LE SACRIFICE D'ISAAC

Gn 22, 1-19

Vigiles du dimanche des Rameaux – C

(12 avril 1992)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

e propose très brièvement une image qui nous permet d'entrer dans le mystère de la Passion du Fils. Cette image je la retire du texte du sacrifice d'Isaac, où nous avons entendu le Père, Abraham et son fils, monter tous deux vers la montagne du sacri­fice. Dans la Passion de Fils, le Père n'est pas absent. Il est avec son Fils Celui qui monte sur le Golgotha. Entendons dans ce texte ce dialogue intime entre le Père et le Fils, et qu'il nous serve de prologue au mystère de la mort du Fils pour les hommes.

Dieu dit : Je prends mon Fils, mon fils uni­que, Celui que Je chéris et je vais l'offrir en holo­causte sur une montagne. Le Père et le Fils partirent tous deux. Ils laissèrent les serviteurs et montèrent sur une haute montagne : "Demeurez ici avec l'âne ! Moi et l'enfant, nous irons jusque là-bas, nous adorerons et nous reviendrons vers vous". le Père et le Fils, qui sont un, qui sont tirés l'un de l'autre, le Fils étant ce premier fruit de la source d'amour qu'est le Père, montent ensemble vers le sacrifice, afin de revenir vers nous, pour nous chercher et nous emmener vers la vie.

Abraham, ici c'est le Père, prend le bois de l'holocauste, le bois de la croix, et le charge Lui-même sur son fils Isaac, sur le fils chéri. Et tous deux ensemble, ils montent. Abraham dit : "Mon fils !" et Isaac répondit : "Mon père !" Nous avons là, dans un texte très ancien, comme écrit en filigrane, le mystère profond de la présence du Père dans celle du Fils. Ils iront si loin tous les deux qu'à un moment, dans la Passion, le Fils dira : "Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pour­quoi M'as-Tu abandonné ?" Ils iront si loin tous deux pour nous aimer et pour nous sauver qu'on entendra, du fond de la Trinité, monter ce cri incroyable où le Fils se croit perdu, Il croit que le Père l'a abandonné.

Frères et sœurs, par ces simples images, ren­trons avec délicatesse, dans ce mystère qui n'est pas simplement le mystère d'un homme qui s'est porté volontaire pour mourir pour nous, mais le mystère plus profond encore, décidé depuis avant les siècles dans le cœur du Père d'aller jusqu'au bout de son amour et d'offrir son Fils en sacrifice pour les hom­mes.

 

AMEN