PRENDS TA PART DES SOUFFRANCES
2 Tm 1, 6-14 et 2 Tm 2, 1-3 ; Lc 22, 24-32
(10 novembre 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN

Mont Saint Martin : apôtres
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ous avons lu tout à l'heure un passage de la deuxième épître de Paul à Timothée. Cette épître est à la fois un texte confidentiel et très solennel. Confidentiel parce qu'il s'adresse à l'un des proches, un des amis de Paul que lui-même a ordonné comme évêque. Et en même temps un texte très solennel parce qu'il lui rappelle, au moment où il sent sa mort prochaine, ce pour quoi il a été appelé, ce pour quoi il a reçu cette imposition des mains. Je voudrais méditer quelques instants sur ce texte en l'adaptant à notre vie chrétienne d'aujourd'hui.
Paul appelle avec insistance Timothée à se souvenir du don qui lui a été fait par l'imposition de ses mains, ce qui signifie par l'ordination épiscopale. Mais cela peut s'appliquer à nous, au don qui nous a été fait au jour de notre baptême Il lui dit : "Je t'invite à raviver le don spirituel que Dieu t'a fait" Raviver ce don spirituel, parce que en nous la grâce du baptême n'est pas comme un objet déposé qui serait stable, qui ne bougerait pas et qui n'évoluerait pas. La grâce du baptême est par définition dynamisme puisque c'est la vie même de Dieu, puisque c'est l'émergence dans notre vie, le jaillissement dans notre chair de l'amour créateur, de l'amour rédempteur de Dieu. Mais saint Paul nous dit aujourd'hui : Ce don que tu as reçu" et qui ne demande qu'à vivre en toi, qu'à se développer en toi, "ravive-le", non pas qu'il soit mort, mais donne-lui les conditions pour qu'il vive. Fais en sorte que, dans ton cœur ce don que tu as reçu puisse grandir, puisse profiter et porter des fruits.
Et pour raviver ce don reçu au jour de notre baptême, du texte de l'apôtre Paul, j'extrais ces trois idées. "Prends pour normes les saines paroles que tu as entendues de moi dans la foi". La Parole de Dieu, nous l'écoutons tous les jours et peut-être même plusieurs fois par jour, dans la proclamation de l'évangile, au cours de l'eucharistie et peut-être aussi dans nos lectures de l'évangile ou notre prière personnelle : "Cette Parole est sûre, cette Parole ne déçoit pas" et comme Timothée, nous l'avons reçue des apôtres. Nous l'avons reçue parce que les apôtres ont ouvert leur cœur à son message, à sa vie et à la puissance de résurrection contenue dans cette parole. Ecouter le Parole de Dieu chaque jour c'est raviver en nous le don qui nous a été fait. Nous n'écoutons pas des choses du passé, avec quelque intérêt, nous sommes des chrétiens qui écoutons la Parole de Dieu pour aujourd'hui, Parole qui nous est transmise par l'Église elle-même qui, depuis deux mille ans, depuis les apôtres, ne cesse d'en vivre, et c'est elle seule qui la fait croître, qui la fait grandir, qui la fait vivre et qui la fait revivre dans le cœur des hommes. Je vous invite donc à raviver en vous l'écoute quotidienne de la Parole de Dieu, non pas comme des mots déjà connus, même s'ils sont encore aimés, mais comme une source vive, comme un appel, comme un don réel que Dieu nous fait pour que nous puissions, pas simplement le recevoir, mais aussi y répondre.
Puis l'apôtre dit à Timothée : "Mon enfant, fortifie-toi dans la grâce du Christ Jésus !" Cette grâce, nous la recevons nous aussi par toute la vie sacramentelle de l'Église. Cette grâce c'est la charité même du cœur de Dieu, c'est l'être même du cœur de Dieu qui nous est donné pour que nous puissions, en le recevant, entrer dans cette vie divine et partager ce qu'est le Christ, Fils de Dieu, enfant du Père. "Mon enfant" dit saint Paul à chacun d'entre nous, "fortifie-toi", c'est-à-dire grandis dans cette grâce du Christ pour devenir, à son image et à sa ressemblance, l'homme parfait, celui qui est entièrement développé, celui qui a atteint sa véritable dimension, toute sa profondeur, toute sa largeur, toute sa maturité humaine et spirituelle, dans la ressemblance, dans la proximité avec le Christ, dans la cohérence même de son mystère éternel. Je vous invite à raviver en vous aujourd'hui, le don de l'eucharistie, le don du corps du Christ, de la chair du Christ livrée pour nous car nous avons à devenir, comme cette chair, nous avons à devenir vivants de cette vie divine nous avons à croître dans cette Pâque du Christ. Et La Pâque du Christ, elle est don de sa vie.
C'est pourquoi l'apôtre dit à son disciple : "Prends ta part de souffrances en bon soldat du Christ Jésus". Les souffrances de notre vie ne sont pas uniquement des événements qui nous arrivent, vis-à-vis desquels nous ne pourrons rien d'autre que nous en sentir les victimes.
Les souffrances intérieures, morales, les souffrances extérieures, physiques ou morales aussi, sont de fait les résultats d'un certain nombre de circonstances, voire peut-être de déterminismes. Mais, pour nous chrétiens, et l'apôtre le souligne, ces souffrances sont une façon de prendre part au mystère du Christ. "Prends ta part des souffrances du Christ !" car en Lui toute souffrance humaine, physique ou morale, se trouve portée, se trouve accomplie. Il a dans ses mains, Il a dans sa chair, Il a dans son cœur toute la puissance, tout le mal, toute la force destructrice de la souffrance humaine. Et par notre souffrance, nous avons, nous, à prendre notre part des souffrances du Christ, pour que notre souffrance devienne aussi rédemption, devienne en nous source de rénovation, source de résurrection. Nous allons vers la liberté, nous allons vers la vie, comme le Christ y a été, par le chemin de la souffrance et de la croix.
Frères et sœurs, je vous invite à raviver en vous le don que Dieu vous fait de participer à sa Pâque, par les souffrances intérieures ou extérieures que vous avez à porter ou à supporter pendant cette vie.
AMEN