LA FOI OU LES ŒUVRES ?
Jc 2, 14-26 ; Mc 10, 22-31
(15 juin 1990)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Orbais : Saint Jacques
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aint Jacques nous dit : "A quoi cela sert-il que quelqu'un dise j'ai la foi s'il n'a pas les œuvres? La foi peut-elle le sauver ?" Or dans l'épître aux Romains saint Paul dit : "Où est le droit de se glorifier ? Est-ce par la loi des œuvres ? Non, mais par une loi de foi. Alors, par la foi nous privons la loi de sa valeur ? Non mais nous la lui donnons." Pourtant les deux apôtres prennent le même exemple.
Jacques dit : "Abraham notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres quand il offrit Isaac son fils sur l'autel ?" Et saint Paul : "Abraham crut en Dieu et cela lui fut compté comme justice. Si Abraham tenait sa justice des œuvres, il aurait de quoi se glorifier mais non pas au regard de Dieu." Voilà donc deux positions exactement contradictoires en apparence puisque saint Paul dit : "ce qui sauve c'est la foi et non pas les œuvres" et saint Jacques dit : "ce qui sauve ce sont les œuvres et non pas la foi". Alors que faut-il faire ? Sommes-nous du point de vue de saint Paul, des croyants qui n'agissent pas ? Sommes-nous du point de vue de saint Jacques, des gens qui observent scrupuleusement un certain nombre de commandements qu'ils aient ou non la foi dans leur cœur ? Je ne sais pas si saint Paul a écrit l'épître aux Romains en lisant celle de saint Jacques pour la corriger ou si saint Jacques a écrit son épître en lisant celle de saint Paul pour la corriger ou si l'un et l'autre ont écrit sans avoir connaissance de ce que l'autre écrivait, mais en fait, ces deux affirmations ne sont pas contradictoires. En dépit des apparences, elles sont complémentaires.
Que nous dit saint Paul ? Il ne dit pas qu'il faut la foi sans les œuvres. Il nous dit que les œuvres n'ont pas de valeur si elles ne sont pas animées par la foi. D'ailleurs il précise "la foi priverait-elle la loi et ses œuvres de sa valeur ? Non, elle la lui donne." Et encore : "Si l'héritage appartient à ceux qui relèvent de la Loi, la foi serait sans objet, la promesse sans valeur. C'est de la foi comme don gracieux qu'il dépend que la promesse soit assurée." Saint Paul donc insiste sur la gratuité du don de Dieu et cette gratuité appelle de notre part une adhésion, celle de la foi sans réserve. Il faut que nous sachions que tout vient de Dieu et que par conséquent tout ce que nous sommes et tout ce que nous faisons vient uniquement de Dieu.
Saint Jacques se place d'un autre point de vue. Il ne dit pas qu'il faut les œuvres sans la foi. Il dit : "Si un frère ou une sœur sont nus et que vous lui dites : allez et chauffez-vous sans leur donner de quoi se échauffer, à quoi cela sert-il ? La foi sans les œuvres serait morte. Donc montre-moi ta foi. C'est par les œuvres que je te montrerai ma foi." La foi se manifeste par les œuvres. Cela veut dire que la foi vivante est une foi qui va jusqu'à la réalisation concrète de ce que cette foi porte en elle. Ce n'est donc pas nier que la foi est un don gratuit de Dieu. Cela veut dire que cette foi doit prendre chair en nous si profondément qu'elle aille jusqu'à la réalisation du message qu'elle porte. Mais cela ne contredit pas que ce qui soit sanctifiant c'est le don de Dieu qui appelle de notre part cette adhésion de la foi. Simplement cette adhésion ne doit pas rester purement verbale, elle doit être une adhésion de toute la vie, de tout ce que nous sommes.
D'ailleurs saint Paul s'insurgeait contre ceux qui croyaient qu'il suffisait, sans avoir assez de foi dans le cœur, qu'il suffisait d'accomplir un certain nombre de préceptes pour être justifié. Saint Jacques ne dit pas le contraire. "La foi doit se manifester par les œuvres", mais c'est bien la foi qui se manifeste, et les œuvres sans la foi ne seraient qu'une hypocrisie, comme la foi sans les œuvres ne serait que lettre morte. En réalité, c'est donc une foi vivante, c'est-à-dire une foi qui prend toute notre vie qui, seule peut nous sauver. Encore faut-il que nous sachions que cette vie que la foi prend en main, cette vie ne dépend pas de notre simple vouloir, mais dépend d'abord de la grâce de Dieu. "Tout est grâce !" mais la grâce va jusqu'aux œuvres. Tout vient de Dieu, mais Dieu ne fait pas cela sans nous. Tout vient de Dieu, mais Dieu nous appelle à entrer dans son dessein de salut. Et précisément la foi est le commencement de cette adhésion au mystère du salut qui va ensuite se répandre dans chacune de nos actions. Si la foi était seulement une attitude psychologique, si la foi n'était pas un engagement et un entraînement, un dynamisme de toute notre vie, elle ne serait pas vraiment la foi.
En réalité, saint Paul et saint Jacques sont d'accord : il s'agit de laisser tout notre être sous l'emprise de Dieu, la foi étant précisément le moment où nous adhérons à cette grâce de Dieu, à cette emprise de Dieu qui se répandra ensuite dans tout ce que nous sommes jusqu'à notre agir et donc jusqu'à ce que l'un et l'autre appellent les œuvres. Que la présence de Dieu vivant en nous nous atteigne au plus profond de notre cœur et qu'ensuite elle se répande, par nos œuvres, jusqu'aux extrémités de notre vie.
AMEN