L'AMOUR BANNIT LA CRAINTE
1 Jn 4, 15-21 ; Jn 3, 13-21
(8 janvier 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Billom : Saint Jean
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I |
l n'y a pas de crainte dans l'amour, au contraire, le parfait amour bannit la crainte." Cette parole de Jean, nous l'éprouvons dans les attitudes les plus quotidiennes les plus élémentaires de notre vie affective. Ou bien on aime quelqu'un ou bien on en a peur, ou bien on se sent attiré ou au contraire on a l'impression qu'il faut "rentrer dans sa coquille" parce qu'il nous apparaît menaçant. On a l'impression qu'en écrivant cela Jean ne nous apporte pas grand-chose d'original par rapport à notre expérience la plus évidente et la plus simple. Pourtant, c'est peut-être plus profond qu'il n'y paraît au premier abord, car la crainte ne signifie pas simplement rentrer dans sa coquille. Quand on a peur, quand on éprouve de la crainte, c'est en général qu'il y a de la mort dans les parages.
Dans la tradition biblique, la crainte signifie toujours que, d'une manière ou d'une autre, l'individu éprouve sa fragilité, sa vulnérabilité, le fait qu'il est fondamentalement, quoique vivant, accessible à la mort. Et c'est pourquoi entre autres choses, il y avait dans l'Ancien Testament une crainte de Dieu qui était un mélange à la fois d'adoration et de reconnaissance de ce qu'est Dieu, de sa grandeur, de tout ce qu'Il est et qui nous dépasse infiniment, mais en même temps d'authentique crainte parce que Dieu avait dit Lui-même : "Pour me voir, il faut mourir !" - "On ne peut pas Me voir sans passer par la mort". Ainsi donc le sentiment de la crainte dans l'Ancien Testament était lié au fait que notre relation à Dieu était marqué par la mort à cause de notre péché. Alors que l'homme était fait "naturellement" pour voir Dieu, en réalité depuis son péché s'était introduit "le salaire de la mort" et l'homme ne pouvait plus entrer dans cette relation avec Dieu sans ce sentiment de crainte, sans ce pressentiment de sa propre mort qui pesait sur lui et qui, pour ainsi dire, mettait sa vie en danger pour avoir accès à Dieu.
Or précisément ce que nous révèle saint Jean dans ce passage, c'est que maintenant, à partir du moment où Dieu Lui-même est venu parmi les hommes, Il a fait briller le parfait amour. C'est-à-dire un amour dans lequel la relation entre l'homme et Dieu, entre ces deux partenaires qui sont faits depuis toute éternité pour s'aimer, la relation peut bannir toute crainte. Et cela pourquoi ? Parce qu'Il a "demeuré" parmi nous, parce que dans sa mort Lui-même a vaincu la mort, parce que désormais la mort n'est plus quelque chose qui gâche notre tension vers la rencontre de Dieu, mais au contraire parce que le Christ a été vainqueur de la mort, nous savons qu'il n'y a plus de crainte à avoir. Cela ne veut pas dire que nous n'avons plus à avoir peur de la mort, cela ne signifie pas que nous ne devrions pas avoir de chagrin ou de peine lorsque des êtres chers nous quittent. Cela signifie qu'au plus profond de nous-mêmes, à partir du moment où nous avons été baptisés, nous sommes enracinés dans une relation avec Dieu, une relation d'amour qui apporte la vie et qui fait que, quoi qu'il arrive, même si tous les fruits de la mort et du péché se déchaînent sur nous, même si nous devons en subir encore les conséquences, en réalité, le combat est déjà gagné. Nous demeurons en Dieu parce que Lui demeure en nous et la mort n'est plus désormais ce qui peut nous empêcher de rencontrer Dieu, mais au contraire elle est ce qui, dans la mort et la résurrection du Christ, nous ouvre définitivement accès à Lui.
AMEN