DANS LE SILENCE ATTENDRE ET ESPÉRER
Lm 3, 25-33 ; Mt 23, 13-32
(22 septembre 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le silence du Sinaï
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I |
l est bon d'attendre en silence le salut du Seigneur". Frères et sœurs, je crois que ce petit verset tiré des Lamentations est peut-être plus riche d'enseignement spirituel que les malédictions sur les pharisiens, et il nous ramène à un certain nombre de données essentielles de notre vie de prière. C'est un texte qui a été souvent cité par les auteurs spirituels : "Il est bon d'attendre en silence le salut du Seigneur".
Vous connaissez le contexte, ce sont les Lamentations, le chant de deuil sur Jérusalem qui est dévastée et détruite, et le prophète s'assimilant plus ou moins à la population qui est restée, les survivants, le prophète reconnaît qu'actuellement, il n'y a plus rien. Il n'y a plus humainement d'espérance, la plupart de la population a été déportée, la ville a été rasée et détruite. C'est ce spectacle de désolation, à la fois le lieu même de la sainteté, de la manifestation de Dieu qui est détruit, ravagé, et d'autre part, le prophète qui présente la population comme en silence, en attente, en espérant qu'il se passe quelque chose.
Cela a une grande importance du point de vue de la prière. Vous le savez, quand on parle de la prière silencieuse, de l'oraison, de ces moments de contemplation, le maître mot, c'est la présence. Souvent, on se dit : je ne sais pas prier en silence, il ne se passe rien, je ne ressens rien. Or, précisément, ce verset nous remet dans la perspective qui convient. Le problème de la prière silencieuse, de la prière contemplative, ce n'est pas la présence, parce que nous n'y sommes pas encore dans la présence et la vision directe du mystère de Dieu, mais c'est attendre en silence.
Cette prière a deux caractéristiques, d'une part, elle n'utilise pas tellement les ressources du langage. Certains ont dit au-delà, mais cela peut-être aussi en-deça du langage, car c'est le moment où on est là, et il y a un autre verset dans un psaume qui le dit : "J'étais abattu comme une bête devant toi". La prière silencieuse peut avoir ce côté ruminant et bovin, qui consiste à être simplement là sans pour autant pouvoir percevoir, distinguer, analyser, contempler la réalité du mystère de Dieu.
Et la deuxième chose, c'est l'attente. S'il y a un aspect qui est très important dans la prière silencieuse, c'est la dimension de l'espérance. Quand on prie en silence, ce n'est pas simplement la jouissance personnelle de la présence de Dieu, on est plutôt frustré sur ce chapitre-là, mais c'est le fait qu'en attente, en espérance on est là, en présence de Dieu, mais une présence finalement qui se manifeste surtout par un creux, un manque, une absence.
Dans la prière silencieuse, il y a toute cette dimension spirituelle du désir, de ce qui attend, de ce qui se tourne vers, de ce qui n'est pas encore en présence de ce qu'il cherche et qui simplement sait qu'il doit le recevoir. Ainsi, que notre prière nous aide à retrouver cette attitude fondamentale de tout chrétien qui est l'espérance et l'attente de la venue du salut de Dieu.
AMEN