ATTENDRE LE ROYAUME
Tt 2, 11-14 ; Mt 19, 1-12
(11 septembre 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Paul écrivant ses épîtres
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rères et sœurs, dans l'épître de Tite, à un moment donné, l'auteur précise comment il faut vivre.Il donne des conseils très sages : il faut vivre dans la réserve, ne pas faire d'esclandre, la justice, c'est la moindre des choses, et dans la piété, dans la mesure où il s'agit du comportement d'une communauté chrétienne, c'est aussi normal. Il précise la manière dont tout cela doit être vécu et c'est plus original. Même si nous le disons tous les jours, nous ne nous rendons pas tout à fait compte de ce que cela veut dire.
En effet, l'auteur précise : "Attendant la bienheureuse espérance et l'apparition de la gloire de notre grand Dieu et sauveur le Christ Jésus". C'est la formule qui se trouve à la fin du Pater : "attendant l'espérance et l'avènement de Jésus-Christ notre sauveur". La première chose qu'il faut savoir, c'est que ce "et" ne désigne pas deux choses différentes. C'est une tournure de phrase aussi bien en grec qu'en latin, où l'on peut dire la même chose à travers deux mots. En réalité, l'une développe ou explicite l'autre : la bienheureuse espérance en quoi consiste-t-elle ? l'apparition de la gloire de notre grand Dieu et Seigneur Jésus-Christ. Quand nous disons cela à la fin du Pater, nous citons littéralement l'épître de Tite et si cela ne devient pas trop des paroles mécaniques et répétées machinalement, quand on y pense cela veut dire exactement la manière dont on doit vivre la vie chrétienne.
C'est bien de cela qu'il s'agit, Paul dit à Tite comme indication pratique : il faut que les chrétiens dont tu as la responsabilité vivent selon les critères politiques, sociaux normaux, c'est la moindre des choses, et ce qui fait la note spéciale, c'est de vivre en attente. Pourquoi est-ce si original ? parce que le monde ancien n'attendait rien ! Dans le monde ancien avant le christianisme, on ne vivait pas en attendant quelque chose, cela paraissait même plutôt suspect. Le grand mot du monde antique, c'est qu'il faut savourer pour le jour ce qui arrive, et que comme on ne sait pas ce qui peut vous tomber dessus dès le lendemain, il vaut mieux ne pas y penser. L'art de vivre des anciens c'est l'art de vivre en n'attendant rien. Il y a eu évidemment un certain nombre de philosophes qui ont proposé des utopies politiques pour réformer les cités, pour dire que cela pourrait être mieux, mais le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'y a pas grand monde qui les a crus.
Dans le monde ancien, on vit le monde et le temps tels qu'ils vont, mais pas tels qu'on attend qu'ils soient. On supporte, au jour le jour, on essaie de trouver sa place et de résister. C'est ainsi qu'un spécialiste de l'antiquité grecque a dit, et je crois qu'il a tout à fait raison : l'idéal de la cité antique c'est de survivre. Je vous fais remarquer qu'actuellement avec les écologistes, nous en sommes revenus à peu près au même point : il faut essayer de survivre.
C'est cela qui a changé la donne. Le jour où l'on a dit aux communautés chrétiennes : vous pouvez accueillir la parole de Dieu, vous pouvez accueillir dans la foi cette parole et la vivre dans justice et la piété, mais la seule chose qu'on vous demande c'est de la vivre dans l'attente, c'est de la vivre tournés vers le futur. C'est sans doute cette conviction-là qui a transformé le monde antique. Un monde qui vivait pour survivre a découvert que la vie qu'il voulait conserver, dans laquelle il voulait survivre, n'était pas la plénitude, mais qu'en réalité lui était proposé quelque chose de plus grand et de plus profond et de plus vrai. Depuis, à la faveur d'un certain nombre d'idéologies qui ont trompé beaucoup de monde, on a cru qu'on pouvait faire vivre les gens dans l'attente d'un monde meilleur, cela continue encore aujourd'hui, mais cette promesse que l'apôtre venait de développer à sa communauté ce n'était pas d'améliorer les choses pour que cela aille mieux maintenant. La promesse visait le fait qu'on peut maintenant vivre dans l'attente de l'apparition du Christ ressuscité, dans l'attente d'une plénitude de vie que nous ne pouvons pas imaginer et qui mystérieusement est déjà inaugurée maintenant dans notre vie et dans notre communauté.
AMEN