disposition du roi de Babylone.
Frères et sœurs, c'est un peu pour nous, ne question. Nous pouvons être les coupes d'or, mais nous pouvons aussi à cause de notre péché, à cause de notre malice, devenir simplement des vases de terre cuite de fabrication ordinaire, nous déconsidérer par notre péché, notre infidélité, et par notre oubli de Dieu. C'est cela notre question : est-ce que nous voulons être des vases d'or ou au contraire est-ce que nous nous contentons simplement d'être de la vaisselle la plus ordinaire et la pus courante ?
AMEN