L'AMOUR INCONDITIONNEL DE DIEU

1 Jn 4, 7-21 ; Jn 1, 43-51

(5 janvier 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Dieu ne nous lâchera pas la main !

F

rères et sœurs, à travers les deux textes que nous venons d'entendre et qui sont peut-être parmi les plus connus de tout le Nouveau Testament, de tout le message de Jésus, à travers ces deux textes c'est tout le programme de notre vie chrétienne et d'homme tout simplement qui est ainsi présenté. Car que nous soyons chrétien, pratiquant, pas croyant, peu croyant, là n'était pas tout à fait le problème à cette époque-là. Mais à travers ces deux textes, nous est dit exactement le sens de l'existence humaine.

Dans le premier texte, nous contemplons l'amour de Dieu. On se dit c'est bien beau, Dieu est amour, mais vu tous les malheurs qui nous arrivent, les deuils, les souffrances, les drames qui traversent notre vie, comment croire encore que Dieu est amour ? Je ne dis pas que c'est simple, mais ce texte ne nous dit pas que Dieu fait tout pour arranger les choses. Dieu ne fait pas des miracles à jet continu pour empêcher les catastrophes, les avalanches, etc … Mais Dieu est amour parce qu'il est amour inconditionnel quoi qu'il arrive. Si grande que soit notre détresse, si grand que soit notre malheur, si grande que soit notre souffrance, quand on dit que Dieu est amour, on dit que cet amour de Dieu vient nous reprendre et nous ressaisir à l'endroit même où l'on se sent le plus dans la détresse, dans l'abandon et dans la souffrance.

L'amour de Dieu est inconditionnel et quoi qu'il arrive, il ne nous lâche pas. Je crois que c'est cela l'expérience fondamentale des chrétiens. Si Dieu a dit qu'il nous aimait, il n'a qu'une parole et il ne se dédira jamais quoi que nous fassions. C'est une parole qui est fondée sur l'espérance. Dieu aime, et même si à certains moments les choses se passent mal, si cela ne se passe pas comme nous nous le désirerions, même si l'amour de Dieu n'agit pas comme nous le voulons, nous avons nos idées mais ce ne sont peut-être pas les bonnes, cet amour de Dieu ne nous abandonne pas. Il nous tient et nous garde jusque dans ces moments les plus difficiles que nous pouvons vivre, et parfois les plus dramatiques.

La vocation des deux apôtres, Philippe et Natanaël, c'est le deuxième aspect de notre vie. Notre vie est la réponse à un appel, précisément l'appel de cet amour inconditionnel. Mais on ne sait jamais où cela nous mène, c'est toute la condition humaine. On est appelé, Dieu a un dessein sur nous, et nous, nous passons notre temps à essayer d'imaginer ce que Dieu aurait pu vouloir pour nous, sans essayer d'accepter que parfois par des chemins très déconcertants, très étonnants, très déroutants, mais il n'empêche que Dieu là encore maintient son appel.

Ce n'est pas facile à croire et pourtant, c'est le cœur même de notre foi chrétienne. Quand nous disons que Dieu a appelé les disciples, quand nous disons que Dieu nous a baptisés, quand nous disons que nous sommes chrétiens, que nous suivons le Christ, nous ne disons pas autre chose. C'est vrai, c'est paradoxal, mais on ne sait pas tout à fait où l'on va. Plus exactement, on ne sait pas par quels moyens on y va. Nous sommes sûrs du but parce que si Dieu est amour, il ne veut pas que la rencontre soit ratée, mais les moyens et la manière dont s'inscrivent notre chemin et notre destinée, nous n'y pouvons rien. Et même, et c'est là où c'est consolant pour nous, même si parfois notre destinée par raison de circonstances, par notre faute, par tout ce qu'on voudra, si notre destinée prend à certains moments un chemin paradoxal et incompréhensible, comme disait une vieille dame pleine de sagesse : si Dieu ne comprend pas, qui comprendra ? Il y a là quelque chose de fondamental et c'est ce qu'il y a de plus fort dans la foi chrétienne, c'est que nous sommes tous appelés, mais nous ne sommes pas maîtres du choix, nous ne sommes pas maîtres de notre vocation. L'appel c'est déjà le premier don que Dieu nous fait, ensuite, nous essayons d'y répondre, il y a des moments où cela marche, d'autres où cela ne marche pas, il y a des hauts et des bas, il y a des moments où l'on tombe dans le fossé, et d'autres moments où l'on se relève, et d'autres où l'on ne se relève plus ! Dieu fait que quand même notre destinée nous conduise vraiment au but.

Frères et sœurs, en ayant écouté ces deux textes, cela peut nous apporter, je ne dis pas une sorte de consolation, mais une sorte de fermeté. La consolation, cela n'arrive pas tout le temps, parfois, il y a des moments où l'on ne peut plus être consolé. Mais la fermeté c'est autre chose, c'est de se dire que quoi qu'il arrive, il y a quelque chose de plus fort et de plus fondamental au fond de mon cœur qui fait que cela tient. C'est tout le programme. Malgré les difficultés, malgré les échecs, malgré les moments les plus durs de notre existence, il y a quelque chose qui tient. Et ce qui nous tient, c'est l'appel que Dieu nous a donné, car cet appel il est donné par Dieu, donc il est ferme et il ne nous lâchera jamais la main sur ce chemin-là.

 

AMEN