OUVREZ LES PORTES
Jn 12, 12-19
Vigiles du dimanche des Rameaux – C
(30 mars 1980)
Homélie du Frère Serge JAUNET

Saint Jean de Malte : Procession des rameaux
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insi Abraham n'a pas refusé son fils unique à Dieu qui le lui demandait. Et ce fut l'épreuve de son amour et de sa foi, mais en même temps la preuve de cette foi. Mais Dieu ne demanda pas le sacrifice d'Isaac. Dieu notre Père, lui n'a pas épargné son Fils unique et c'est pour nous la preuve de son amour, et c'est aussi l'épreuve de son amour. Dieu notre Père a donné son fils unique au monde, et ce fils a été offert en sacrifice. L'agneau dont Dieu qu'il y pourvoira pour le sacrifice, c'est le Christ Jésus, qu'il donnera au monde et qu'il offrira en holocauste pour le salut.
Et cette semaine sainte que nous ouvrons ce soir, ne sera rien d'autre qu'un long regard, qu'une longue célébration à la gloire du Christ qui, durant cette semaine, va vivre son sacrifice parmi les hommes, va vivre comme l'Agneau pascal, la Pâque. Cette semaine s'ouvre par cette louange, par cette fête que les enfants des hébreux font au Christ. Cette entrée triomphale de Jésus qu'ils chantent comme leur roi, cette entrée à Jérusalem. Et nous aussi, demain, nous allons revivre cet évènement, nous allons nous aussi entrer à Jérusalem avec le Christ et nous allons le bénir, le louer des rameaux à la main. Puisse, en ces jours, notre liturgie, être belle certes, et elle le sera. Mais aussi être vraie.
Le Christ entre dans Jérusalem. Les portes de la ville sainte s'ouvrent devant lui. C'est ce jour où s'accomplit parfaitement le psaume. 22 que nous avons chanté : "Ouvrez-vous, portes éternelles, ouvrez-vous, levez vos frontons, qu'il entre le roi de gloire". Et les portes de la ville se sont ouvertes.
A ce psaume 23 fait écho, en ce jour, la parole même du Pape Jean Paul II : "Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ". Ouvrez-les aux nations, mais ouvrez-les aussi à chacun des hommes au Christ. Quand nous allons entrer demain, dans cette église, cette Jérusalem, quand nous allons entrer autour du Christ représenté par le prêtre, puissions-nous, en vérité ouvrir les portes de notre cœur au Christ, pour qu'il entre en chacun de nous, pour qu'il entre dans notre communauté paroissiale, dans chacune de nos familles, dans chacune de nos fraternités, pour venir y vivre sa Pâque.
Oui, puissions-nous, en vérité, laisser les portes de nos cœurs grandes ouvertes pour que le Christ entre. Et les hébreux ont cueilli des branches de palmier ou des Rameaux qu'ils ont trouvé dans la montagne, et ils ont loué le Seigneur avec ces rameaux à la main, et ils ont étendu devant lui leurs vêtements, comme devant un roi on étend un tapis. Nous aussi, demain, nous allons reprendre ce geste et nous allons chanter le Seigneur, des rameaux à la main. Les enfants ce notre communauté paroissiale ont choisi eux-mêmes dans le jardin ou dans la campagne le rameau qu'ils vont brandir pour louer le Seigneur, pour louer le Christ en ce jour. Mais nous aussi, l'Esprit Saint nous invite, en cette soirée, non pas à descendre dans notre jardin si nous en avons un, ou à partir dans la campagne cueillir je ne sais quel rameau, mais l'Esprit Saint nous invite à descendre dans notre cœur profond, dans ce jardin intérieur et d'y cueillir pour le Seigneur demain, pour sa louange, un rameau de vérité, une palme pour sa gloire. En chacun de nous, il y a des choses belles, il y a des trésors que nous gardons les mains refermées sur nous-mêmes. Le Christ, en ce jour, nous demande de le lui offrir, de chanter sa louange en offrant ce qui nous habite de plus précieux, en tendant devant ses pas non pas un vêtement superflu, mais tel vêtement qui nous tient à cœur, tel vêtement qui est beau mais qui n'est qu'à nous-mêmes.
Oui, pour que nous vivions en vérité cette liturgie des Rameaux, il faut que durant cette soirée nous descendions en nous-mêmes cueillir ce qu'il y a de beau, ce que jusqu'ici nous avons gardé pour nous-mêmes, ce que jamais encore nous avons offert. Car si le Seigneur entre dans Jérusalem, c'est par amour, un amour immense pour tous les hommes et seul l'amour répond l'amour.
Il ne s'agit pas là d'ascèse ou de pénitence. Il s'agit d'un geste gratuit d'amour répondant à l'amour gratuit du Seigneur. Alors notre fête, notre liturgie sera vraie et elle sera belle. Mais pour autant vous le savez nous ne nous en glorifierons pas. Notre louange sera toujours dérisoire car ce sont les mêmes qui ont crié "Hosanna" et "crucifie-le". Ce sont les mêmes qui ont cueilli les rameaux et qui les ont agités à la louange du Seigneur. Mais ce sont aussi les mêmes qui ont cueilli des épines pour tresser la couronne. Ce sont les mêmes qui ont jeté leurs vêtements devant le Seigneur et qui ont tiré au sort sa tunique.
AMEN