FAIRE LA VÉRITÉ
Jc 5, 13-20 ; Mc 8, 27-9,1
(5 juin 1986)
Homélie du Frère Michel MORIN

Ouvrez vos coeurs à la vérité
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la fin de son épître, dans le passage que nous avons entendu tout à l'heure, l'apôtre Jacques écrit:"Si quelqu'un parmi vous s'égare loin de la vérité et qu'un autre l'y ramène, qu'il le sache, celui qui ramène un pécheur de son égarement sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés." Il est assez clair que l'apôtre Jacques s'inspire ici de ce que le Christ Lui-même disait à ses disciples : "Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le seul à seul, s'il t'écoute tu auras gagné ton frère." Et c'est aussi l'écho de cette parole de Jésus que l'apôtre Paul écrira aux Galates : "Frères, même dans le cas où quelqu'un serait pris en faute, vous les spirituels, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même car tu pourrais bien toi aussi être tenté."
C'est donc un enseignement constant dans l'Écriture, dans le Nouveau Testament, que ceux qui "sont du Christ" non seulement sont appelés à vivre dans la vérité, mais ont comme devoir premier de ramener ceux qui ne sont pas dans la vérité vers cette vérité. Et saint Jacques promet que celui qui a fait cela échappera à la mort de son âme donc sera sauvé, et que cette action de ramener un frère vers la vérité couvrira une multitude de péchés. Aujourd'hui nous nous plaignons souvent du péché, pas tellement du nôtre, mais de celui des autres, de nos voisins, de nos conjoints, de nos frères, de nos amis. Nous nous plaignons et nous nous lamentons souvent sur les péchés du monde, comme si aujourd'hui le monde était plus pécheur qu'hier. Si nous disons cela c'est tout simplement par ignorance de l'histoire d'hier, car les hommes sont à peu près les mêmes. C'est là une attitude pessimiste qui ne nous ouvre pas au salut ni à la vérité. Il faut donc si nous voulons écouter saint Jacques réfléchir un instant sur notre propre habitude, notre propre aptitude à regarder toujours le péché des autres et du monde.
Pour vivre dans la vérité, il faut d'abord croire que la vérité c'est Dieu. La vérité ce n'est pas d'abord une question de connaissance philosophique, rationnelle ou intellectuelle ou artistique, la vérité c'est d'abord la foi. Le Christ est venu en esprit et en vérité, et c'est dans l'Esprit Saint qu'Il nous a promis que nous pourrions connaître la vérité tout entière, c'est-à-dire tout son mystère. Et la connaissance du mystère de Dieu est le seul chemin, le chemin le plus vrai, le plus total et le plus direct pour connaître la vérité de l'homme, car il n'y a pas de vérité sur l'homme sans la vérité de Dieu, puisque la révélation n'est pas simplement la révélation du visage de Dieu, mais la révélation du visage de l'homme à l'image de son Dieu. Il faut donc d'abord vivre cette certitude que le Christ est la vérité, non pas une de nos vérités, non pas la vérité religieuse, mais toute la vérité. Alors c'est une première question que nous nous posons. Est-ce que vraiment le Christ est le lieu de toute notre vérité ? Est-ce que nous puisons toutes nos raisons de vivre, de croire, de travailler, d'aimer, dans ce puits qu'est le Christ qui est un puits de vérité ? Si ce n'est pas cela, c'est que nous ne vivons pas encore dans la vérité, mais seulement de quelques éclats de vérité, mais c'est tout à fait insuffisant.
Ensuite il nous faut vivre de cette vérité, et en vivre non pas avec nos idées, non pas avec nos concepts religieux ou spirituels, non pas avec nos illusions, mais en chair et en os, mais vivre avec notre regard, avec nos gestes, avec notre parole dans le consentement permanent à cette vérité. Car notre vie chrétienne ce n'est rien d'autre qu'un consentement à quelqu'un d'autre qui est la vérité, qui est le Christ. Et c'est uniquement si ce consentement est permanent que cette vérité du Christ, justement à cause du consentement et de l'échange et de la fusion des deux, cette vérité du Christ peut, petit à petit, nous rendre vrais, c'est-à-dire, écarter de nous, de notre cœur, de nos pensées de nos gestes, toute relation, toute fréquentation du péché, du mal et du mensonge.
Et la troisième exigence c'est celle de saint Jacques : il ne suffit pas de croire à la vérité, il ne suffit pas de vivre de la vérité, il faut annoncer cette vérité à ceux qui n'en vivent pas, à ceux qui sont dans le péché, à ceux qui sont dans l'erreur, à ceux qui sont dans le mensonge. Et c'est vrai qu'autour de nous, proches de nous, dans nos familles, il y a des gens qui ne vivent pas de cette vérité du Christ. Faut-il se dire : "Dieu reconnaîtra les siens ?" Facile, même si c'est un mot historique. Faut-il les laisser vivre en respectant leur cheminement intérieur ? C'est une bonne excuse pour ne pas cheminer trop près d'eux. Cependant, il nous sera demandé compte de l'œuvre de vérité que nous aurons faite pour que nos frères puissent rencontrer la vérité.
"Si vous ramenez un pécheur de son égarement", c'est-à-dire de son mensonge, "votre âme sera sauvée", ce qui veut presque dire : si vous ne le faites pas, vous risquez bien de ne pas connaître le salut et la vérité.
Et puis, puisque vous aussi vous êtes pécheur, sachez que dans la mesure où vous aidez un frère à connaître la vérité du Christ, cette vérité vient en vous et déjà fait œuvre en vous, puisqu'elle vous pardonne votre propre mensonge et votre propre péché.
AMEN