DIEU EST LUMIÈRE 

1 Jn 4, 7-14; Jn 3, 13-21

(7 janvier 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

Soleil levant

I

 

l n'y a pas que les peintres, les photographes ou les maîtres verriers qui aiment la lumière. Il y a d'abord les Justes, ceux qui, dans leur cœur, cherchent Dieu, souvent à tâtons, souvent dans les ténèbres plus que dans l'éblouissement ou dans la clarté. Cela est vrai probablement de chacun d'entre nous, à notre mesure, seule connue de nous et de Dieu. Cela est vrai et cela fut vrai pour tous nos pères dans la foi, tous ceux qui ont cherché Dieu parce que, d'une façon ou d'une autre, ils ont reconnu dans leur cœur une étoile, une lumière qui était le signe de Dieu, le signe qui allait s'agrandir et devenir pour eux ce soleil que nous venons de chanter tout à l'heure.

Dans l'Ancien Testament, cette lumière est continuellement présente et nous en avons chanté de nombreux textes, de nombreux versets tout au long de ces jours qui ont suivi Noël. Je vous en rappelle quelques-uns : "Jérusalem ! rayonne, car voici ta lumière !" - "Une lumière s'est levée sur le peuple qui marchait dans les ténèbres. " - "Illumine ta Face, Seigneur, et nous serons sauvés !" - "Ta Parole, Seigneur, une lumière sur ma route !" - "La lumière se lève pour le juste et pour l'homme au cœur droit." - "Je ferai de toi la lumière des Nations ", et cette dernière citation que l'Église chante chaque matin au lever du soleil : " Jésus, Soleil Levant, qui nous guide sur le chemin de la Paix."

Cette recherche de la lumière est une constante de la vie chrétienne, de la vie de celui qui cherche Dieu et qui ne se contente pas uniquement de ses propres chemins ou des propres lumières de son intelligence, de sa connaissance ou de sa réussite humaine. Dans l'évangile de saint Jean ce mot revient très souvent. Il est très souvent conjugué avec d'autres mots comme celui de Vie, celui de Vérité, celui de Parole. Jean a ainsi un vocabulaire très imagé, très symbolique, mais il ne faudrait pas en rester uniquement au niveau du symbole ou de la métaphore. Je crois que quand Saint Jean emploie ces mots et spécialement celui de lumière, c'est beaucoup plus qu'une métaphore, c'est beaucoup plus qu'une image. Il parle de la réalité même de Dieu, car il le dit: "Dieu est lumière !" comme il a dit "Dieu est Vie. "Le Verbe s'est fait chair."

La lumière est un attribut de l'Etre même de Dieu. "Dieu est lumière." Il n'y a en Lui aucune ténèbres, aucune face cachée. Il n'y a en Lui aucune méconnaissance. Et lorsque saint Jean compose son évangile, après avoir été témoin de Jésus-Christ, en employant ces différents mots, il ne fait que révéler, pour notre intelligence et de façon multiple, l'Etre unique et l'Etre simple de Dieu. Ces différents mots et aujourd'hui celui de la lumière s'adressent à une des parties qui composent l'homme, car si Dieu est simple, l'homme n'est pas simple, il est composé, c'est-à-dire qu'il est compliqué. Et Dieu a eu ce souci de manifester son Etre unique à partir de différentes réfractions, à partir de différentes voies et la lumière en est une, comme le Verbe, comme la vie, comme la vérité, comme la grâce, tout cela qui forme l'unicité même du mystère de Dieu. Cette lumière est donnée de façon plus spéciale à notre intelligence, car avec la lumière, c'est la vérité qui nous est donnée. Or la vérité, c'est ce qui est adressé à l'intelligence et c'est ce que l'intelligence doit chercher et doit découvrir. La lumière, c'est la vie de l'intelligence, c'est la vie de l'esprit de l'homme qui est fait pour connaître qui est fait pour comprendre, qui est fait pour contempler le mystère de Dieu.

Et cette lumière qui est, pour nous, le visage de Jésus, Jésus est lumière, Il est soleil, c'est-à-dire Il vit au cœur même de Dieu, dans la vérité de Dieu, Il est la vie même de Dieu, de façon éternelle depuis toujours dans cette filiation entre le Père et Lui-même. Jésus est lumière parce qu'Il vient nous apprendre et la vérité de Dieu et la vérité de l'homme, c'est-à-dire la nôtre. Et c'est dans la contemplation du mystère de Dieu que nous pouvons connaître ce que nous sommes et ce que nous avons à chercher, : ce que nous avons à vivre. "La lumière est venue dans le monde", mais comme le dit Jésus à Nicodème, nous préférons trop souvent les ténèbres. Au fond, nous avons peur de cette lumière parce qu'elle nous révélerait à nous-mêmes en nous révélant le mystère de Dieu et nous préférons les ombres. Nous préférons l'ombre, les réalités cachées. Nous préférons nous cacher nous-même à cette lumière alors que nous savons très bien qu'elle brille sur nous pour nous éclairer, pour nous purifier et pour nous rendre non seulement le vrai visage de Dieu, mais aussi pour nous rendre à nous-mêmes.

Cette lumière qu'est le Christ est une personne. Ce n'est pas une idée, fusse-t-elle très lumineuse ou très éclairante. La foi chrétienne n'est pas une connaissance ésotérique des choses de ce monde, des choses d'au-delà du monde. Elle n'est pas non plus une connaissance purement symbolique ou intellectuelle, ou qui s'accomplirait dans un culte ou dans l'autre. Jésus est lumière et lorsque nous rencontrons le Christ, nous rencontrons la lumière en tant que personne. Il s'agit donc d'entrer avec Lui dans une relation personnelle. C'est pour cela que saint Jean dit : "Croyez en la lumière et vous deviendrez Fils de lumière". Non seulement vous aurez une connaissance éclairée et juste, mais cette connaissance, elle s'incarnera en vous et vous vivrez de la vie même du Christ, dans une relation filiale c'est-à-dire dans une relation qui est sur le même mode que celle du Fils avec le Père.

Alors, frères et sœurs, en ces temps qui sont souvent des temps ténébreux, des temps de tristesse, de nuit, il faut que nous chrétiens, dans notre vie personnelle, celle qui n'est connue que de nous, celle qui n'est connue que de Dieu, nous puissions avec vérité chercher cette lumière. Elle seule est capable de répondre à nos véritables questions, elle seule est capable d'ouvrir le véritable chemin de notre vie, cette vie que Dieu trace en nous, cette vie que nous prenons de façon si lente, avec tellement d'hésitations, mais sur laquelle Dieu ne cesse de nous appeler car c'est le chemin qui mène à la seule vérité et à la seule vraie vie, au soleil sans déclin qui nous conduira vers le visage de Dieu. C'est dans cette vérité-là, c'est dans cette lumière-là qui est une personne, qui n'est pas simplement une réfraction extraordinaire de quelque chose d'artificiel, c'est dans cette lumière-là ; c'est dans cette vérité, c'est dans cette grâce que vivent ceux qui sont décédés, ceux qui sont morts. Ils n'ont plus besoin de l'éclat du soleil ou de la lune pour éclairer leur chemin, puisqu'ils ont la lumière de la Personne de Dieu, puisqu'ils ont la lumière du cœur même de Dieu. Ce que nous pouvons faire, c'est prier pour eux mais aussi les prier pour qu'ils puissent nous partager un peu de cette lumière, de cette vérité, de cette paix qu'ils connaissent en totalité et dont ils ont un si grand désir de les partager avec nous, et, si c'est possible, dès notre vie sur la terre.

 

AMEN