CONTINUER LA MISSION !

1 Th 4, 13-18 ; Lc 17, 20-37

(24 octobre 2001)

Homélie du Frère Yves HABERT

Ouvre mes yeux aux splendeurs de ta Parole

J

e ne veux pas vous laisser dans l'ignorance". C'est une parole incroyable pour ce que nous célébrons aujourd'hui, parce que s'il y a quelque chose qui nous laisse dans une profonde ignorance, nous tous, vous, Monsieur, et vous les enfants et les petits enfants de Myriam, et vous qui l'avez connue et aimée ; c'est le départ d'un être aimé. On est profondément dans l'ignorance, et c'est peut-être cela qui nous touche le plus dans le départ de quelqu'un, et pourtant comme en contrepoint à cette ignorance, nous avons chanté : "Ouvre mes yeux aux splendeurs de ta Parole". Il y a une sorte de réflexe profondément chrétien de se dire que quand une voix s'est éteinte, quand une parole s'est tue, il reste ce réflexe d'aller chercher dans la Parole de quoi redécouvrir, réentendre la Parole qui nous était familière et qui tout d'un coup nous laisse dans l'ignorance de ce que cette parole est devenue. Si on déploie cette ignorance de cet endroit où est partie Myriam, cette ignorance se déploie dans toute sa vie. Combien c'est mystérieux un être, combien c'est quelque chose d'étrange, à la fois de souple, de merveilleux. Et puis, le mystère profond de quelqu'un le mystère de cette vibration ultime, le mystère de ce qu'est réellement une personne ... Je ne suis pas biochimiste, je ne pourrais pas vous dire : une personne c'est ou ce n'est pas ! Je crois que ce côté mystérieux d'une personne nous renvoie au caractère mystérieux de Dieu, qui s'Il est mystérieux, est unique, comme la personne est unique aussi. Et cet aspect mystérieux de la personne se déploie dans toute une vie, c'est tout ce mystère d'une personne qui est emportée, qui nous est voilée encore plus qu'avant. La personne gardait son secret, et puis voilà que ce secret est parti et l'on est encore plus dans l'ignorance. Le secret d'une démarche, le secret d'une vie, le secret des mains qui travaillent.

"Je ne veux pas vous laisser dans l'ignorance". La Parole que nous avons entendu nous parle d'une rencontre : être toujours avec le Christ. Je ne veux pas vous laisser dans l'ignorance car notre espérance, notre foi la plus profonde, celle qui va le plus loin nous fait dire que maintenant s'opère une rencontre. Une rencontre, c'est un jeu de relation très subtile entre des êtres qui se découvrent l'un et l'autre, Celui que Myriam a cherché.

Myriam, vous étiez une femme de devoir m'a dit votre mari, quelqu'un qui avait une mission et qui n'avait qu'un regret c'était que cette mission doive s'achever. Il y avait tellement à faire dans le secret, tellement à faire pour les autres. Vous aviez, et c'est cela qui m'a vraiment beaucoup touché quand j'ai parlé avec votre mari lundi dernier, vous aviez déposé des jalons, vous aviez fait en quelque sorte une échelle praticable à l'ascension. Vous aviez semé dans votre cuisine des petits messages, et c'est extraordinaire, ce Royaume était présent jusque dans votre cuisine. Quels étaient ces messages, quelles étaient ces citations ? Quelles étaient ces pépites que vous nous avez laissé ?

"Saint Tomas More : Ne permettez pas que je me fasse trop de soucis pour cette chose encombrante que j'appelle "moi". Vous oublier, vous oublier pour les autres, vous oublier comme saint Tomas More l'a fait, lui un saint laïc. Vous oublier non pour faire disparaître ce "moi", cette personne que vous étiez, mais pour faire plaisir. "Donnez-moi de l'humour pour que je tire quelque bonheur de cette vie et en fasse profiter les autres" Femme de devoir, vous sentiez qu'il y avait aussi besoin, un appel à l'urgence de l'humour pour en quelque sorte parfumer ce que vous faisiez dans le secret. Vous étiez assez éclectique, le Père Alexandre Maine, ce martyr assassiné par la police politique, il y a une dizaine d'années, cette phrase que je retire de ce message que vous nous laissez : "Apprends-nous à considérer comme des frères ceux qui pensent autrement que nous, ceux qui ne partagent pas notre foi, ceux qui ne croient pas." Profondément croyante, vous l'étiez, et vous demandiez cette délicatesse de respecter celui ou celle qui ne partageaient pas votre foi. Et enfin cette prière que vous aimiez par-dessus tout, qui était aussi encadrée dans la cuisine cette prière de saint François d'Assise : "Là où il y a les ténèbres, que je mette la lumière". Je vous annonce que votre mission continue, que si vous aviez un regret dans le cœur de ne pas aller au-delà de cette mission pour suivre votre mission, veiller sur vos cinq petits enfants, maintenant votre mission continue, parce que dans les ténèbres où votre mort nous plonge, que vous sachiez aussi y mettre de la lumière.

 

AMEN