DIEU N'ÉPROUVE PERSONNE
Jc 1, 9-15 ; Mc 9, 30-37
(5 juin 1990)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Le déchirement de l'épreuve
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uand il nous arrive quelque épreuve, quelque malheur, nous pensons spontanément que Dieu nous punit pour nos péchés ou pour nos fautes. "Qu'est-ce que j'ai fait au Bon dieu pour qu'il m'arrive telle tuile ?" Spontanément nous pensons que Dieu récompense ou punit en fonction de nos actes et que les événements de notre vie sont la conséquence de ce jugement que Dieu exercerait.
Une façon un peu plus raffinée d'interpréter les événements consiste à dire : "Cette épreuve, cette difficulté, c'est que Dieu me met à l'essai pour voir si je tiendrai le coup, si je serai capable de ne pas succomber à la tentation, de supporter cette souffrance, et de garder la foi malgré ces difficultés." Et l'on se réfère à Job ou à tout autre texte de l'Écriture.
Dans les deux cas, on imagine toujours que c'est Dieu qui fait venir sur nous tel ou tel événement, que Dieu tire les ficelles du monde et qu'il y a toujours dans sa tête une idée qu'Il veut réaliser à travers ces événements. Dans l'épître de saint Jacques, il nous est dit formellement le contraire : "Que nul, s'il est éprouvé, ne dise : "C'est Dieu qui m'éprouve !" car Dieu n'éprouve personne."
Ce n'est pas Dieu qui cherche à nous mettre à l'épreuve pour se rendre compte, pour nous faire rendre compte, pour que le monde se rende compte si nous sommes capables ou non de subir ces épreuves. Dieu n'est pas un tortionnaire qui se venge sur nous. Ceci est une vision païenne des choses, dans laquelle Dieu, du haut de son indifférence, serait en train de nous tirer à hue et à dia, à droite et à gauche, pour toutes sortes de motifs cachés dont nous serions victimes et victimes pas très consentantes justement.
Ceci n'est pas conforme à l'évangile. Par contre ce qui est vrai c'est que Dieu est avec nous dans notre épreuve soit qu'elle vienne de causes naturelles, soit qu'elle soit le fruit du mauvais usage de notre liberté, car nous dit encore saint Jacques : "Chacun est éprouvé par sa propre convoitise, puis la convoitise donne naissance au péché, et le péché enfante la mort." Dieu traverse avec nous l'épreuve qui est la nôtre. "Heureux l'homme qui supporte l'épreuve !" non pas parce que cette épreuve qui est un mal serait à prendre comme un bien, mais parce que celui qui supporte l'épreuve la supporte avec Dieu. Dieu vient au cœur même de nos souffrances et de nos difficultés pour les partager. Dieu partage nos souffrances. Dieu est avec nous et c'est pourquoi, dans notre souffrance nous pouvons être dits bienheureux parce que cette souffrance n'est pas la nôtre mais c'est celle que Dieu vit avec nous.
Et en vivant nos épreuves, nos souffrances avec nous, en sens inverse Dieu nous donne de partager ses propres épreuves et ses propres souffrances, cette croix qu'Il annonce à ses disciples dans l'évangile que nous lisions tout à l'heure. "Le Fils de l'Homme doit être livré aux mains des hommes : ils le tueront, mais après trois jours, Il ressuscitera." Nous devons être semblables au Christ, nous devons être comme Lui les plus petits, nous devons, comme Lui, accepter d'être soumis à l'épreuve parce que partageant ses souffrances, nous devenons, comme Lui, capables de ressusciter. En prenant notre croix le Christ nous donne de prendre aussi sa croix. Et ainsi nos épreuves et nos souffrances trouvent un sens inattendu et transcendant car elles sont le partage de la croix du Christ. Avec Lui, elles participent au salut du monde. Nous sommes, comme le Christ, soumis à la croix, mais une croix qui s'achève dans la Résurrection.
Telle est l'espérance, telle est la certitude du chrétien dans l'épreuve. Voilà pourquoi saint Jacques peut dire : "Heureux celui qui connaît l'épreuve !" non pas parce que cette épreuve serait agréable, mais parce qu'elle débouche dans la vie, parce que, vécue avec le Christ, elle conduit à une vie plus grande, à une résurrection plus belle que la vie qui était avant la mort. Ceci n'est peut-être pas facile à comprendre au moment où l'épreuve vient sur nous, mais ceci doit être médité tout au long de notre vie afin que, au moment de l'épreuve, notre cœur soit prêt à reconnaître sa signification, à reconnaître cette présence de Dieu, à reconnaître ce partage qu'Il nous fait de sa croix, à reconnaître ce chemin qui conduit a la Résurrection. C'est dès maintenant, quand nous sommes encore dans la santé, dans une vie relativement heureuse que nous devons méditer sur ce sens de la souffrance, afin de l'accueillir dans la paix.
AMEN